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22/09/2026
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Virus West Nile : pourquoi circule-t-il autant en France cette année ?

Le virus West Nile circule de manière particulièrement intense en France en 2026. Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer cette situation ? Comment l’Anses contribue-t-elle à surveiller le virus et à mieux comprendre sa circulation ? Et en quoi cet exemple illustre-t-il concrètement l’approche « Une seule santé » (« One Health ») ? Entretien avec Gaëlle Gonzalez, responsable du laboratoire national et européen de référence sur le virus West Nile à l’Anses.

Quelle est la situation actuelle concernant le virus West Nile en France ?

Gaëlle Gonzalez : Le virus West Nile ou virus du Nil occidental est transmis par les moustiques. Présent depuis 1960 dans le pourtour méditerranéen, son aire de répartition s’est progressivement étendue. L’année 2026 marque un tournant. La circulation est particulièrement importante cette année et son aire de circulation s’étend à de nouveaux territoires : l’Ariège, la Drôme, l’Ille-et-Vilaine, le Haut-Rhin, la Meurthe-et-Moselle, la Dordogne, la Loire-Atlantique, etc.

A noter que depuis le début de la saison de transmission 2026, ce sont 161 zones touchées par le virus du Nil occidental qui ont été recensées dans 15 pays d'Europe.

Au 18 septembre 2026, nous avons confirmé 291 cas équins symptomatiques et 24 cas asymptomatiques, ainsi que 12 cas chez des oiseaux. Côté humain, un peu plus de 92 cas avaient été recensés au 14 septembre 2026 par Santé Publique France, une grande première en France. A la même période et à l’échelle Européenne, ce ne sont pas moins de 1 285 cas humains d'infection par le virus du Nil occidental contractés localement qui ont été recensés.

Cette année, le virus a donc commencé à circuler plus tôt, dès le début du mois d’août, et de manière plus intense que ce que nous avions pu observer jusqu’à présent.

Pourquoi observe-t-on autant de cas cette année ?

Gaëlle Gonzalez : Nous n’avons pas encore d’explication à cette situation. Plusieurs hypothèses peuvent toutefois être formulées.

La première piste concerne l’amélioration de la surveillance. Depuis 2022, l’Anses mène un travail de sensibilisation auprès des vétérinaires équins, en lien avec les autres acteurs (le Réseau d'épidémio-surveillance en pathologie équine (RESPE), l’Association des vétérinaires français, les Directions départementales de protection des populations, etc.) afin que le virus West Nile soit davantage recherché dans le cadre du diagnostic. Cette mobilisation peut contribuer à détecter davantage de cas.

Nous nous interrogeons aussi sur une éventuelle évolution du virus. Est-ce qu’il s’est installé chez les populations d’oiseaux semi-migrateurs ou résidents ? Est-ce qu’une nouvelle souche du virus plus virulente circule ? La caractérisation des souches circulantes que nous menons actuellement dans notre laboratoire doit nous permettre d’y voir plus clair. 

Enfin, il faut prendre en compte le contexte très particulier de l’année 2026. Nous avons fait face à des conditions météorologiques encore jamais vues (très fortes températures, petites tempêtes dans l’Aude…). Celles-ci impactent l’abondance des moustiques vecteurs et leur comportement notamment et peuvent aussi modifier les couloirs des oiseaux migratoires.

Le virus West Nile est-il saisonnier ?

Gaëlle Gonzalez : Oui, mais sa saisonnalité dépend de la zone géographique dans laquelle on se situe car elle est liée à l’activité des moustiques qui transmettent le virus. En France métropolitaine, le principal vecteur est le moustique du genre Culex. Son activité s’étend généralement d’avril-mai à fin novembre. Pour que le virus puisse être transmis, il faut cependant que les moustiques vecteurs, les oiseaux qui constituent les principaux réservoirs du virus et les autres hôtes (équidés et humains) soient présents au même endroit, au même moment.

Cette saisonnalité pourrait être amenée à évoluer avec le dérèglement climatique. Par exemple, des températures plus élevées en hiver pourraient étendre la période d’activité des moustiques, qui meurent uniquement en dessous de 14°C.

La saisonnalité actuelle n’est donc pas figée. C’est l’une des raisons pour lesquelles la surveillance doit elle aussi évoluer.

Comment travaille le laboratoire de l'Anses ?

Gaëlle Gonzalez : L’Anses joue un rôle central. À travers son laboratoire de santé animale, elle assure les mandats national et européen de référence pour le virus West Nile. Nous intervenons donc dans le diagnostic, la confirmation des cas chez les équidés et les oiseaux et la caractérisation des souches virales circulant en France et en Europe.

Notre laboratoire national de référence s’appuie sur un réseau de cinq laboratoires habilités, qui réalisent des tests sérologiques de première intention. Les échantillons sont ensuite transmis à l’Anses pour confirmation.

Dans le cadre du dispositif de surveillance, l’Anses est mandatée par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) pour confirmer les cas chez les équidés présentant des signes cliniques évocateurs et chez les oiseaux. Des cas asymptomatiques peuvent également être détectés, notamment lorsqu’ils sont recherchés à la suite de la découverte d’un cas symptomatique.

Mais notre rôle ne s’arrête pas au diagnostic. Les données issues du terrain permettent également de faire émerger de nouvelles questions de recherche. Lorsque nous observons une évolution inhabituelle de la circulation du virus, nous pouvons par exemple mettre en place des études complémentaires, comme des enquêtes de séroprévalence, afin de mieux comprendre l’ampleur et les mécanismes de cette circulation.

Nous travaillons également à l’échelle européenne au développement de méthodes de diagnostic performantes et peu chères, afin de faciliter la surveillance sur le terrain du virus chez les animaux et les moustiques dans les différents États membres.

En quoi l’approche « One health » est-elle indispensable pour lutter contre le virus West Nile ? 

Gaëlle Gonzalez : La surveillance du virus West Nile est efficace uniquement si l’on considère la santé animale, la santé humaine et l’environnement comme un tout.

Pour le West Nile, nous travaillons en lien étroit avec les vétérinaires équins, les parcs zoologiques, mais aussi les acteurs de la santé humaine – Centre national de référence à l’Université Aix-Marseille, Établissement français du sang, agences régionales de santé – et les différentes instances aux niveaux national, départemental et local.

Les données de surveillance chez les animaux constituent désormais un signal d’alerte pour la santé humaine. La détection de cas chez les équidés ou les oiseaux permet de mieux identifier les territoires dans lesquels le virus circule et d'adapter les mesures de protection de la population. Cela peut notamment conduire à renforcer la sécurisation des dons de sang et d’organes, par exemple grâce au dépistage du virus dans toutes les poches de sang.

Est-ce cela, concrètement, le « One Health » ?

Gaëlle Gonzalez :  Oui. Le West Nile montre que le « One Health » n’est pas seulement un concept théorique : c’est une manière très concrète de travailler.

L’enjeu est de disposer d’un système de surveillance agile et adaptable, capable de tenir compte des spécificités de chaque territoire et de mobiliser rapidement les bons acteurs.

Les situations ne sont pas nécessairement les mêmes d’une région à l’autre. Les acteurs présents, les conditions environnementales, les populations animales concernées ou encore les leviers d’action peuvent varier. En étant connectés au terrain au quotidien, nous sommes capables d’adapter notre réponse.

Nous adaptons aussi les échanges et les messages aux différents publics : chercheurs, professionnels de santé, vétérinaires, exploitants agricoles, décideurs publics, acteurs locaux ou citoyens. Que ce soit lors des réunions de coordination avec les services de l’État, des échanges avec les professionnels ou encore des actions de sensibilisation auprès du grand public.

Le travail mené autour du virus West Nile montre ainsi très concrètement l’intérêt de décloisonner les expertises et les données. En croisant les informations sur la santé animale, la santé humaine et l’environnement, nous pouvons mieux comprendre la circulation du virus et agir plus rapidement pour limiter ses conséquences.

À retenir

  • Le virus West Nile circule plus tôt et plus largement en 2026 en France, avec de nouveaux territoires concernés.
  • L’intensification de la surveillance, une possible évolution du virus et les conditions climatiques exceptionnelles font partie des pistes étudiées pour expliquer cette situation.
  • L’Anses contribue au diagnostic et à la confirmation des cas animaux, à la caractérisation des souches et au développement de méthodes de diagnostic, en lien avec un réseau de laboratoires agréés.
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