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L’antibiorésistance en questions

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Actualité du 15/11/2017

L’enjeu majeur que représente l’évolution de l’antibiorésistance des bactéries animales et humaines nécessite une approche intégrée de toutes les médecines, s’inscrivant dans la mise en œuvre d’une approche « One Health, une seule santé ».  L’Anses est fortement mobilisée dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques, notamment par l’animation du réseau national Résapath, l’évaluation bénéfice/risque avant autorisation de mise sur le marché des antibiotiques en médecine vétérinaire, la surveillance des volumes de vente en médecine vétérinaire , la conduite de travaux d’évaluation des risques liés à l’utilisation des antibiotiques en santé animale ou encore par ses activités de recherche et de référence. Jean-Pierre Orand, directeur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire, Jean-Yves Madec, directeur scientifique en charge de l’Antibiorésistance et Gilles Salvat, directeur de la santé et du bien-être animal, nous en disent plus sur les progrès constatés ces dernières années en matière d’antibiorésistance.

Il y a quelques semaines étaient publiés les résultats du suivi des ventes d’antibiotiques vétérinaires en 2016, réalisé chaque année par l’ANMV. Quels en sont les principaux résultats ?

Jean-Pierre Orand : L’exposition globale des animaux aux antibiotiques n’a cessé de diminuer ces dernières années : en 5 ans, elle a baissé de 36,6 % toutes espèces animales, tout antibiotique confondu. L’exposition aux antibiotiques appelés « critiques pour la santé humaine » a également baissé de façon importante : de 81,3 % pour les céphalosporines de dernières générations, et de 74,9 % pour les fluoroquinolones, toutes espèces confondues sur les trois dernières années. Ainsi, les objectifs du premier plan EcoAntibio ont été atteints, et même largement dépassés. Ces diminutions confirment l’impact positif des différentes actions menées en matière d’usage prudent des antibiotiques et témoignent également de l’engagement de tous les acteurs des filières concernées.

Aujourd’hui, ce sont les résultats de la surveillance nationale des résistances du Résapath que vous rendez publics. Confirment-ils ces progrès ?

Jean-Yves Madec : Rappelons tout d’abord ce qu’est le Résapath : il collecte les données d’antibiogrammes des bactéries pathogènes isolées chez des animaux malades. Il peut ainsi suivre les évolutions de la résistance aux antibiotiques associées aux infections animales, détecter certaines émergences d’antibiorésistances et en caractériser les mécanismes moléculaires. En 2016, le réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales a enregistré, cette année encore, une diminution de la résistance aux antibiotiques critiques, notamment celle des E. coli aux céphalosporines de 3ème et 4ème générations.

Plus globalement, la tendance est à la baisse ou à la stabilisation depuis 10 ans pour la très grande majorité des antibiotiques testés. La diminution de la résistance à la tétracycline dans les filières volailles, et dans une moindre mesure dans la filière porc, est le phénomène le plus marquant. A noter également que la proportion de souches bactériennes multi-résistantes est en diminution significative dans toutes les espèces.

Ces résultats sont cohérents avec les diminutions importantes de l’exposition des animaux aux antibiotiques et ont également été soulignés par la médecine humaine. Il convient toutefois que la profession vétérinaire reste vigilante et mobilisée pour que ces progrès perdurent.

Qu’en est-il de la colistine, qui avait suscité des questions en fin d’année 2015, après la mise en évidence du premier mécanisme de résistance à la colistine transférable par plasmide ?

Jean-Pierre Orand : En effet, cette découverte a conduit à la mise en place de mesures de gestion particulières (telles que des modifications des autorisations de mise sur le marché des médicaments vétérinaires contenant cet antibiotique) et d’une surveillance renforcée. Après avoir augmenté jusqu’en 2007 et s’être stabilisée jusqu’en 2011, l’exposition à la colistine a diminué sur ces dernières années : une diminution de l’exposition de 55,1 % a été observée. C’est un résultat très encourageant.

Jean-Yves Madec : L’utilisation de la colistine en médecine vétérinaire avait fait l’objet de nombreuses réflexions ces dernières années, notamment du fait de l’intérêt pour cette molécule en médecine humaine dans les situations d’impasses thérapeutiques sévères. Malgré la présence de ces gènes plasmidiques dans le secteur animal, les données collectées par le Résapath pour la colistine montrent une situation maîtrisée concernant la diffusion de bactéries E. coli pathogènes résistants à cet antibiotique, et ce quel que soit le type de production animale. C’est un résultat majeur sur le plan épidémiologique.

Quelles sont vos recommandations pour que ces évolutions perdurent dans les années à venir ?

Gilles Salvat : Les actions menées par les éleveurs et les vétérinaires, comme la limitation de l’utilisation des céphalosporines en filière porcine, des modules de formations destinés aux éleveurs, ou l’élaboration de guides de bonnes pratiques, accompagnées par le plan EcoAntibio 2017 ont permis d’atteindre les différents objectifs fixés. Il faut continuer dans cette dynamique, en continuant d’accompagner les éleveurs et les vétérinaires. Ce sont les objectifs que souligne le plan EcoAntibio 2 (2017-2021). La baisse du recours aux antibiotiques passera nécessairement par l’amélioration continue de la maitrise sanitaire des élevages, le développement d’alternatives aux antibiotiques, l’étude de l’impact économique des mesures préconisées et par la meilleure connaissance de la composante sociologique du recours aux antibiotiques. Le travail conjoint des sociologues, des économistes et des biologistes devrait œuvrer dans ce sens.

 

Surveillance des risques et des bénéfices des médicaments vétérinaires : bilan 2016

À travers l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV), l’Anses a pour mission l’évaluation et la gestion du risque pour le médicament vétérinaire en France. Elle est notamment chargée de la surveillance continue des risques et des bénéfices des médicaments vétérinaires après leur mise sur le marché. Ceci contribue ainsi à leur utilisation en toute sécurité.

L’Agence publie ce jour le bilan d’activité de l’année 2016 pour la surveillance du marché des médicaments vétérinaires français et la pharmacovigilance. Depuis 2011, le nombre de déclarations n’a cessé d’augmenter (+46 %). Ainsi, en 2016, l’ANMV a enregistré 4113 cas d’effets indésirables chez les animaux, dont 51 % ont été jugés comme étant des effets indésirables graves. Plus de 90 % de ces déclarations sont envoyées par des vétérinaires praticiens, et celles transmises par les propriétaires d’animaux et les éleveurs représentent près de 8 %.

Comme chaque année, la très grande majorité des effets indésirables déclarés en 2016 concerne les carnivores domestiques avec près 80 % des déclarations pour les chiens et les chats. Les déclarations chez les bovins représentent 9 % des déclarations. Pour les autres espèces, les déclarations représentent moins de 3 % par espèce.

La pharmacovigilance concerne également les suspicions de manque d’efficacité, les informations sur les risques éventuels pour l’environnement, ainsi que sur la validité des temps d’attente des médicaments vétérinaires. Les suspicions de manque d’efficacité représentent près de 11 % des déclarations et les autres cas moins de 0,4 %. Le nombre total de déclarations de manque d’efficacité a encore augmenté en 2016 : 406 déclarations contre 363 en 2015.

Ces différentes évolutions témoignent d’une meilleure sensibilisation des vétérinaires et des éleveurs à la pharmacovigilance, notamment du fait des actions de communication et de formation mises en place ces dernières années par l’ANMV.