Sargasses

Algues sargasses : limiter l’exposition des riverains et des travailleurs au sulfure d’hydrogène

Depuis le mois d’août 2014, les Antilles et la Guyane font face à des vagues successives d’échouages d’algues sargasses sur leur littoral. Malgré les moyens de nettoyage mis en œuvre, ces algues se décomposent sur place. Leur décomposition conduit à la production de sulfure d’hydrogène (H2S), potentiellement détecté à des concentrations élevées. Les signalements de médecins liés aux effets sanitaires ressentis par la population exposée à l’H2S, ainsi que les plaintes du public relatives au problème d’odeurs, ont augmenté de façon notable. A la demande des ministères chargés de la Santé, de l’Environnement et du Travail, l’Anses a publié en mars 2016 une première expertise relative aux émanations issues d’algues sargasses en décomposition. Cette expertise a été complétée en 2017 par une actualisation du profil toxicologique du H2S et une synthèse relative à l'écologie, l’échouage, la chimie et la dégradation des algues sargasses.

Toxicité du sulfure d’hydrogène

Les individus sont majoritairement exposés à l’H2S par voie respiratoire. Une absorption par les voies orale et cutanée est possible, mais ne contribue que faiblement à l’exposition globale.

Si les effets chez l’Homme liés à une exposition aiguë (ie. durant une courte durée) sont bien connus (effets neurologiques et respiratoires de gravité croissante avec la concentration d’exposition), les effets liés à des expositions à l’H2S sur des durées plus longues sont moins documentés. Les premiers effets observés sont des symptômes irritatifs des voies aériennes supérieures et des yeux. Des effets neurocomportementaux et des symptômes neurologiques (maux de tête, pertes d’équilibre et de mémoire) sont suspectés. Par ailleurs, en l’état actuel des connaissances, au vu du faible nombre d’études disponibles, aucune conclusion ne peut être tirée quant à une potentielle cancérogénicité de l’H2S. A souligner également les fortes nuisances olfactives associées à ce gaz.

Au vu des données disponibles, l’Agence estime que ses recommandations de prévention, formulées lors d’une expertise antérieure concernant les travailleurs au contact des algues vertes en décomposition sur les côtes bretonnes sont à considérer pour les travailleurs au contact des algues sargasses.

Par ailleurs, l’expertise publiée en 2017 met en évidence que les algues sargasses ont une forte capacité à piéger et accumuler les métaux lourds, notamment l’arsenic et le cadmium, qui peuvent présenter un risque pour la santé humaine et l’environnement.

Les recommandations de l’Anses

Dans son avis « relatif aux expositions aux émanations gazeuses d'algues sargasses en décomposition aux Antilles et en Guyane (PDF) » de mars 2017, l’Agence indique :

« L’[agence] souligne que les observations et les connaissances actuelles sur les émissions/risques sanitaires liés à la dégradation des algues sargasses après échouage sont suffisantes pour la mise en place dès à présent de mesures de prévention. [Elle] estime que laréalisation, préalable à la mise en place de ces mesures de prévention, d’une évaluation des risques sanitaires liés à l’exposition des habitants des départements français d’Amérique à l’H2S présent dans l’air et issu de la décomposition des algues n’est pas pertinente.

Ainsi, considérant :

  • les mesures de concentration de H2S déjà réalisées dans l’air ambiant aux abords des zones d’échouage ;
  • les données de toxicité chronique de l’H2S notamment pour les voies aériennes supérieures.

il s’avère qu’en présence d’échouages, une partie de la population est d’ores et déjà exposée à des concentrations d’H2S supérieures aux VTR chroniques existantes proposées par l’US EPA (1,43 ppb – 2 μg.m-3, 2003) et l’OEHHA (7,14 ppb – 10 μg.m-3, 2000). 

De plus, une augmentation du nombre de consultations médicales liées aux effets ressentis par la population de Martinique exposée à l’H2S de manière chronique a été rapportée par le réseau des médecins sentinelles.

Ces éléments justifient donc la mise en place immédiate de mesures de prévention en présence d’échouages. »

Recommandations générales :

  • mettre en œuvre le ramassage régulier et systématique des algues échouées sur le littoral ;
  • baliser les chantiers de ramassage des algues, avec un accès restreint aux opérateurs ;
  • informer la population des risques pour la santé liés à l’exposition à l’H2S, notamment à proximité des plages où des algues sont en décomposition. Par ailleurs, la population doit être informée que les algues ne doivent pas être manipulées.

Recommandations pour les travailleurs :

Lors des opérations de ramassage, de transport et de traitement des algues, l’Anses recommande :

  • que chaque travailleur, y compris dans les cabines des engins mécaniques, soit muni d’un détecteur portatif d’H2S, situé près des voies respiratoires ;
  • que les travailleurs portent des équipements de protection individuelle, notamment des gants, des bottes et des demi-masques filtrants anti-gaz, ou encore une cagoule à ventilation assistée lorsque la concentration en H2S dépasse 10 ppm ;
  • de privilégier un ramassage mécanique, en considérant les contraintes environnementales ;
  • que des formations et une information des travailleurs soient dispensées régulièrement ;
  • la mise en place d’une traçabilité des travaux exposants.

Par ailleurs, suite à son expertise publiée en 2017, l’Agence recommande de proscrire l’utilisation éventuelle de ces algues pour l’alimentation humaine ou animale, dans l’attente de la réalisation d’études plus approfondies sur la contamination des algues par les métaux lourds.  

L’Agence recommande également de poursuivre les recherches sur :

  • l’exposition liée aux situations d’échouage d’algues sargasses et les effets sur la santé humaine ;
  • la toxicité du H2S et plus particulièrement sur les effets d’une exposition chronique à de faibles doses de H2S ;
  • les impacts environnementaux et sanitaires indirects liés à l’échouage d’algues sargasses (composition des algues, présence de métaux lourds) ;
  • la prolifération et le phénomène d’échouage d’algues dans les départements français d’Amérique.

Rappel des recommandations du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) formulées dans son avis du 3 septembre 2015

  • pour des concentrations d’H2S comprises entre 0,2 et 1 ppm sur les plages à proximité des échouages d’algues : information du public ;
  • pour des valeurs comprises entre 1 et 5 ppm sur les plages : information du public, accès déconseillé aux personnes sensibles et fragiles ;
  • pour des valeurs supérieures à 5 ppm sur les plages : accès réservé aux professionnels équipés de moyens de mesure de l’H2S individuels avec alarmes.

Avis et rapports en lien avec l'article

Document PDF
Évaluation des risques liés aux milieux aériens
Date de mise en ligne
24/04/2017
Numéro de saisine
2015-SA-0225