La résistance aux antimicrobiens
Qu’est-ce que la résistance aux antimicrobiens ?
Les antimicrobiens regroupent les antibiotiques, les antiviraux, les antifongiques et les antiparasitaires, destinés à lutter contre les microorganismes responsables d’infections chez l’être humain, les animaux ou les végétaux. Ils ont permis des avancées médicales majeures, permettant de traiter des maladies jusqu’alors incurables et d’augmenter l’espérance de vie humaine. Mais leur usage fréquent et parfois injustifié (traitements inadaptés au microorganisme responsable de l’infection trop courts, trop longs, doses inadaptées), a favorisé la multiplication de microorganismes résistants à ces traitements, en sélectionnant des souches capables de survivre aux antimicrobiens.
Quelles sont les conséquences de la résistance aux antimicrobiens ?
Aujourd’hui, de nombreux microorganismes résistent à plusieurs antimicrobiens (multirésistance). L’apparition de ces résistances a pour conséquence d’affaiblir l’efficacité du traitement des infections dues au microorganisme résistant.
Dans certaines situations, plus aucun antibiotique n’est efficace contre une bactérie, ce qui conduit à des impasses thérapeutiques.
Les microorganismes résistants peuvent se transmettre des animaux aux humains et inversement. Cette résistance peut se propager dans l’environnement et être transmise à d’autres bactéries, virus, parasites ou champignons. Elle peut être à l’origine de résistances croisées à d’autres antimicrobiens, y compris entre des traitements destinés aux végétaux et des médicaments utilisés en médecine humaine. La lutte contre la résistance aux antimicrobiens nécessite donc une approche globale, incluant l’être humain, les animaux, les végétaux et l’environnement. C’est pourquoi les actions contre la résistance aux antimicrobiens doivent être menés dans une approche « Une seule santé » ("One Health").
Pourquoi utilise-t-on des antibiotiques en élevage ?
L'utilisation des antibiotiques en élevage vise principalement à traiter les animaux malades. Les traitements pour prévenir l’apparition d’une maladie infectieuse d’origine bactérienne avant l’apparition de signes cliniques (usage préventif appelé prophylaxie), ou pour traiter un groupe d’animaux suite au diagnostic d’une infection bactérienne pour un ou des animaux du groupe (usage préventif et curatif appelé métaphylaxie) sont fortement réglementés. Ils ne sont autorisés que lorsqu’aucune autre solution n’est possible pour éviter l’infection des animaux et la propagation de la bactérie
L’administration d’antibiotiques se fait sous contrôle vétérinaire et sur prescription. L’ensemble des utilisations d’antibiotiques en santé animale est soumis à une réglementation européenne limitant leur usage, afin de limiter le développement de résistances aux antibiotiques.
Quelle est la législation sur l’utilisation d’antimicrobiens pour les animaux de compagnie et destinés à l’élevage ?
Entré en vigueur en janvier 2022, le règlement européen n°2019/6 relatif aux médicaments vétérinaires renforce de plus en plus le cadre d’administration d’antimicrobiens aux animaux :
- extension de l’interdiction de l’usage des antibiotiques comme facteurs de croissance, déjà appliquée pour les animaux produits dans l’Union européenne, à l’ensemble des animaux et des produits animaux importés dans l’UE,
- prescription vétérinaire obligatoire dans l’ensemble des pays européens pour les médicaments vétérinaires contenant des antimicrobiens,
- restriction du recours à des médicaments vétérinaires antimicrobiens à des fins prophylaxiques (administration d’un médicament à un animal ou à un groupe d’animaux avant l’apparition de signes cliniques de maladie, dans le but d’empêcher qu’une maladie ou une infection se déclare),
- restriction du recours à des médicaments vétérinaires antimicrobiens à des fins métaphylactiques (administration d’un médicament à un groupe d’animaux après qu’un diagnostic d’une maladie clinique a été établi pour une partie du groupe),
- interdiction totale d’utilisation chez l’animal de certaines molécules, réservées au traitement d’infections chez l’homme, afin de préserver l’efficacité des antimicrobiens,
- prise en compte du risque d’émergence de résistance aux antimicrobiens pour les autorisations de mise sur le marché.
Qu’est-ce qu’un antibiotique critique ?
Certains antibiotiques sont considérés d’importance critique pour la santé humaine, car ils sont les seuls ou parmi les seuls à pouvoir soigner des maladies graves chez l’être humain. C’est le cas des céphalosporines de 3e et 4e générations et des fluoroquinolones. Leur utilisation est donc réglementée en médecine vétérinaire et ne doit être faite qu’en dernier recours.
Des antibiotiques sont-ils introduits dans l’alimentation des animaux ?
Depuis 2006, un règlement européen interdit d’intégrer dans les aliments pour animaux des additifs antibiotiques visant à favoriser leur croissance. En revanche, des antibiotiques à visée thérapeutique peuvent être introduits dans l’alimentation pour faciliter l’administration par voie orale de ce médicament à un animal ou un groupe d’animaux. Ces derniers doivent faire l’objet d’une prescription, délivrée suite à un diagnostic établi par un vétérinaire.
Comment prévenir la propagation de la résistance aux antimicrobiens chez les animaux ?
Afin de prévenir et combattre la propagation de la résistance aux antimicrobiens, des précautions peuvent être prises :
- ne donner des antimicrobiens aux animaux que sur contrôle vétérinaire et en respectant les prescriptions
- réserver l’usage de ces médicaments aux situations qui le nécessitent, en suivant les recommandations par espèce animale et les obligations réglementaires
- vacciner les animaux pour limiter le besoin d’antimicrobiens et favoriser des solutions de remplacement à ces médicaments, s’il en existe
- améliorer l’hygiène et le bien-être animal pour éviter les infections
- se laver les mains avant et après avoir touché un animal pour éviter la transmission de microorganismes résistants de l’animal à l’être humain ou entre animaux.
Comment a évolué le niveau d’exposition des animaux aux antibiotiques ?
Depuis 2011, l’exposition globale des animaux aux antibiotiques a été divisée par deux (- 49 % entre 2011 et 2024). Dans le même temps, l’exposition aux antibiotiques critiques a particulièrement diminué (-95 % pour les céphalosporines de dernières générations, -87 % pour les fluoroquinolones et -81 % pour la colistine).
Comment a évolué le taux de résistance aux antibiotiques des bactéries prélevées chez les animaux ?
Depuis le début du suivi de la résistance aux antibiotiques des bactéries pathogènes pour l’animal, en 1982, le taux de résistance a diminué de façon plus ou moins forte selon les filières animales et les antibiotiques. La proportion de souches résistantes aux antibiotiques critiques reste basse depuis plusieurs années. Les bactéries Escherichia coli multirésistantes sont en diminution.
Quel est le rôle de l’Anses dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens ?
L’Anses est le Laboratoire national de référence (LNR) pour la résistance antimicrobienne. Par ailleurs, elle coordonne un réseau unique en Europe de surveillance de la résistance chez les bactéries pathogènes d’origine animale, le Résapath. Elle est également responsable de la délivrance des autorisations de mise sur le marché des médicaments vétérinaires.
L’action menée au sein de l’Anses permet de :
- surveiller et étudier la présence de résistances bactériennes chez l’animal et dans les denrées d’origine animale ;
- suivre l’exposition des animaux domestiques aux antimicrobiens ;
- évaluer les risques liés à la résistance dans le cadre de la mise sur le marché des médicaments vétérinaires ;
- participer aux travaux européens et internationaux de référence dans le domaine de la résistance aux antimicrobiens ;
- mener des recherches pour mieux détecter et comprendre la résistance aux antimicrobiens.
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