02/03/2022
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La lutte contre Campylobacter commence bien dès l’élevage

Un travail d’expertise européen dirigé par une scientifique de l’Anses a réévalué l’efficacité du contrôle de la bactérie Campylobacter dans les élevages de poulets pour empêcher la transmission de la bactérie à l’être humain. Ces résultats viennent d’être publiés dans une revue scientifique.

La bactérie Campylobacter est la première cause de gastroentérite humaine d’origine bactérienne en Europe et peut parfois entraîner des complications sévères. Elle peut être transmise à l’Homme par contact direct avec les animaux, notamment les volailles, ou indirectement via les aliments. Il peut donc être pertinent de contrôler sa prolifération dès les élevages. Les animaux sont en effet naturellement porteurs de la bactérie sans être malades. Une première expertise publiée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) en 2011 avait conclu qu’une réduction de la quantité des bactéries chez les animaux vivants permettraient une réduction significative des cas chez l’Homme. Depuis, de nouvelles données ont été produites, qui permettent d’affiner ces résultats. « À la demande de la Commission européenne, un groupe d’experts de l’Efsa a réévalué le risque de transmission de Campylobacter en intégrant ces nouvelles données », explique Marianne Chemaly, cheffe de l’unité Hygiène et qualité des produits avicoles et porcins, au laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort de l’Anses, qui a dirigé le groupe d’experts. « Pour l’instant, ces stratégies de contrôle dans les élevages, comme la vaccination ou l’ajout d’additifs dans l’alimentation, sont toujours en phase d’essai, aucune solution n’est appliquée sur le terrain », précise-t-elle.

L’impact des mesures dans les élevages réévalué

Les résultats de ces travaux viennent de faire l’objet d’une publication de recherche dans la revue Microbial Risk Analysis après avoir été publiés dans un avis de l’Efsa en 2020. Ils concluent qu’une division par 1 000 du nombre de bactéries par gramme de matière fécale dans les intestins des volailles réduirait le risque de contamination de l’Homme de 54 %. « L’apport de nouvelles données a montré que la réduction du risque était moindre que ce qui était estimé auparavant. Dans l’avis de 2011, il avait été évalué qu’une telle diminution des bactéries dans l’intestin des volailles permettait de réduire d’au moins 90 % le risque de contamination de l’Homme. Il n’empêche que le contrôle au niveau des élevages reste une étape importante : moins un animal sera porteur de bactéries, moins il y aura de risque de contamination de la viande et par conséquent des consommateurs », estime la scientifique.

Tous acteurs dans la lutte contre Campylobacter

Ces résultats sont l’occasion de rappeler que tous les stades de production de viande sont autant de leviers pour limiter la contamination par Campylobacter : depuis l’abattoir avec le refroidissement des carcasses, en passant par la distribution avec la mise sous emballage, jusqu’aux consommateurs. « Quand on découpe de la viande de poulet crue chez soi, il y a un risque que les bactéries se déposent sur les ustensiles et la planche à découper. Il est donc important de bien nettoyer ces accessoires à l’eau et au savon avant de les réutiliser, notamment pour éviter les contaminations croisées lors de la préparation des aliments qui seront consommés crus, comme des légumes. De même, il ne faut pas réutiliser une assiette dans laquelle on a déposé de la viande crue sans la nettoyer avant et bien sûr ne pas oublier de se laver les mains ! », conclut Marianne Chemaly.