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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

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Mis à jour le 14/03/2017

Insecticides utilisables pour la lutte anti-vectorielle

Recherche d’insecticides potentiellement utilisables en lutte anti-vectorielle

Mots-clés : Lutte anti-vectorielle (LAV), Biocides

Pour être efficace et durable, la lutte anti-vectorielle insecticide doit s’appuyer sur l’utilisation alternée de substances ayant des modes d’action différents, afin de limiter le développement des résistances aux insecticides chez les insectes vecteurs. Afin d’identifier des substances actives potentiellement intéressantes pour une utilisation en lutte anti-vectorielle, l’Anses a entrepris une recherche exhaustive et rationnalisée des insecticides utilisables en lutte anti-vectorielle, aboutissant à l’identification de 32 substances. L’Anses a ensuite sélectionné un nombre réduit de molécules adulticides ou larvicides potentiellement utilisables à moyen terme, dont l’utilisation serait conforme à la réglementation européenne et réalisé des évaluations de risques pour quatre d’entre elles. 

Du fait des changements climatiques et de la globalisation des échanges notamment, les maladies vectorielles réapparaissent depuis plusieurs années : paludisme en Guyane et à Mayotte, dengue dans les départements français d’Amérique, à La Réunion et dans la région Pacifique, chikungunya dans l’Océan Indien. Le virus Zika a également émergé en 2015 en Amérique du Sud pour diffuser ensuite en Guadeloupe, Guyane, Martinique. Le moustique tigre, Aedes albopictus, vecteur de plusieurs de ces maladies, est implanté depuis 2004 en métropole et des cas importés ou autochtones de dengue, de chikungunya et de Zika sont régulièrement détectés dans des départements de la métropole. Dans ce contexte et en l’absence de vaccin et de traitement contre ces maladies, la lutte contre les moustiques vecteurs de ces maladies, notamment à l’aide d’insecticides (biocides), reste la principale voie de contrôle de ce type de pathologies.

Avec l’entrée en vigueur de la réglementation européenne biocides, diverses substances actives anciennement utilisées se voient progressivement retirées du marché. Les raisons peuvent être un profil toxicologique ou écotoxicologique qui ne satisfait pas aux exigences ou parfois un désintérêt du fabricant pour soutenir ses produits. 

Aujourd’hui, en France, très peu de substances actives larvicides et adulticides sont utilisées en lutte anti-vectorielle (LAV). Les programmes de lutte anti-vectorielle s’organisent essentiellement autour d’une substance active ciblant les larves de moustiques (le Bti) et d’une substance active ciblant les moustiques adultes (la deltaméthrine). L’usage massif de la deltaméthrine, sans alternance avec d’autres substances actives, a conduit à l’apparition de résistances avérées des moustiques dans les départements ultramarins. L’utilisation agricole et vétérinaire de cette molécule accentue cette problématique. Il est donc indispensable de disposer d’un panel plus large de substances actives, à court terme, mais également à moyen terme, car la lutte contre les vecteurs d’arbovirus et d’autres agents pathogènes est amenée à s’étendre à l’ensemble du territoire français. Bien que permis de façon exceptionnelle par la règlementation européenne, l’usage dérogatoire de substances ou de produits interdits ne semble plus une stratégie adéquate et durable.

Le travail de l’Anses

Dans ce contexte, l’Anses a entrepris une recherche exhaustive et rationnalisée des insecticides utilisables en lutte anti-vectorielle. Pour ce faire, un inventaire des substances actives insecticides ayant une activité rapportée ou supposée sur la famille des diptères, des insectes piqueurs (mouches, moustiques, taons), voire pour certaines sur les moustiques, a  été réalisé. 129 substances ont ainsi été identifiées. Afin d’identifier les substances présentant les meilleurs potentiels, ces molécules ont ensuite été comparées selon des critères de toxicité, d’écotoxicité et de contamination de l’environnement.

L’Anses a proposé en 2012 une sélection de 32 substances actives sur la base d’une analyse multicritère combinant toxicité, écotoxicité, exposition et devenir environnemental. Ces substances ont ensuite été regroupées en trois classes (utilisables à court, moyen et long termes). En 2016, l’Agence a publié une actualisation de la liste des substances actives potentiellement utilisables en lutte anti-vectorielle, au regard des usages connus et de leur statut réglementaire en Europe. Il ne s’agit pas d’une évaluation des risques, mais d’une liste de substances actives ayant un intérêt pour une utilisation en lutte anti-vectorielle, sur lesquelles doivent se concentrer les efforts d’incitation auprès des industriels et d’encouragement de la recherche. Dans son avis, l’Anses recommande de développer des essais d’efficacité et des modèles d’exposition destinés à estimer les expositions pour les opérateurs, pour la population et pour l’environnement, dédiés aux usages très particuliers de la lutte anti-vectorielle, de façon à pouvoir mener une évaluation de risque affinée et comparer les différents produits.

Puis, l’Anses a engagé des travaux d’évaluation des risques liés à l’utilisation de quatre substances actives identifiées comme de potentielles alternatives à la deltaméthrine : bendiocarbe, chlorpyriphos-méthyl, dinotéfurane et imidaclopride. Dans un avis publié en janvier 2017, l’Agence conclut que trois des quatre substances évaluées pourraient être utilisées comme alternatives à la deltaméthrine, mais leur utilisation nécessiterait des contraintes fortes en termes d’équipements de protection. Par ailleurs, l’évaluation des risques pour l’environnement montre que les risques pour les organismes non cibles de l’environnement ne peuvent être exclus pour ces quatre substances. Si l’une de ces substances devait être utilisée en lutte anti-vectorielle, des mesures d’impact sur l’environnement devraient être mises en place au moment des traitements.

L’Anses rappelle que la lutte anti-vectorielle doit être raisonnée et durable, en s’appuyant sur une surveillance des vecteurs et des agents pathogènes, et en cherchant à limiter le plus possible les effets indésirables. Les traitements adulticides constituent un moyen de lutte contre la propagation des moustiques vecteurs de maladies mais ne peuvent à eux seuls constituer une solution unique de lutte anti-vectorielle. La durabilité de l’efficacité des substances actives passe par une stratégie préventive du développement des résistances par les vecteurs, en alternant les substances actives utilisées. Il est par ailleurs rappelé que la lutte anti-vectorielle n’est pas seulement biocide et qu’il convient qu’elle soit intégrée, c’est-à-dire qu’elle doit être associée à toutes les autres méthodes et ce, de manière complémentaire.

Les campagnes d’information sur l’importance de l’élimination mécanique des gites larvaires et de protection individuelle sont les solutions à privilégier. Dans le cadre de la lutte biocide, les traitements larvicides doivent également être priorisés pour éviter la prolifération des moustiques. Les traitements adulticides doivent rester des moyens ponctuels destinés à éviter la propagation de la maladie autour des foyers de contamination dans un cadre bien défini, au regard notamment du contexte épidémiologique et des conditions locales.