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Epidémie de Zika : les recommandations de l’Anses sur l’utilisation de moustiquaires imprégnées à la deltaméthrine

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Actualité du 26/02/2016

Certaines moustiquaires imprégnées de deltaméthrine sont recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé pour éviter la transmission des maladies vectorielles transmises par les moustiques. En France, ces moustiquaires n’ont pas fait l’objet de demande d’autorisation de mise sur le marché : elles ne peuvent, par conséquent, pas être utilisées conformément à la règlementation biocide. Dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de Zika qui sévit actuellement dans les départements français d’Amérique, le Haut Conseil de la Santé Publique préconise que la France dépose auprès de l’Union Européenne une demande de dérogation pour l'utilisation de moustiquaires imprégnées à la deltaméthrine longue durée. Dans ce contexte, l’Anses a été saisie par le ministère en charge de l’Ecologie afin qu’elle émette un avis en urgence sur l’opportunité d’utiliser des moustiquaires imprégnées à la deltaméthrine longue durée par usage dérogatoire, tel que prévu par l’Article 55.2 du Règlement Biocides. Sur la base des données disponibles, l’Agence conclut que l’utilisation de telles moustiquaires peut être autorisée. Elle recommande toutefois, de fixer la moustiquaire autour du lit des nouveau-nés et des enfants de façon à ce qu’elle soit difficilement accessible, afin d’éviter la mise à la bouche. Elle recommande par ailleurs d’utiliser des moustiquaires dont l’efficacité a été validée par l’OMS et de limiter fortement les lavages étant donnée la forte toxicité de la deltaméthrine pour l’environnement aquatique.

 

La deltaméthrine est une substance active biocide approuvée au niveau européen pour la lutte contre les insectes, acariens et autres arthropodes. Les moustiquaires imprégnées de deltaméthrine sont recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour éviter la transmission des maladies vectorielles transmises pas les moustiques.

En France, les moustiquaires imprégnées de deltaméthrine longue durée n’ont pas fait l’objet de demande d’autorisation de mise sur le marché et, ne peuvent, par conséquent, pas être utilisées.

Dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de Zika qui sévit actuellement dans les départements français d’Amérique (DFA), le Haut Conseil de la Santé Public (HCSP) a rendu un avis le 18 janvier dernier dans lequel il préconise que l'autorité compétente française autorise par dérogation l'utilisation de moustiquaires imprégnées à la deltaméthrine. L’Anses a donc été saisie par le Ministère en charge de l’Ecologie afin qu’elle émette un avis en urgence sur l’opportunité d’utilisation des moustiquaires imprégnées à la deltaméthrine par usage dérogatoire, tel que prévu par l’Article 55.2 du Règlement Biocides.

 

Le travail de l’Agence

L’Anses s’est basée sur les évaluations de l’OMS pour ce qui concerne les caractéristiques techniques et l’efficacité des moustiquaires imprégnées de deltaméthrine longue durée. L’utilisation de moustiquaires satisfaisant la totalité des critères de l’OMS doit être privilégiée. Il s’agit des moustiquaires remplissant les critères d’efficacité, de résistance aux lavages et qui ont montré une efficacité après trois ans d’utilisation sur le terrain.

Par ailleurs, l’Anses estime que malgré les phénomènes de résistance des moustiques à la deltaméthrine, largement reconnus dans la littérature et démontrés dans les départements français d’outre-mer, les moustiquaires imprégnées d’insecticide longue durée présentent une efficacité intéressante contre les moustiques adultes résistants.

 

Les recommandations de l’Agence

Sur la base des données actuellement disponibles, dans l’avis qu’elle publie ce jour, l’Agence estime que le risque lié à l’utilisation des moustiquaires est acceptable pour la santé humaine, sous réserve que, pour les nouveaux nés et les enfants en bas âge, la moustiquaire soit fixée autour du lit de façon à ce qu’elle soit difficilement accessible pour l’enfant, afin d’éviter la mise à la bouche.

Par ailleurs, au vu de la très forte toxicité de la deltaméthrine pour le compartiment aquatique, l’Agence recommande de fortement limiter le lavage des moustiquaires.

Aucune donnée n’étant disponible sur le risque pour la santé humaine et l’environnement, mais aussi sur l’efficacité de la ré-imprégnation des moustiquaires avec de la deltaméthrine, l’Anses ne recommande pas cette pratique.

Enfin, l’Agence estime nécessaire que les services responsables de la distribution des moustiquaires communiquent sur les précautions à prendre lors de leur utilisation et qu’ils puissent s’assurer de la bonne application des mesures de gestion.

Aujourd’hui, en France, très peu de substances actives larvicides et adulticides sont utilisées en lutte anti-vectorielle (LAV). L’usage massif de la deltaméthrine, sans alternance d’autres substances actives, a conduit à l’apparition de résistances avérées des moustiques dans les départements ultramarins. L’utilisation agricole et vétérinaire de cette molécule accentue cette problématique. Il est donc indispensable de disposer d’un panel plus large de substances actives, à court terme, mais également à moyen terme, car la lutte contre les vecteurs d’arbovirus et d’autres agents pathogènes est amenée à s’étendre à l’ensemble du territoire français. Bien que permis de façon exceptionnelle par la règlementation européenne, l’usage dérogatoire de substances ou de produits interdits ne semble plus une stratégie adéquate et durable.

L’Anses a été saisie le 3 juin 2009 par les ministères chargés de l’Ecologie, de la Santé et du Travail, afin de sélectionner des substances actives potentiellement intéressantes pour une utilisation en LAV. L’Anses a proposé en 2012 une sélection de 32 substances actives sur la base d’une analyse multicritère combinant toxicité, écotoxicité, exposition et devenir environnemental. Ces substances avaient ensuite été regroupées en trois classes (utilisables à court, moyen et long termes).

L’Agence publie ce jour une actualisation de la liste des substances actives potentiellement utilisables en lutte anti-vectorielle, au regard des usages connus et de leur statut réglementaire en Europe. Il ne s’agit pas d’une évaluation des risques, mais d’une liste de substances actives ayant un intérêt pour une utilisation en LAV, sur lesquelles doivent se concentrer les efforts d’incitation auprès des industriels et d’encouragement de la recherche. L’Anses recommande également  de développer des essais d’efficacité et des modèles d’exposition destinés à estimer les expositions pour les opérateurs, pour la population et pour l’environnement, dédiés aux usages très particuliers de la lutte anti-vectorielle, de façon à pouvoir mener une évaluation de risque affinée et comparer les différents produits.