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Celles qui font l'Anses - Fanny Debil « Ancrer l’expertise dans son terrain »

Docteure en science politique, chargée de projet sciences sociales à la mission sciences sociales expertise et société de l’Anses.

 

« Ancrer l’expertise dans son terrain »

Etudiante en science politique, j’ai toujours été intéressée par les questions de santé et d’environnement, c’est pourquoi j’ai fait une thèse sur l’action publique croisant ces deux thématiques. Depuis quatre ans, mon travail à l’Anses consiste à produire et mobiliser des travaux de sciences sociales, notamment pour accompagner certaines évaluations de risques sanitaires. Les travaux de l’Agence portent sur des questions sanitaires et scientifiques qui impliquent des enjeux sociaux, économiques et politiques. Certains sujets, comme les nouvelles technologies, les nanomatériaux, les pesticides…, sont controversés, non seulement en raison des incertitudes de différents types qu’ils peuvent soulever mais plus largement en raison des choix de société qu’ils peuvent induire, à court comme à long termes. De manière générale, on doit aussi avoir en tête que nos représentations des risques sanitaires ont évolué. Depuis vingt ans, une certaine dynamique s’est installée et la santé, ainsi que le « bien-être », sont devenus des valeurs fondamentales difficilement contestables publiquement. Notre mission est de rendre compte de l’intrication des divers enjeux caractérisant les problématiques traitées par l’Agence, de contextualiser au mieux ses travaux pour les rattacher à leurs terrains, et finalement, contribuer à leur pertinence.   

« Mobiliser les sciences sociales de différentes manières »

Les sciences sociales sont un ensemble de disciplines hétérogènes, leurs approches pas toujours connues, et leur scientificité parfois discutée. Dans le cadre des expertises de l’Agence, nous mobilisons des experts en sciences sociales comme des sociologues, politistes et économistes souvent, des historiens, mais également représentants des sciences de l’information et de la communication. Des connaissances, notamment issues de la littérature académique dans ces diverses disciplines, sont utilisées. Pour compléter ces sources académiques, nous nous intéressons également à la littérature « grise » et nous appuyons l’organisation d’auditions avec différentes parties prenantes : associations, syndicats, industriels…Par exemple, dans le cadre des travaux sur les maladies professionnelles, nous avons échangé avec des collectifs d’accompagnement de malades, afin de mieux comprendre les logiques institutionnelles et socio-économiques de sous-reconnaissance des maladies professionnelles en France. Par ailleurs, au-delà des travaux menés dans le cadre des saisines, nous passons des conventions de recherche et développement avec des laboratoires de sciences sociales pour explorer des dynamiques sociopolitiques transversales. Dans ce cadre, sont actuellement menées des analyses socio-numériques : repérage de signalements sur des forums de discussion web ; controverses dans différentes sphères de débats numériques – médias, réseaux sociaux.  

« Les sciences sociales dans l’expertise, c’est un mélange de jonglage et de funambulisme »

Le travail est passionnant notamment par sa diversité, en termes de sujets, d’interlocuteurs, mais également de pratiques concrètes de travail et d’organisation. On est entre le jonglage et le funambulisme en quelque sorte. La mobilisation des sciences sociales permet souvent d’ouvrir la question, voire, d’emprunter des chemins de réflexion non initialement prévus. Lors de l’expertise portant sur les risques sanitaires touchant les travailleurs des déchets, nous avons pu, avec notamment l’appui d’un sociologue du travail, intégrer la dimension de la santé mentale. De manière générale, il nous est important de pouvoir suivre et prendre en compte les débats qui émergent ou se recomposent sur les sujets traités par l’Anses qui se situent au carrefour science/société.