Green Data for Health : les ambitions de l’Anses sur l’exploitation des données en santé environnement
Actualité
24/04/2026
8 min

Green Data for Health (GD4H) : les ambitions de l’Anses sur l’exploitation des données en santé environnement

Depuis un an, l’Anses coordonne le Green Data for Health (GD4H) qui a pour objectif d’améliorer la compréhension de l’impact des facteurs environnementaux sur la santé. Où en est le dispositif aujourd’hui et en quoi il est stratégique pour répondre aux enjeux de l’exploitation des données en santé-environnement et, plus globalement, des données One Health ? Retour sur les avancées et perspectives du GD4H avec Pierre Breton, son directeur au sein de l’Anses.

Un an après la reprise du Green Data for Health par l’Anses, où en êtes-vous ?

 

Pierre Breton

Le premier point important, c’est que le Green Data for Health ne partait pas de zéro. Annoncé par le 4ème plan national santé-environnement, ce dispositif a été initié par l’Ecolab du Commissariat général au développement durable (CGDD). Celui-ci a joué un rôle déterminant en posant les premières bases dès 2020 et en fédérant un premier cercle de partenaires autour de cette intuition forte : mieux croiser les données environnementales et sanitaires. L’accompagnement du CGDD dans la phase de transfert vers l’Anses a permis d’assurer une vraie continuité et de monter rapidement en puissance.

L’Agence était impliquée dans le projet depuis son lancement en tant que partenaire, ce qui a permis une transition fluide quand la coordination du GD4H lui a été confiée le 2 avril 2025 lors de la signature de la convention de coopération. Un an après, la greffe a clairement pris. Nous sommes passés d’une initiative encore exploratoire à un dispositif structuré qui réunit aujourd’hui 18 partenaires nationaux, avec une gouvernance interministérielle en place et une communauté de plusieurs centaines d’acteurs issus du monde de la recherche, des institutions publiques nationales, des collectivités territoriales et de l’associatif.

En parallèle, le GD4H est devenu un véritable projet d’agence. Les équipes de l’Anses se sont fortement mobilisées, que ce soit dans les fonctions supports, dans l’accompagnement des projets de recherche, dans la construction de cas d’usage ou des exemples de réutilisation de la donnée pour mettre en évidence des corrélations ou des liens entre santé et environnement.

Enfin, nous avons beaucoup investi dans la structuration d’une communauté de contributeurs, utilisateurs et soutiens. Nous avons pu présenter le GD4H lors de grands rendez-vous comme le Salon des maires ou le Salon de l’agriculture, organiser un premier webinaire à l’automne sur l’utilisation des données en santé environnement dans les territoires, puis un autre dédié à la préparation du Sommet One Health début mars. Tout cela participe à faire émerger progressivement une véritable communauté de la donnée en santé-environnement. 

Sur le plan des moyens, nous avons également franchi une étape importante, avec un budget de l’ordre de 1,2 million d’euros par an qui permet de financer l’animation, les travaux d’interopérabilité entre bases de données et les premiers cas d’usage.

Le sujet des données en santé-environnement prend une importance croissante. Pourquoi cette accélération aujourd’hui et en quoi cela a-t-il été un choix stratégique pour l’Anses ?

Ce n’est pas un hasard si l’Anses a fait le choix de s’engager dans la coordination du Green Data for Health. C’est un choix profondément stratégique, qui s’inscrit dans l’évolution des enjeux auxquels nous sommes confrontés.

Aujourd’hui, les grandes questions de santé ne peuvent plus être abordées de manière isolée. Qu’il s’agisse des maladies chroniques, des pollutions ou encore des impacts du changement climatique, nous sommes face à des phénomènes complexes, multifactoriels, qui relèvent pleinement d’une approche One Health.

« Une seule santé », cela signifie très concrètement que les frontières traditionnelles entre santé humaine, santé animale et environnement ne sont pas pertinentes pour appréhender les risques, surtout avec les outils scientifiques et technologiques dont on dispose aujourd’hui. 

Dans ce contexte, la donnée et la capacité à en décloisonner les ressources devient un levier central. Elle permet de relier des informations dispersées, de mieux comprendre les interactions entre expositions et effets sanitaires, et surtout de passer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation.

C’est précisément à cet endroit que se situe le GD4H. En prenant sa coordination, l’Anses fait le choix d’investir un espace en devenir, mais absolument structurant pour l’avenir des politiques publiques de santé-environnement et, à plus long terme, d’autres politiques publiques dans le champ One Health comme la prévention des zoonoses et la prévention des effets des pollutions dans l’eau, l’air, l’alimentation sur les organismes vivants.

Ce choix est aussi cohérent avec l’ADN de l’agence, qui intervient à l’interface entre science et décision publique. Le GD4H prolonge cette mission, en y ajoutant une dimension nouvelle : celle de la structuration et de la valorisation des données à grande échelle.

Enfin, on observe une nette et rapide montée en puissance de l’intérêt pour ces sujets, que ce soit du côté des institutions, de la recherche ou des acteurs territoriaux. Le fait que de plus en plus d’acteurs souhaitent rejoindre la dynamique ou s’y associer montre bien que nous sommes à un moment charnière.

Le Sommet One Health d’avril 2026 a mis en avant la question des données, avec l’annonce d’une déclaration sur leur convergence. En quoi cela change-t-il la donne ?

Le Sommet One Health organisé à Lyon début avril 2026 marque en effet un tournant dans la manière dont on aborde ces sujets.

Jusqu’à présent, la question des données en santé-environnement, ou relatives au One Health plus globalement, était essentiellement portée par des communautés scientifiques et techniques. Avec ce Sommet, elle accède à un tout autre niveau : elle devient un sujet politique, porté au plus haut niveau de l’État et avec une dimension internationale. 

Le message qui en ressort est simple mais fondamental : sans convergence des données, le One Health ne peut pas devenir une réalité opérationnelle.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que cette dynamique internationale rejoint très directement ce que nous construisons avec le GD4H. Depuis un an, nous travaillons justement à créer les conditions de cette convergence, en nous appuyant sur une approche pragmatique : mieux connecter les systèmes existants, développer l’interopérabilité entre les données et produire des cas d’usage concrets.

Avec la Déclaration d’intention pour la convergence des données, le Sommet a joué un rôle de catalyseur, en donnant une visibilité et une légitimité nouvelles à ces enjeux. Il vient en quelque sorte consacrer une année de travail collectif et accélérer encore la dynamique.

Pour l’Anses et pour le GD4H, c’est un levier très fort. Cela permet de renforcer les coopérations, y compris à l’international, et de positionner plus clairement la donnée comme un élément structurant des politiques One Health.

Quelles sont désormais les perspectives pour le Green Data for Health ?

Nous entrons dans une phase de changement d’échelle. Après une première année qui a permis de structurer la gouvernance, de fédérer les partenaires et de lancer les premiers cas d’usage, l’enjeu est désormais de consolider et de déployer.

Il s’agit d’abord de poursuivre les travaux sur l’interopérabilité, la mobilisation et l’accompagnement stratégique des données en santé environnement, qui sont au cœur du projet, et d’amplifier les cas d’usage sur des sujets à fort impact, comme les polluants émergents ou les effets du changement climatique sur la santé. Il y a également un enjeu fort d’ancrage territorial, pour que ces travaux puissent concrètement éclairer l’action publique au plus près des besoins.

Il s’agit aussi de définir un nouveau cadre de gouvernance.

Jusqu’à présent, le GD4H s’est structuré autour d’un socle d’acteurs publics nationaux. Demain, la dynamique a vocation à s’élargir à d’autres types d’acteurs : les collectivités territoriales, le monde académique, et potentiellement des acteurs privés, notamment sur les volets technologiques ou d’innovation.

Cet élargissement est à la fois une opportunité et un défi. Il suppose de réfléchir à des formes de gouvernance adaptées, capables d’intégrer cette diversité d’acteurs tout en garantissant un cadre de confiance, de souveraineté et d’usage responsable des données.

Enfin, il y a un enjeu de structuration dans la durée.

Le budget et les ressources humaines dont nous disposons aujourd’hui constituent un point de départ solide, qui a permis d’amorcer la dynamique. Mais si nous voulons réellement être à la hauteur de l’ambition partagée par l’ensemble des partenaires et faire de la donnée un levier central du One Health, il faudra aller plus loin dans la structuration et dans l’accompagnement du projet.

L’objectif est clair : faire du Green Data for Health un outil pérenne, capable d’accompagner dans le temps long la transformation des politiques de santé-environnement, en passant d’une logique de réaction à une véritable logique de prévention et d’anticipation fondée sur la donnée

Les partenaires du GD4H

Direction générale de la prévention des risques (DGPR), Direction générale de la santé (DGS), Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DRESS), Commissariat général au développement durable (CGDD), Direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI), Anses, Health Data Hub, Santé Publique France (SPF), Agence de l’environnement et de la maitrises de l’énergie (ADEME), CEREMA, Institut natioal de la santé et de la recherche médicale (INSERM), École des hautes études en santé publique (EHESP), Institut national du cancer (INA), Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), Assurance maladie, Institut national de l'environnement industriel et des risques (INERIS), Office français de la biodiversité (OFB)

white
bleu_clair