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Anses - Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail

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Mis à jour le 24/08/2016

Evaluation des risques sanitaires liés au bisphénol A

Conclusions du travail de l’Anses

Mots-clés : Bisphénol A (BPA), Perturbateurs endocriniens, Femmes enceintes

Afin de répondre aux saisines des ministères chargés de la Santé et de l’Environnement, l’Anses a créé un groupe de travail dédié « Perturbateurs endocriniens et reprotoxiques de catégorie 3 » (GT PE) rattaché au comité d’experts spécialisé (CES) « Évaluation des risques liés aux substances chimiques ». Ce GT réunit une trentaine d’experts aux compétences pluridisciplinaires. D’autres CES et groupes de travail de l’Agence ont été associés pour des questions en lien avec leur champ de compétences («Eaux», «Matériaux au contact des denrées alimentaires (MCDA)», et «Evaluation des risques physiques et chimiques liés aux aliments»). L’objectif de cette évaluation de risque était d’intégrer de façon la plus large possible les différentes sources d’exposition potentielles au bisphénol A (alimentation, air, poussière, produits de consommation, …) et de modéliser les expositions aux différents âges de la vie, et dans certaines situations spécifiques d’exposition (travailleurs). 

Compte tenu des données disponibles, les doses d’exposition ont été calculées pour les femmes enceintes, les adultes (hommes et femmes confondus) et des enfants de plus de 3 ans. Des scénarios spécifiques d’exposition ont également été construits pour prendre en compte l’exposition provenant des tickets de caisse et de l’eau des bombonnes en polycarbonate. L’analyse de tous les articles scientifiques concernant les effets du bisphénol A publiés jusqu’en juillet 2012 a permis d’identifier, sur la base des données expérimentales animales, des effets critiques jugés pertinents pour l’enfant à naître des femmes enceintes exposées. 

Quatre types d’effets ont ainsi été retenus pour l’évaluation des risques sanitaires: effets sur le cerveau et comportement, effets sur l’appareil reproducteur femelle, effets sur le métabolisme et obésité et effets sur la glande mammaire.

 

Conclusions

L’évaluation des risques prenant en compte l’ensemble des milieux d’exposition, hors situation d’exposition spécifique, montre que certaines situations d’exposition de la femme enceinte au bisphénol A présentent un risque potentiel pour l’enfant à naître. Les effets identifiés portent sur une modification de la structure de la glande mammaire chez l’enfant à naître qui pourrait favoriser un développement tumoral ultérieur. Les risques concernent potentiellement les enfants des 2 sexes.

Le niveau de confiance associé à ces résultats est qualifié de « modéré » par la majorité des experts compte tenu des nombreuses incertitudes dans l’état actuel des connaissances scientifiques.

Concernant les trois autres types d’effets examinés pour l’évaluation des risques (effets sur le cerveau et comportement, effet sur le métabolisme et obésité, effet sur le système reproducteur féminin), le risque apparait « négligeable », selon les hypothèses considérées. 

Sources d’exposition

En moyenne, l’alimentation contribue majoritairement à l’exposition (84% pour la femme enceinte). Concernant les principales sources d’exposition alimentaires et quelles que soient les populations concernées, l’expertise identifie trois grandes catégories :

  • Les produits conditionnés en boîtes de conserve  qui représentent environ 50% de l’exposition alimentaire totale et se décomposant comme suit 35 à 45% pour les légumes ;10 à 15% pour les plats composés et produits à base de viande et de poisson.
  • Certains aliments d’origine animale : autour de 17% pour les viandes, abats et charcuterie, entre 1 et 3% pour les produits de la mer.
  • Une contamination diffuse dont l’origine n’est pas identifiée qui représente entre 25 et 30% de l’exposition alimentaire totale.

Le calcul de l’exposition via les bonbonnes d’eau en polycarbonate montre que l’eau conditionnée dans ces bonbonnes constitue une source significative d’exposition au bisphénol A. Sa consommation peut contribuer à une augmentation de l’exposition au bisphénol A et pourrait, ainsi ajoutée aux autres expositions, entraîner un risque « additionnel » pour l’enfant à naître de la femme enceinte exposée.

L’évaluation spécifique des risques liés à la manipulation ou l’usage de produits et/ou articles destinés au grand public contenant du bisphénol A montre que la manipulation de tickets thermiques conduit à des situations potentiellement à risque pour les quatre types d’effets considérés dans l’évaluation des risques, mais avec un niveau de confiance jugé par les experts de « limité », au regard de très nombreuses incertitudes. Les modèles et hypothèses retenus contribuent en effet certainement à surestimer les expositions calculées en lien avec la manipulation de tickets thermiques, ce qui va conduire à engager un travail complémentaire pour mieux estimer la quantité de bisphénol A effectivement absorbées par voie cutanée. 

 

Recommandations

Suite au précédent avis de l’Anses en septembre 2011, le Parlement a adopté en décembre 2012 une loi visant à la suspension de la fabrication, de l'importation, de l'exportation et de la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du bisphénol A. Cette nouvelle législation devrait conduire à une baisse très significative du niveau d’exposition au bisphénol A. 

Dans ce cadre, l’Anses recommande :

  • d’évaluer l’impact dans le temps de la mise en œuvre de cette réglementation et de s’assurer de l’innocuité des substituts mis en œuvre. En particulier, en l’absence de données scientifiques complémentaires, l’Agence n’encourage pas à utiliser d’autres bisphénols comme solution de substitution au bisphénol A.
  • L’Agence rappelle par ailleurs la pertinence des recommandations pour le consommateur émises dans ses avis précédents.

Considérant la mise en évidence de situations potentiellement à risque pour l’enfant à naître des femmes enceintes manipulant des papiers thermiques contenant du bisphénol A, en particulier dans le cadre de leur activité professionnelle, l’Anses recommande :

  • dès à présent, de prendre des mesures en vue de réduire l’exposition des femmes manipulant des papiers thermiques contenant du bisphénol A ou d’autres composés de la famille des bisphénols, notamment en milieu de travail ;
  • d’engager, dans les meilleurs délais, une étude de biométrologie chez des femmes travaillant en caisse manipulant des papiers thermiques contenant du bisphénol A et/ou du bisphénol S, en vue de vérifier les résultats issus des scénarios d’exposition retenus dans ce travail et d’identifier les mesures de gestion les plus adaptées. L’Agence s’engage à soutenir de telles investigations. 

L’Agence émet également des recommandations afin d’améliorer les connaissances sur la toxicité du bisphénol A notamment chez les populations les plus sensibles, de mieux caractériser les expositions (amélioration des méthodes d’analyse, acquisition de données vis-à-vis de milieux et populations spécifiques, acquisition de données pour améliorer la modélisation des expositions, …).

Enfin, au plan méthodologique, l’Agence recommande de revoir la pertinence de l’utilisation de valeurs toxicologiques de référence telle que la dose journalière tolérable pour des substances pour lesquelles les périodes de vulnérabilité ne sont pas toujours connues, mais aussi d’intégrer de façon systématique une analyse interdisciplinaire des incertitudes dans la démarche d’évaluation des risques.