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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
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Mis à jour le 09/09/2016

Journée d’échanges sur l’exposition aux pesticides des riverains des zones agricoles

Compte rendu de la journée

Depuis le 1er juillet 2015, en application de la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt, de nouvelles missions en lien avec les produits phytopharmaceutiques (PPP) ont été confiées à l’Agence en complément de l’évaluation de l’efficacité des produits et des risques associés à leur utilisation : la gestion des autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, matières fertilisantes, supports de culture et adjuvants, ainsi que la mise en place d’un dispositif de surveillance, dit « phytopharmacovigilance », des effets indésirables des produits phytopharmaceutiques sur la santé humaine, la faune, la flore et l’environnement, ainsi que l’apparition de résistances. Celui-ci repose sur un réseau de partenaires pilotes de dispositifs de surveillance et de vigilance ainsi que sur des déclarations spontanées des acteurs de la profession agricole dont les détenteurs d’autorisation de mise sur le marché, les fabricants, les utilisateurs professionnels. En cas de nécessité, des études spécifiques peuvent être mises en place pour mieux apprécier les effets indésirables potentiels.

Parmi les effets indésirables, la question de l’exposition aux pesticides des riverains des zones agricoles est actuellement au cœur des débats. Cependant, aucune étude à l’échelle nationale n’est aujourd’hui disponible pour documenter l’exposition de ces populations. Dans cette perspective, l’Anses a souhaité réunir des experts scientifiques et parties prenantes impliqués sur ce sujet afin d’identifier les questions qui se posent prioritairement.

Ainsi, environ 80 représentants d’associations, d’organisations agricoles, de scientifiques, de ministères et d’agences sanitaires étaient présents à l’agence le 21 mars 2016 pour échanger sur ce sujet.
Cette journée a été structurée en deux sessions. (programme de la journée en pdf)

 

Session 1 : Etudes portant sur l’exposition des riverains des zones agricoles : questions posées et protocoles mis en place

Cette première session a vu pour objectif de présenter les travaux récents ou en cours destinés à évaluer l’exposition des riverains, d’identifier les questions posées dans ces études et les protocoles mis en place pour y répondre. Différentes présentations d’études nationales ou internationales sur la question de l’exposition des riverains des zones agricoles aux pesticides ont été réalisées. Ces présentations sont accessibles ci-contre.

 

Session 2 : Discussion autour des attentes des différents acteurs sur la question de l’exposition des riverains des zones agricoles

La séquence de l’après-midi a été principalement consacrée aux échanges entre les participants sous forme d’ateliers de discussions. Ces échanges ont eu pour objectif d’identifier les questions qui se posent sur la thématique de l’exposition aux pesticides de riverains des zones agricoles et connaître les priorités des différents acteurs sur cette question. Pour cela les questions suivantes ont été abordées :

  • Concernant l’exposition des riverains aux pesticides, quelle(s) question(s) vous semble(nt) prioritaires ?
  • Quelles sont pour vous les priorités en termes de populations à considérer (riverains, familles d’agriculteurs, populations sensibles…) ?
  • Quel est, selon vous, le ou les type(s) de culture ou les zones géographiques sur lesquelles se focaliser en premier lieu ?

Tout d’abord, les différents acteurs ont indiqué la complexité de la mise en place de travaux spécifiques, notamment du fait :

  • Des attentes fortes des parties prenantes et de l’inquiétude de la population, en lien avec une médiatisation croissante,
  • De la multitude et la complexité des questions qui se posent sur cette thématique,
  • Du faible nombre d’études sur cette thématique et des verrous existants (méthodologiques ou vis-à-vis de la disponibilité des informations nécessaires),
  • Du temps nécessaire et du coût de ces études.

Malgré ces difficultés, les participants s’accordent sur l’importance de mettre en place des études permettant de collecter des données objectives sur l’exposition des riverains en complément des modèles utilisés dans le cadre réglementaire et ainsi d’orienter des mesures de gestion.

Ainsi, deux questions sont identifiées comme prioritaires par les participants :

  • La population des riverains des zones agricoles présente-t-elle une surexposition par rapport à la population générale ?
  • Les mesures réelles d’exposition des riverains sont-elles en adéquation avec les résultats des modèles d’évaluation a priori ?

Les participants identifient aussi le besoin de connaître les déterminants de l’exposition des riverains afin que des leviers d’action puissent être définis. Ainsi l’approche reposant sur la biosurveillance, c’est-à-dire la mesure de l’imprégnation de la population ciblée aux substances actives, est proposée en association avec des mesures dans différents compartiments (air extérieur, air intérieur, alimentation). Cette approche, mettant en relation les mesures internes et externes, permet notamment d’identifier la contribution des différentes voies d’exposition. De plus, afin de mieux comprendre les résultats observés, il est suggéré que ces résultats soient mis en regard de différents facteurs et notamment les modes d’épandages, le type de matériel utilisé ainsi que tout autre facteur pouvant influer sur l’exposition aux substances actives ciblées, dont des usages biocides par exemple.

Concernant les populations à considérer (agriculteurs et familles d’agriculteurs, riverains, passants, populations sensibles,…), il apparaît que la notion de riverains doit être définie même si elle demeure complexe. La distance à la source d’émission doit être prise en compte et pourra être mise en regard avec les règles utilisées pour les processus d’homologation. D’autres populations sont aussi d’intérêts tels que les passants ou des professionnels autres que ceux du milieu agricole et travaillant à proximité des cultures (techniciens, personnels hospitaliers,...)

Un consensus se dégage sur les cultures à cibler en priorité. L’arboriculture et la viticulture sont identifiées comme prioritaires pour différentes raisons : des indicateurs de fréquence de traitement élevés, les plaintes des riverains en lien avec ces cultures, les modalités d’épandage, …. Les grandes cultures sont également citées, avec une difficulté particulière liée à une forte disparité des pratiques. Enfin, la question des territoires d’outre-mer et notamment l’exposition via le traitement des bananeraies est suggérée. Pour chaque type de culture ciblée, une identification des zones géographiques sera nécessaire en lien avec la connaissance des pratiques culturales, la répartition des cultures ainsi que de la population.

Enfin, les participants ont insisté sur :

  • La nécessité de favoriser la concertation et le dialogue entre les différents acteurs concernés, que ce soit le monde professionnel, les riverains et les acteurs locaux. Pour cela, il convient de les impliquer, en plus de la communauté des chercheurs, dans la mise en place de ce type d’études.
  • La nécessité de s’appuyer sur les études déjà mises en place au niveau international étant donné la complexité des questions et les verrous méthodologiques existants.

L’implication de ces différents acteurs est indispensable pour veiller à l’adéquation entre les questions posées et le protocole mis en place pour y répondre.

 

Conclusion de la journée

Les discussions issues de ces ateliers permettront à l’Anses de définir le protocole d’une future étude sur l’exposition aux pesticides des riverains des zones agricoles, en lien avec ses comités d’experts et l’ensemble de ses partenaires dont l’ANSP et dans la perspective d’une meilleure gestion des risques sanitaires associés à ces expositions.

L’Anses remercie donc l’ensemble des participants pour cette journée riche en échange.  

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