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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Incendie de l'usine Lubrizol à Rouen : les avis de l'Anses

L’important panache de fumée produit par l’incendie, le 26 septembre, de l’Usine Lubrizol à Rouen a généré des retombées sur plusieurs départements français. Rapidement, des mesures et des prélèvements ont été initiés par les pouvoirs publics pour évaluer l’impact des substances dangereuses susceptibles d’avoir été émises.

Dans ce contexte, l’Anses a été saisie afin d’évaluer les risques alimentaires potentiellement liés aux retombées. Il s’agit en premier lieu de s’assurer de l’adéquation des premières dispositions prises en matière de surveillance et de prélèvement, en ce qui concerne les productions agricoles et alimentaires.

En vue de compléter la stratégie mise en place en urgence, l’Anses a également été saisie conjointement avec l’Ineris afin d’identifier les principales substances susceptibles d’avoir des effets sanitaires en lien avec différentes voies d’exposition. La contribution de l’Anses vient en complément des travaux de l’Ineris, organisme de référence en matière de risques industriels, qui a notamment dressé la liste des substances susceptibles d’avoir été émises dans l’environnement lors de cet accident industriel et des zones ayant été exposées à ces substances.


Evaluations de risques post-accidentelles de l'Anses liées à l’incendie de l’usine Lubrizol

Sur le volet alimentaire, l’Anses conclut que les substances recherchées en première intention (dioxines et furanes, PCB, HAP et les élément-traces métalliques) dans les produits agricoles et alimentaires sont pertinentes. Elle propose d’élargir la liste des substances à d’autres élément-traces métalliques, aux phtalates et aux retardateurs de flamme utilisés par les pompiers lors de l’extinction de l’incendie. L’Anses établit également la liste des substances à rechercher et mesurer dans les aliments destinés aux animaux d’élevage.

L’Anses recommande par ailleurs que des prélèvements de sols soient réalisés au titre de la gestion des élevages à long terme, notamment pour ce qui concerne les animaux qui pâturent ou picorent en plein air, et pour déterminer plus précisément le périmètre concerné par des retombées significatives.

De façon plus globale, l’Anses formule des recommandations visant à optimiser les plans de surveillance et de prélèvements mis en place et les faire évoluer en tenant compte du temps passé depuis l’évènement, d’une part sur le plan de la complétude des éléments recherchés, et d’autre part, sur les modalités de recueil et de documentation des prélèvements afin de faciliter ensuite l’exploitation et l’interprétation des données.


Expertise de l’Anses sur les analyses de lait

Suite à l’incendie de l’usine Lubrizol, les productions végétales et animales telles que le lait, les œufs, le miel, ont été placées sous consigne dans un large ensemble de communes où des suies ont été observées (Seine-Maritime, Oise, Nord, Somme et Aisne). Dans le cadre de son expertise sur les risques alimentaires pouvant découler des retombées du panache de fumée, l’Anses a été sollicitée en urgence le 11 octobre pour fournir des éléments scientifiques sur les possibilités et conditions d’une levée des mesures d’interdiction visant la collecte du lait.

Au total, l’Anses a examiné les résultats des 130 prélèvements de lait (lait, lait cru, lait entier, mélange de laits de tank, principalement d’origine bovine et pour partie d’origine caprine) réalisés sur une période entre trois et onze jours après l’incendie, soit du 29 septembre au 7 octobre 2019.

Les contaminants définis en urgence et prioritairement recherchés lors de cette première vague de prélèvements sont les dioxines-furanes, PCB, HAP et éléments-traces métalliques (plomb, cadmium, mercure). Ces contaminants étant potentiellement présents dans l’environnement, des teneurs maximales réglementaires existent pour les aliments, qui visent à protéger la santé des consommateurs. Afin d’analyser les niveaux de contamination mesurés, l’Anses a effectué plusieurs comparaisons, notamment par rapport aux valeurs de contamination relevées au niveau national par les plans de surveillance et de contrôle.


Expertise de l’Anses sur la surveillance des eaux destinées à la consommation humaine

Le 26 septembre 2019, un suivi renforcé de la qualité des EDCH a été mis en place par l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Normandie. Il a ciblé en priorité les réservoirs d’eau potable aériens situés sous le panache et à proximité de la source de pollution, puis les captages d’eaux souterraines utilisés pour produire de l’EDCH situés en dessous et à proximité du panache. Ces derniers ont été sélectionnés en fonction de leur vulnérabilité aux pollutions de surface. Les analyses réalisées dans un premier temps ont porté sur une large gamme de composés chimiques susceptibles d’être présents dans les eaux de ruissellement.

66 captages d’eaux souterraines sont recensés dans les 112 communes concernées par l’arrêté préfectoral du 28 septembre 2019 de restrictions de mise en marché d’aliments pour la zone impactée par les retombées de suies de fumée de l’incendie. Ces captages d’eaux souterraines ont été classés en fonction de leur vulnérabilité aux risques d’infiltration rapide des eaux de surface dans le cas de pluies importantes.

Sur base de leur évaluation de la stratégie de prélèvements mise en place par l’ARS Normandie à partir du 26 septembre, les experts du Groupe d’expertise collective d’urgence réuni par l’Anses proposent un programme de surveillance complet et modulable au fil du temps en fonction des résultats obtenus.


Expertise de l’Anses sur les risques alimentaires

Dans les jours suivant l'incendie, les animaux ont pu être exposés aux retombées des suies de l’incendie par l'inhalation des fumées et le dépôt direct de particules de fumée sur les muqueuses pulmonaires, ainsi que par la consommation d’aliments contaminés, notamment l’herbe des pâtures ou l’ensilage qui aurait été peu ou mal couvert et aurait subi un dépôt polluant.

Concernant les productions végétales, celles qui ont été retrouvées souillées par les retombées de suies ont été déclarées impropres à la consommation et ont été détruites. Néanmoins, certaines productions ont pu être contaminées par des particules non visibles.

Les prélèvements réalisés à la suite de l’incendie concernent des productions animales comme le lait, les œufs, le miel, les poissons d’élevage ainsi que des productions végétales : légumes-feuilles (salades, endives), légumes-racines (pommes de terre, betteraves, tubercules), fruits, aliments pour le bétail tels que le maïs ensilage, le foin et les herbes de pâture. Les contaminants recherchés sont des dioxines et furanes, des PCB, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des éléments-traces métalliques (cadmium, plomb, mercure).