Maladies animales : comprendre ce qui influence l'application des mesures de lutte
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23/09/2026
4 min

Maladies animales : comprendre ce qui influence l'application des mesures de lutte

La lutte contre les maladies animales telles que l’influenza aviaire, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ou la tuberculose bovine repose sur l’application de mesures comme la vaccination, le confinement ou encore l’abattage des animaux. Une étude menée par des scientifiques de l’Anses, de l’École nationale vétérinaire de Toulouse et d’Inrae montre que l’applicabilité de ces mesures résulte de l'interaction de facteurs individuels, institutionnels et organisationnels, tant sociaux, économiques que politiques.

Vacciner les animaux, les confiner, éviter de les déplacer d’une région à l’autre, etc. : différentes mesures peuvent être recommandées pour empêcher la propagation d’une maladie animale. Pourquoi certaines mesures sont appliquées et d’autres non ? « Une mesure peut être bien conçue sur certains aspects mais si elle ne prend pas en compte certains facteurs influençant sa mise en œuvre, celle-ci peut être limitée voire infaisable. », expose Fanny Debil, cheffe de projets en sciences sociales à l’Anses. 

Des scientifiques de la Direction Sciences sociales, économie et société de l’Anses, en collaboration avec des chercheurs de l’École nationale vétérinaire de Toulouse et d’Inrae, ont ainsi exploré les différents facteurs permettant de comprendre l’application ou non des mesures de gestion des maladies infectieuses animales. 

Plusieurs facteurs à prendre en compte pour une adoption des mesures

Ces scientifiques ont analysé 593 articles scientifiques internationaux abordant les facteurs qui influencent l’application d’une mesure de gestion d’une maladie infectieuse animale. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Plos One en mars 2026. 

Ils ont identifié cinq catégories de facteurs : 

  • individuels et socio-cognitifs, comprenant par exemple la perception du risque et la confiance envers les autorités;
  • économiques, tels que les coûts des mesures et les compensations financières pour les pertes ou pour la mise en œuvre des mesures ;
  • socio-politiques et institutionnels, avec le cadre réglementaire, le rôle des autorités publiques ou la coordination entre les différents acteurs impliqués dans la mise en œuvre ;
  • infrastructurels, renvoyant aux moyens matériels disponibles, l’accès à des traitements ou la structure des élevages ;  
  • organisationnels et professionnels, avec par exemple l’organisation du travail et les relations entre acteurs de terrain. 

Les études analysées montrent qu’un type de facteur ne prédomine pas : il faut considérer l’interaction de ces différents facteurs pour comprendre si une mesure est applicable ou non. Par exemple, même si une information est largement diffusée et que les éleveurs sont conscients du risque, s’ils n’ont pas les moyens d’appliquer les mesures préconisées, ils ne le feront pas. « Notre étude ne propose pas de solutions clés en main mais suggère les "bonnes questions" à se poserpour comprendre les freins et les leviers à l’application d’une mesure », explique Legrand Saint-Cyr, chargé de projets agroéconomie à l’Anses. 

Ainsi, les auteurs de l’étude soulignent qu’une mise en œuvre partielle ou impossible d’une mesure de gestion ne renvoie pas à une simple incompréhension ou méconnaissance des recommandations scientifiques et prescriptions politiques par les seuls éleveurs. Les facteurs contribuant à la mise en œuvre des mesures engagent l’ensemble des acteurs. 

Des situations plus fréquemment étudiées que d’autres

Par ailleurs, les scientifiques ont constaté que certaines situations étaient plus étudiées que d’autres. Ainsi, 69 % des études disponibles étaient consacrées aux animaux de rente, une part minoritaire s’intéressant aux animaux de compagnie, aux animaux sauvages ou encore aux abeilles et aux poissons d’élevage. De même, les maladies transmissibles à l’être humain sont davantage étudiées, et la vaccination est la mesure ayant fait l’objet de plus de recherche sur son applicabilité. 

Par ailleurs, les études sont souvent menées dans des pays à forts revenus, alors que les pays à revenus plus faibles font également face à des risques importants de dissémination d’agents pathogènes. 

Les auteurs de l’étude estiment que ces lacunes de recherche pourraient freiner la mise en place de mesures efficaces contre des maladies émergentes.

Face à l'émergence de nouvelles maladies animales, favorisée par le changement climatique et les échanges internationaux, comprendre les dynamiques de mise en œuvre des mesures sanitaires est essentiel. Ces connaissances permettront de mieux anticiper et gérer les crises sanitaires dans l’optique « One Health » qui relie santé animale, santé humaine et santé environnementale.