anses

Anses - Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail

Formulaire de recherche

L'article a été ajouté à votre bibliothèque

Mis à jour le 23/04/2013

Chlordécone aux Antilles

Evaluation des expositions et des risques alimentaires liés au chlordécone et autres résidus de pesticides

Mots-clés : Pesticides, Chlordécone, Contaminants de l'alimentation, Risques chimiques

Depuis leur création, l’Afssa et l’Afsset – puis l’Anses depuis 2010, fruit de la fusion de ces deux agences-sont engagées dans l'évaluation du risque lié au chlordécone pour la population antillaise. Elles s’intéressent en particulier au risque alimentaire. Ces travaux ont notamment conduit à l’élaboration de valeurs toxicologiques de référence et de seuils de contamination maximaux tolérables dans les denrées alimentaires. L’évaluation des expositions alimentaires a permis de formuler des préconisations de limitation d'autoconsommation des populations exposées. Aujourd’hui, les actions de l’Anses s’inscrivent  dans le cadre des plans d’actions « chlordécone » mis en place en 2008 puis 2011 par le ministère chargé de la Santé et s’étendent progressivement aux risques liés aux autres pesticides.Ils sont suivis à l’Anses par l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP).

Le chlordécone a été utilisé longtemps dans les bananeraies de la Martinique et la Guadeloupe pour lutter contre les charançons. Très persistant et bioaccumulable, ce pesticide est interdit depuis 1993. Les sols identifiés comme pollués étaient à l'origine des terres de culture bananière, qui ont été rendues à la culture vivrière. Du fait de sa persistance, le chlordécone est encore présent dans les sols et peut se retrouver dans certaines denrées végétales ou animales, ainsi que les eaux de certains captages utilisés pour la production d’eau destinée à la consommation humaine.

Les travaux de l’Agence

L'Agence est engagée depuis sa création dans l'évaluation du risque alimentaire lié au chlordécone pour la population antillaise. Elle a ainsi défini des valeurs toxicologiques de référence pour l'homme et estimé l'exposition alimentaire de la population antillaise. Ces travaux se sont basés sur les résultats d'enquêtes et d'études sur les habitudes locales de consommation alimentaire, sur les niveaux de contamination des aliments ainsi que sur l’ensemble des données scientifiques disponibles. L’Agence a ainsi pu élaborer des seuils maximaux tolérables de contamination des denrées les plus contributrices à l'exposition humaine et formuler des préconisations d'autoconsommation de production alimentaire. Ces propositions visent à réduire l'exposition par voie alimentaire de la population antillaise au chlordécone.

Depuis 2008, l’Etat a souhaité renforcer très largement ses actions de gestion du risque « chlordécone » par la mise en place d’un plan d’actions, reconduit en 2011 et piloté par le ministère chargé de la santé. Ce plan poursuit quatre objectifs principaux :

  • approfondir l’état des connaissances des milieux, et rechercher et expérimenter des techniques de remédiation de la pollution ;
  • consolider le dispositif de surveillance de l’état de santé des populations, et approfondir la connaissance des effets sur la santé ;
  • poursuivre la réduction de l’exposition des populations, en assurant la qualité de la production alimentaire locale et soutenant les professionnels impactés ;
  • gérer les milieux contaminés et assurer une bonne information de la population.

Les actions conduites par l’Anses s’inscrivent aujourd’hui dans le cadre de ces plans d’actions.

Ainsi, l'Agence a réalisé une enquête de terrain sur la consommation alimentaire des nourrissons et jeunes enfants en Guadeloupe. Ce travail s’est inscrit, dans le cadre de l'étude de cohorte « TIMOUN » pilotée par l'Inserm. Les résultats publiés en juin 2011 ne révèlent pas de surexposition alimentaire au chlordécone par rapport aux autres classes d'âge.

En tant que Laboratoire National de Référence pour les pesticides organochlorés, l'Agence a mis au point des méthodes d'analyse du chlordécone dans les denrées animales et végétales. Elle maintient la performance du réseau des laboratoires chargés de missions de contrôle c et de l'analyse du chlordécone dans les denrées d'origine animale, grâce  notamment à l'organisation d'essais inter-laboratoires. Enfin, elle soutient le laboratoire de la Martinique dans l'acquisition des compétences pour le dosage du chlordécone.

Par ailleurs, le site Internet de l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP), ouvert en 2006, a été étendu au chlordécone afin de mettre à disposition sur Internet l’ensemble des données et études sur le chlordécone et les autres pesticides utilisés dans les Antilles françaises (http://www.chlordecone-infos.fr/).

L’Anses a également contribué à l’identification des autres pays au niveau européen et international ayant utilisé le chlodércone. Cette action devait permettre de développer la coopération avec les autres pays potentiellement concernés pour l’évaluation et la gestion d’une pollution par le chlordécone et de ses impacts sanitaires, agronomiques et environnementaux.

Des actions étendues aux autres résidus de pesticides

L'Agence évalue également l'exposition alimentaire de la population antillaise aux résidus de pesticides autres que le chlordécone. En effet, du fait d'habitudes alimentaires spécifiques (large place accordée aux fruits et légumes tropicaux ainsi qu'aux produits de la pêche) et de ravageurs particuliers auxquels doit faire face l'agriculture tropicale, la population antillaise pourrait être exposée à un risque particulier lié aux résidus de pesticides dans l'alimentation. Pour la population générale française, l'exposition alimentaire aux résidus de pesticides est habituellement évaluée à partir de données de consommation et de contamination représentatives du territoire métropolitain.

L'Anses a ainsi réalisé l'étude Sapotille afin d'estimer l'exposition de la population antillaise aux résidus de pesticides et de la comparer aux doses journalières admissibles (DJA). Ces travaux ont exclu le chlordécone qui a déjà fait l'objet de plusieurs études spécifiques. D'une façon générale, en dehors du chlordécone, les résultats de cette étude ne montrent pas de spécificité des Antilles en matière de niveaux de résidus de pesticides dans les aliments ni d'expositions des consommateurs vis-à-vis des niveaux observés en métropole. Ce travail constitue une première photographie de l'exposition de la population antillaise aux résidus de pesticides. Il devra cependant être complété notamment par l'acquisition de données de consommation et de contamination plus nombreuses et actualisées.

Perspectives

Aujourd’hui, dans le cadre du deuxième plan d’action « chlordécone », les actions de l’Anses se poursuivent pour améliorer la connaissance des expositions à des fins d’évaluation des risques sanitaires et formuler de nouvelles recommandations.

A cette fin, l’Anses via l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP) participe à l’étude Kannari, conduite en partenariat avec l’Institut de veille sanitaire (InVS), -dont la CIRE Antilles-Guyane (Cellule inter-régionale d’épidémiologie)-, les Agences régionales de santé (ARS) et les Observatoires régionaux de santé (ORS).

Cette étude a pour objectif d’actualiser les connaissances sur les comportements alimentaires des populations antillaises afin de mesurer l’impact des mesures de gestion prises depuis le premier plan « chlordécone ». L’ORP pilote le volet « exposition » dont l’objectif est d’évaluer l’exposition de la population générale ainsi que des populations sensibles au chlordécone afin d’actualiser les recommandations de consommation si nécessaire. La population des auto-consommateurs de poissons fera l’objet d’une étude spécifique. Les résultats de cette étude, lancée en 2011, sont prévus pour 2014-2015.