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Antibiotiques à usage vétérinaire : une exposition des animaux difficile à évaluer pour 2014, des taux de résistance qui continuent de diminuer

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Actualité du 02/11/2015

Dans le cadre de la journée européenne sur l'antibiorésistance, l'Anses consacrait aujourd’hui une demi-journée à la réflexion sur la résistance aux antibiotiques et à ses impacts en santé animale et humaine. A cette occasion, l’Agence publie un suivi des ventes de médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques, réalisé par l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV). Deux choses sont à retenir. Tout d’abord, les chiffres de vente 2014 traduisent une augmentation des tonnages qui semble imputable à un effet de stockage de la part des distributeurs ou des praticiens, qui auraient anticipé la mise en œuvre des nouvelles dispositions de la loi d’avenir agricole mettant fin aux rabais et remises. Le bilan 2014 ne permet donc pas d’évaluer l’utilisation effective des médicaments et donc l’exposition réelle des animaux aux antibiotiques. D’autre part, concernant plus spécifiquement les antibiotiques critiques, les résultats 2014 montrent une baisse de l’exposition aux céphalosporines de 3ème et 4ème générations et fluoroquinolones respectivement de 12,0 % et de 3,5 % par rapport à 2013. Ces diminutions sont un progrès majeur puisque ces familles d’antibiotiques sont considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine. Ces résultats encourageants sont confirmés dans le bilan du réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales (Résapath), animé par les laboratoires de l’Anses de Lyon et de Ploufragan. La résistance aux antibiotiques, notamment aux antibiotiques critiques, continue ainsi globalement de diminuer, bien que des efforts soient à poursuivre dans certaines filières.

 

L’antibiorésistance est un problème de santé publique majeur, en médecine humaine comme en médecine vétérinaire. En France, de nombreuses initiatives pour promouvoir un usage raisonné des antibiotiques ont été mises en place (plan national EcoAntibio 2017, sensibilisation dans de nombreuses filières sur les bonnes pratiques et l’utilisation raisonnée des antibiotiques, loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, etc.).

En 1999, l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), en collaboration avec le Syndicat de l'Industrie du Médicament et réactif Vétérinaires (SIMV), a initié un suivi des ventes d’antimicrobiens vétérinaires. Les informations recueillies au travers de ce suivi national sont un des éléments indispensables, avec le suivi de la résistance bactérienne réalisé par le Résapath, pour permettre une évaluation des risques liés à l’antibiorésistance.

 

Suivi des ventes d’antibiotiques en 2014 : une année particulière

L’année 2013 a été marquée par le  tonnage d’antibiotiques vendus le plus bas depuis 1999, toutes espèces confondues. 699 tonnes d’antimicrobiens avaient été vendues. En 2014, une augmentation de 11,8 % du tonnage vendu est constatée (781,5 tonnes). Celle-ci peut s’expliquer par un effet de stockage des médicaments contenant des antibiotiques par les distributeurs ou les vétérinaires afin d’anticiper la fin des remises, rabais et ristournes  mise en œuvre au 1er janvier 2015 par la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt. L’importance du stockage est estimée à environ 3 à 4 mois.

Chaque année, l’indicateur d’exposition des animaux aux antibiotiques (ALEA) est calculé en partant de l’hypothèse que la totalité des antibiotiques vendus sur l’année a été administrée aux animaux élevés sur le territoire national. Si l’on estimait comme chaque année l’exposition des animaux aux antibiotiques en partant de cette hypothèse, l’exposition pour l’année 2014 serait surévaluée.  Aussi, il n’est pas pertinent de faire une étude approfondie des ALEA par espèce et par famille d’antibiotiques pour l’année 2014.

C’est pourquoi, l’ANMV prendra en compte les ventes des deux années 2014 et 2015 dans le rapport qu’elle publiera en 2016, afin de lisser un éventuel phénomène de stockage.

Il est toutefois à noter pour 2014 que l’exposition aux céphalosporines de 3ème et 4ème générations et aux fluoroquinolones a diminué (respectivement de 12,0 % et de 3,5 %). Entre 2013 et 2014, l’exposition aux céphalosporines de 3ème et 4ème générations a diminué de 11,7 % chez les bovins, de 36,8 % chez les porcins et de 3,2 % chez les carnivores domestiques.

Concernant les fluoroquinolones, entre 2013 et 2014, toutes espèces animales confondues, l’exposition est en baisse (- 3,5 %). Sur ces deux dernières années, l’exposition aux fluoroquinolones a augmenté chez les volailles (+ 21,5 %), diminué chez les bovins (- 7,9 %), chez les porcins (- 3,0 %), et chez les carnivores domestiques (-1,3 %).

Ces diminutions sont un progrès majeur puisque ces familles d’antibiotiques sont considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine car elles constituent une des seules alternatives pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l’homme.

 

Les taux de résistance aux antibiotiques continuent de diminuer

Le réseau Résapath collecte les données d’antibiogrammes des bactéries pathogènes d’origine animale isolées chez des animaux malades. Ainsi, il peut suivre les tendances d’évolution de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries pathogènes des animaux, détecter certaines émergences d’antibiorésistances et en caractériser les mécanismes moléculaires. Le Résapath a continué de se développer en 2014, 69 laboratoires y adhèrent (67 en 2013). En 2014, 36 989 antibiogrammes ont été collectés (33 428 en 2013).

Des tendances à la baisse des résistances sont observées depuis 2006 pour la plupart des antibiotiques et dans toutes les filières. Le constat se poursuit en 2014.

Concernant la résistance aux antibiotiques critiques :

  • Pour les céphalosporines de 3ème et 4ème générations, une décroissance importante est observée ces dernières années chez les poules et poulets (22,5 % en 2010, 5,1 % en 2014), porcs et dindes. Les résistances sont en baisse chez les carnivores domestiques, et se stabilisent chez les équidés. En revanche, une hausse des résistances, qu’il convient de surveiller, est constatée chez les veaux.
  • Pour les fluoroquinolones, une tendance générale à la baisse est observée. Les taux de résistance baissent chez les bovins et les chiens, se stabilisent chez les autres espèces. Le taux est faible chez les poules et poulets, dindes et équidés.

Enfin, on observe en 2014 une tendance à la baisse des phénomènes de multirésistance (résistance à au moins trois familles d’antibiotiques). Le taux de multirésistance varie néanmoins selon les espèces animales : il est notamment plus élevé chez les bovins, les porcs, les chevaux et les chiens, que dans les filières avicoles.

 

Poursuivre les efforts pour atteindre nos objectifs

L’exposition des animaux aux antibiotiques critiques, après s’être stabilisée, diminue ces dernières années. En parallèle, les taux de résistance à ces familles d’antibiotiques diminuent également. Toutefois, les diminutions observées sont plus importantes dans certaines filières animales ayant mis en place des actions spécifiques. Ainsi, suite à l’initiative de la filière porcine de restriction volontaire de l’utilisation des céphalosporines de 3ème et 4ème générations, l’exposition des porcs a diminué de 78,2 % entre 2010 et 2014.

Il convient donc de poursuivre ces efforts pour atteindre l’objectif de diminution de l’utilisation des céphalosporines et des fluoroquinolones de 25 % en trois ans (en prenant comme référence l’année 2013) fixé par la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt. L’atteinte de cet objectif nécessite la poursuite des actions menées et la mise en place de nouvelles actions, en particulier dans les filières ayant une utilisation élevée de ces familles de molécules.

 

La pharmacovigilance vétérinaire : une surveillance continue des risques et des bénéfices des médicaments vétérinaires

À travers l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), l’Anses a pour mission l’évaluation et la gestion du risque pour le médicament vétérinaire en France. Elle est notamment chargée de la mise en œuvre du dispositif de pharmacovigilance vétérinaire, dont l’objectif est une surveillance continue des risques et des bénéfices des médicaments vétérinaires après leur mise sur le marché. Ceci contribue ainsi à leur utilisation en toute sécurité.

L’Agence publie ce jour son rapport annuel de pharmacovigilance vétérinaire. Entre 2013 et 2014, le nombre de déclarations a augmenté de 12,6 %. En 2014, l’ANMV a ainsi enregistré dans sa base nationale 3593 cas d’effets indésirables chez les animaux, dont 44 % ont été jugés comme étant des effets indésirables graves.

Comme les années précédentes, la très grande majorité des effets indésirables déclarés en 2014 concerne les carnivores domestiques, avec 83,9 % des déclarations pour les chiens et les chats. Les déclarations chez les bovins représentent 8,1 % des déclarations. Pour les autres espèces, les déclarations représentent moins de 3 % par espèce.

La pharmacovigilance concerne également les suspicions de manque d’efficacité, les informations sur les risques éventuels sur l’environnement ainsi que sur la validité des temps d’attente des médicaments vétérinaires. Toutefois, les cas d’effets indésirables chez l’animal sont toujours nettement prépondérants puisqu’ils représentent 91 % des déclarations. Les suspicions de manque d’efficacité représentent 8 % des déclarations et les autres cas moins de 1 %.

A noter qu'en 2015, l’ANMV s’est particulièrement investie dans les débats sur la réforme de la réglementation pharmaceutique vétérinaire communautaire.