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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

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Mis à jour le 03/04/2018

La lutte anti-vectorielle

Évaluation des produits biocides

Mots-clés : Lutte anti-vectorielle (LAV), Insecticides, Biocides, Moustiques

Du fait des changements climatiques et de la globalisation des échanges notamment, les maladies vectorielles (paludisme, dengue, Zika, chikungunya…) réapparaissent de plus en plus. En l’absence de vaccin et de traitement contre ces maladies, la lutte contre les insectes qui les véhiculent, notamment à l’aide d’insecticides, reste la principale voie de contrôle de ce type de pathologies. Pour être efficace et durable, la lutte contre ces insectes doit s’appuyer sur l’utilisation alternée de substances actives ayant des modes d’action différents, afin de limiter le développement des résistances aux insecticides chez les insectes vecteurs. Dans ce contexte et afin que les opérateurs publics de lutte anti-vectorielle disposent d’un large panel de produits, l’Agence évalue leur efficacité et les risques liés à leur utilisation, que ce soit dans le cadre réglementaire s’appliquant à l’ensemble des produits biocides ou dans le cadre de dérogations spécifiques aux usages en lutte anti-vectorielle.

Du fait des changements climatiques et de la globalisation des échanges notamment, les maladies vectorielles réapparaissent depuis plusieurs années : paludisme en Guyane et à Mayotte, dengue dans les départements français d’Amérique, à La Réunion et dans la région Pacifique, chikungunya dans l’Océan Indien. Le virus Zika a également émergé en 2015 en Amérique du Sud pour diffuser ensuite en Guadeloupe, Guyane, Martinique.

Le moustique tigre, Aedes albopictus, vecteur de plusieurs de ces maladies, est implanté depuis 2004 en métropole et des cas importés ou autochtones de dengue, de chikungunya et de Zika sont régulièrement détectés dans des départements de la métropole. Dans ce contexte et en l’absence de vaccin et de traitement contre ces maladies, la lutte contre les moustiques vecteurs de ces maladies, notamment à l’aide d’insecticides (biocides), reste la principale voie de contrôle de ce type de pathologies. 

L’utilisation des produits biocides en France est encadrée par une réglementation européenne. L’Anses est en charge d’évaluer les produits biocides selon cette réglementation et de délivrer les autorisations de mise sur le marché. L’objectif principal de cette réglementation est d’assurer un niveau de protection élevé de l’Homme, des animaux et de l’environnement, en limitant la mise sur le marché aux seuls produits biocides efficaces et ne présentant pas de risques inacceptables.

Toutefois, cette réglementation  est en cours de mise en place et l’encadrement des produits biocides se fait progressivement. Ainsi, dans certaines circonstances, devant le besoin rapide de disposer de produits de lutte anti-vectorielle dont les risques ont été évalués, l’Anses a été saisie à plusieurs reprises, depuis une dizaine d’années, pour évaluer les risques liés à l’utilisation de substances actives ou de produits biocides à des fins de lutte anti-vectorielle, hors du cadre réglementaire ou dans un contexte d’usage dérogatoire. Dans ce contexte, l’Agence a produit plusieurs avis et rapports, notamment sur  l’usage des moustiquaires imprégnées (lors des épidémies de chikungunyaen 2006 et de Zika en 2016) ou encore sur l’usage dérogatoire d’insecticides alternatifs à la deltaméthrine ou au Bti (fénitrothion ou  téméphos dans les années 2006-2007, malathion en 2014). 

Par exemple, dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de Zika qui sévit dans les départements français d’Amérique, le Haut Conseil de la Santé Publique préconisait que la France dépose auprès de l’Union européenne une demande de dérogation pour l'utilisation de moustiquaires imprégnées à la deltaméthrine longue durée. En effet, certaines moustiquaires imprégnées de deltaméthrine sont recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour éviter la transmission des maladies vectorielles transmises par les moustiques. En France, ces moustiquaires n’ont pas fait l’objet de demande d’autorisation de mise sur le marché : elles ne peuvent, par conséquent, pas être utilisées conformément à la règlementation biocide.

Dans ce contexte, l’Anses a été saisie par le ministère en charge de l’Ecologie afin qu’elle émette un avis sur l’opportunité d’utiliser des moustiquaires imprégnées à la deltaméthrine longue durée par usage dérogatoire, tel que prévu par l’Article 55.2 du Règlement Biocides. Sur la base des données disponibles et en considérant l’efficacité de ces dispositifs au regard des risques qu’ils peuvent entraîner pour la santé humaine et l’environnement, l’Agence concluait début 2016 que l’utilisation de telles moustiquaires pouvait être autorisée. Elle recommandait toutefois de fixer la moustiquaire autour du lit des nouveau-nés et des enfants de façon à ce qu’elle soit difficilement accessible, afin d’éviter la mise à la bouche. Elle recommandait également d’utiliser des moustiquaires dont l’efficacité a été validée par l’OMS et de limiter fortement les lavages étant donnée la forte toxicité de la deltaméthrine pour l’environnement aquatique.