Chlore dans l’eau du robinet : pourquoi est-il utilisé et peut-on s’en passer ?
Article
08/07/2026
Santé et environnement

Chlore dans l’eau du robinet : pourquoi est-il utilisé et peut-on s’en passer ?

Le chlore est utilisé depuis plus d’un siècle pour fournir aux populations une eau du robinet propre à la consommation grâce à ses propriétés désinfectantes. Souvent décrié pour le goût et l’odeur qu’il apporte à l’eau du robinet, le chlore suscite parfois des questions des consommateurs sur les sous-produits qu’il génère. Pourquoi utilise-t-on encore le chlore de nos jours ? Peut-on distribuer une eau « sans chlore » en France ? Est-ce sans risque ? Explications.

Pourquoi utilise-t-on le chlore pour traiter l’eau ?

Lorsqu’elle est captée dans une ressource comme une nappe souterraine, un lac, une rivière ou un canal, l’eau brute peut contenir des microorganismes : bactéries, virus, champignons, etc. Les agents chlorants, regroupés sous le terme générique de « chlore », possèdent des propriétés désinfectantes qui permettent d’éliminer ces microorganismes, dont des vecteurs de maladies, et de distribuer au robinet une eau propre à la consommation. 

La chloration de l’eau existe depuis la fin du XIXème siècle et a permis d’endiguer des épidémies de typhoïde et de choléra transmise par l’eau. Son efficacité, sa facilité de mise en œuvre et son faible coût en ont fait un procédé largement adopté à travers le monde et largement employé aujourd’hui.

De plus, le chlore possède un pouvoir rémanent : tant qu’il est présent dans les réseaux de distribution - on parle alors de « chlore libre résiduel » - il élimine des microorganismes qui pourraient entrer accidentellement dans les canalisations (fuite, casse, retour d’eau) entre la sortie de l’usine de production d’eau potable et le robinet du consommateur. Sa présence ralentit également la croissance des biofilms dans les canalisations, des assemblages complexes de microorganismes qui peuvent servir de réservoirs aux agents pathogènes opportunistes responsables de certaines maladies comme la gastro-entérite aiguë.

Quels sont les avantages et les inconvénients de la chloration de l’eau ?

La chloration est un procédé simple et peu coûteux à mettre en place. En plus de ses propriétés désinfectantes décrites précédemment, le chlore peut limiter la diffusion du plomb dissous en stabilisant certains sous-produits de corrosion, comme la molécule PbO2 (dioxyde de plomb). 

Le chlore peut également dégrader certains micropolluants organiques : résidus de médicaments, pesticides, certains perturbateurs endocriniens, etc. 

Par ailleurs, le chlore peut servir d’outil de surveillance : lorsqu’il y a une chute brutale de la concentration en chlore libre résiduel dans les canalisations, c’est qu’il y a une anomalie, généralement liée à une introduction accidentelle de matière organique et/ou de microorganismes dans le réseau d’eau.

Cependant, si les étapes en amont de la chloration ne sont pas efficaces ou si le procédé n’est pas optimisé, le chlore peut former des sous-produits en réagissant avec des composés présents dans l’eau à traiter. Ainsi, par réaction avec la matière organique, le chlore peut former des trihalométhanes (THM) et/ou des acides haloacétiques (AHA) pour lesquels la réglementation a fixé des seuils à ne pas dépasser dans l’eau potable et dont la toxicité est avérée. De même, le chlore peut dégrader certains micropolluants organiques mais les sous-produits formés et leur toxicité n’ont pas fait l’objet de suffisamment d’études scientifiques. Dans la filière de potabilisation et dans les canalisations, si les matériaux au contact de l’eau relarguent du chrome III, celui-ci peut être oxydé par le chlore libre résiduel en chrome VI qui est toxique. 

Enfin, le chlore et plus précisément les chloramines, peuvent apporter un goût et une odeur à l’eau du robinet, bien que ces flaveurs puissent également provenir d’autres sources comme le tartre, les micro-algues ou encore des éléments métalliques.

La réglementation impose-t-elle l'utilisation du chlore ?

Ni la réglementation européenne, ni la réglementation française n’imposent la mise en œuvre d’une étape de désinfection, et donc, plus spécifiquement, d’une chloration, pour produire et distribuer une eau destinée à la consommation humaine conforme aux exigences sanitaires fixées par l’arrêté du 11 janvier 2007 modifié

De même, la présence d’un résiduel de chlore libre dans le réseau de distribution n’est pas obligatoire.

Toutefois, dans le cadre du plan Vigipirate, la chloration de l’eau et une concentration minimale en chlore libre résiduel en sortie d’usine de potabilisation et dans le réseau de distribution deviennent obligatoires lorsque le niveau de menace est élevé, afin de prévenir des actes de malveillance.

Quelles sont les alternatives à la chloration ?

Deux autres procédés sont autorisés par la réglementation française pour désinfecter l’eau : l’ozonation et le traitement par rayonnements UV.

Tout comme le chlore, ces procédés présentent des avantages et des inconvénients et peuvent générer des sous-produits

Qu’appelle-t-on une eau « sans chlore » ? 

Il n’existe pas de définition claire ou officielle d’une eau « sans chlore ».

Dans une expertise publiée en 2026, l’Anses définit l’eau « sans chlore » comme étant une eau destinée à la consommation humaine présentant une concentration en chlore total ou en chlore libre résiduel comprise entre 0 et 0,05 mg/L. Cette limite supérieure correspond à la limite de quantification des méthodes d’analyse du chlore selon l’arrêté du 30 décembre 2022.

Pour les producteurs et distributeurs d’eau, il existe plusieurs manières d’aboutir à une eau « sans chlore » au robinet du consommateur : ne pas désinfecter l’eau à traiter si sa qualité est très bonne, remplacer la chloration par l’ozonation ou les rayonnements UV, chlorer puis déchlorer l’eau, ou encore chlorer à faible dose pour que le chlore libre résiduel soit rapidement « consommé » dans les canalisations - c’est-à-dire qu’il se volatilise ou qu’il réagisse avec d’autres composés dans l’eau.

Ainsi, il est important de noter qu’une eau « sans chlore » ne signifie pas forcément une filière d’eau potable « sans produits chimiques », ni même forcément sans agents chlorants.

Est-ce que l’Europe distribue déjà de l’eau « sans chlore » ? Et la France ?

Plusieurs État membres de l’Union européenne distribuent déjà une eau « sans chlore » sur tout ou partie de leurs territoires : l’Allemagne, le Danemark, la Hongrie, la Lettonie, les Pays-Bas, la Suisse. Pour la produire, ils captent majoritairement des eaux souterraines.

En France également, 5 % de la population est desservie par une eau du robinet qui est « sans chlore ». Cette population est principalement localisée dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans des zones montagneuses et dans des secteurs où les unités de distribution desservent moins de 1 000 habitants. Certaines agglomérations de plus de 100 000 habitants, comme Grenoble, Colmar et Mulhouse, distribuent une eau « sans chlore » depuis plusieurs décennies. 

L’analyse de l’Anses ne permet cependant pas d’identifier pour chaque cas si la distribution d’eau « sans chlore » relève d’un acte volontaire des distributeurs, des collectivités ou d’un manque de maîtrise (chloration insuffisante, consommation du chlore trop rapide en réseau).

Si ces eaux « sans chlore » sont très majoritairement produites à partir de captages d’eaux souterraines de très bonne qualité, plusieurs projets en cours prélèvent également des eaux superficielles (canaux) ou mixtes (mélanges d’eaux souterraines et d’eaux superficielles).

Comment passer à une production/distribution d’eau « sans chlore » ?

Dans son expertise de 2026, l’Anses rappelle que toute modification d’une filière de production et de distribution d’eau destinée à la consommation humaine doit passer par une demande d’autorisation préfectorale (article R. 1321-11 du code de la santé publique).

Le passage vers une eau « sans chlore » repose principalement sur : 

  • une eau brute de très bonne qualité,
  • une filière adaptée à la qualité de l’eau brute,
  • une évaluation quantitative des risques microbiologiques,
  • un réseau intègre et entretenu,
  • une bonne qualité du service (personnel formé, gestion par procédures),
  • la mise en place d’une autosurveillance,
  • des protocoles de chloration d’urgence,
  • une communication transparente auprès de la population.

Tous ces paramètres font partie intégrante d’une gestion préventive et d’anticipation des risques sanitaires formalisée par un PGSSE (plan de gestion de la sécurité sanitaire des eaux), un document qui deviendra obligatoire en juillet 2027 pour les ressources et en janvier 2029 pour la production et la distribution de l’eau.

Ainsi, l’Anses recommande la mise en place d’une transition d’une filière chlorée vers une filière « sans chlore » au cas par cas et progressive (au minimum sur 2 ans), avec de nouveaux paramètres physico-chimiques et microbiologiques à suivre.

L’eau « sans chlore » présente-t-elle plus de risques sanitaires pour les populations ?

L’ ’Anses a étudié les données du Système d'information des services Santé-Environnement Eau (SISE-Eaux) et du dispositif de surveillance des épidémies de gastro-entérique aiguë d’origine hydrique (EpiGEH). Cette analyse n’a pas mis en évidence de surrisque épidémique pour les réseaux « sans chlore » par rapport aux réseaux chlorés.

Est-ce que l’eau « sans chlore » nécessite plus de surveillance ?

Comme évoqué précédemment, dans les canalisations du réseau de distribution, le chlore libre résiduel ralentit la formation de biofilm et peut à la fois servir d’outil de surveillance et de désinfectant en cas de contamination microbiologique. 

Son absence nécessite donc le développement d’un ou plusieurs nouveaux indicateurs de contamination accidentelle et un suivi renforcé du développement de la flore bactérienne dans les réseaux. 

Ainsi, pour le suivi de la qualité de l’eau, l’Anses recommande d’intégrer de nouveaux paramètres, tel que le carbone organique assimilable (COA).

Comment savoir si mon eau du robinet est chlorée ?

Le site du Ministère de la santé met à disposition les résultats du contrôle sanitaire de l’eau du robinet commune par commune. Dans les résultats d’analyse, les concentrations en chlore libre et en chlore total sont indiquées.

Peut-on éliminer facilement l’odeur et le goût du chlore à la maison ?

Oui, car les composés chlorés sont volatils. Vous pouvez laisser reposer l’eau du robinet dans une carafe pendant 30 min ou la remuer avec un ustensile de cuisine propre pour accélérer le processus de volatilisation.

Attention, cependant ! Dès lors que l’eau du robinet ne contient plus de chlore, l’eau est plus sujette aux proliférations bactériennes et doit être consommée rapidement : dans les 24 à 48h si elle est stockée au réfrigérateur, dans un contenant en verre ou en inox de préférence.

Certains traitements à domicile (carafes filtrantes, cartouches, billes, etc.) revendiquent la capacité d’éliminer le chlore de l’eau du robinet. Dans son expertise de 2016, l’Anses a évalué l’innocuité des carafes filtrantes et leur efficacité à éliminer divers contaminants et la flaveur apportée par le chlore.