anses

Anses - Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail

Formulaire de recherche

L'actualité a été ajouté à votre bibliothèque

Publié le 20/03/2014

Exposition de la population générale aux pollens de l’air ambiant : l’Anses fait le point

Selon certaines estimations, le nombre de personnes touchées par des pathologies allergiques respiratoires comme les rhinites saisonnières et l’asthme aurait doublé ces 20 dernières années dans les pays industrialisés. Toutefois, il est aujourd’hui difficile de quantifier de manière fiable le nombre de personnes réellement touchées par l’allergie aux pollens. En effet, les études épidémiologiques disponibles évaluent principalement le nombre de personnes atteintes de rhinite allergique, qui n’est pas uniquement liée aux pollens, et dont les symptômes diffèrent peu de ceux de la rhinite non-allergique. De plus, la majorité des études s’appuie essentiellement sur des questionnaires, sans tests allergologiques associés, entraînant un fort biais de surestimation. C’est pourquoi dans le cadre du PNSE 2[1], l’Anses a été saisie afin de dresser un état des connaissances sur l’impact sanitaire lié à l’exposition de la population générale aux pollens présents dans l’air ambiant et ainsi de proposer des pistes pour une gestion des risques sanitaires efficace.

 

Pollinose : définition et prévalence [2]

Le grain de pollen joue un rôle essentiel dans la reproduction de la majorité des plantes. Selon les espèces, il est transporté soit par les insectes -plantes entomophiles- soit par le vent -plantes anémophiles. Les pollens sont responsables de réactions allergiques appelées pollinoses, qui se manifestent principalement par des rhinites ou des rhino-conjonctivites, et plus rarement par de l’asthme.

Les pollens allergisants anémophiles sont à l’origine de la majorité des pollinoses, parce qu’ils sont émis dans l’atmosphère en plus grandes quantités et entrent naturellement en contact avec les muqueuses respiratoires et oculaires du fait de leur taille plus réduite.

La prévalence de l’allergie pollinique varie en fonction de l’âge : elle est plus élevée chez l’adulte jeune que chez les enfants et les personnes âgées.

Les estimations les plus pertinentes de la prévalence de l’allergie aux pollens issues d’enquêtes épidémiologiques menées en France, de 1994 à 2006, sont au plus :

  • de 7 à 20% chez les enfants ;
  • de l’ordre de 30% chez l’adulte.

En outre, la prévalence varie d’une région à l’autre. Cette variation inter-régionale est observée dans toutes les études, et elle est liée à la différence de végétation entre les régions, mais également aux intensités des saisons polliniques.

La prédisposition génétique au développement d’une allergie est un facteur de risque important dans le développement des pollinoses. Cependant, la pathologie allergique peut survenir indépendamment de cette prédisposition et peut concerner n’importe quel individu, pour peu qu’il ait subi une exposition suffisamment intense et prolongée.

 

Des interactions polluants atmosphériques-pollens et climat-pollens

Interactions entre pollens, polluants atmosphériques et réactions allergiques

Certains polluants chimiques peuvent moduler la réaction allergique de différentes manières : soit en abaissant le seuil de réactivité bronchique et/ou en accentuant l’irritation des muqueuses nasales ou oculaires chez les sujets sensibilisés, soit en modifiant l’allergénicité des grains de pollen, par modification de leur paroi et de leur contenu protéique.

 

Pollens et changement climatique

La production et l’émission du pollen sont sous le contrôle de plusieurs facteurs dont la photopériode (durée du jour) et des facteurs climatiques tels que la température.

Les études publiées ces dernières années montrent que le changement climatique pourrait influer sur la production de pollens, notamment en allongeant la durée de pollinisation, en modifiant la répartition spatiale et la pollution atmosphérique, et ainsi interférer sur les pollens et les pollinoses. Des études expérimentales montrent également que l’élévation des températures atmosphériques et de la concentration en CO2 rend certains pollens plus allergisants.

 

Prévention du développement des plantes allergisantes

La gestion des plantes allergisantes, notamment en milieu urbain, permettrait de réduire l’exposition de la population aux pollens. Celle-ci peut viser l’éradication de ces plantes, le contrôle de leur dispersion, la gestion de leur taille ou leur surveillance. Ces différents moyens de gestion dépendent du type de plantes et du milieu dans lequel elles se développent.

Ainsi, l’éradication des végétaux à pollen allergisant ne peut être envisagée que pour les plantes qui ne sont pas natives sur le territoire français et les plantes invasives. En effet, dans un contexte global de conservation de la biodiversité, il est difficilement envisageable de mener des pratiques de destruction de végétaux se développant dans leur région d’origine naturelle. Il en va de même des espèces agricoles.

 

Recommandations de l’Anses

L’Agence préconise à l’issue de cet état des lieux très complet d’actualiser périodiquement les connaissances sur la prévalence des allergies aux différents pollens dans la population générale, pour évaluer l’évolution de cette pathologie dans le temps et dans l’espace et pour évaluer l’efficacité des politiques publiques destinées à lutter contre cette maladie.

Concernant les végétaux émetteurs de pollens allergisants, la gestion de leur développement, notamment en milieu urbain, devrait être améliorée.

L’Anses recommande également que la surveillance des pollens soit pérennisée et que les dispositifs de suivi en temps réel ainsi que la modélisation spatio-temporelle des émissions de pollens soient perfectionnés. Cette mesure a pour but notamment d’améliorer l’information des personnes allergiques et des professionnels de santé en vue d’améliorer la prise en charge de la maladie allergique, en permettant aux patients de prendre leur traitement au moment le plus opportun.

L’Agence recommande en outre d’améliorer les connaissances sur les interactions entre pollens et pollution atmosphérique (Ozone, dioxyde d’azote, particules).  

Enfin l’Agence préconise d’améliorer les connaissances sur les facteurs climatiques influençant la quantité de grains de pollen produits et émis, la production d’allergènes dans le pollen (quantité, température, stress, humidité…).

 

[1] Plan national santé environnement 2
[2] En épidémiologie, la prévalence est une mesure de l’état de santé d’une population à un instant donné. Pour une affection précise, elle correspond au nombre de cas de maladies présents à un moment donné dans une population, rapporté à la population totale.