Formulaire de recherche

marianne anses

L'article a été ajouté à votre bibliothèque

Mis à jour le 17/12/2020

Les activités de recherche de l'Anses sur les vecteurs

Mots-clés : Vecteurs, Lutte anti-vectorielle (LAV), Tiques

Certains arthropodes (famille qui comprend les insectes et les arachnides), tels les tiques et les moustiques, peuvent transmettre des agents pathogènes responsables de maladies affectant les animaux, les végétaux et/ou les Hommes. Plusieurs laboratoires de l’Anses étudient les maladies vectorielles et la capacité des arthropodes à transmettre ces agents pathogènes. 

Parmi les missions de l’Anses sur les vecteurs figure la recherche et la référence. Tour d’horizon des travaux menés par les laboratoires : 

  • Le laboratoire de santé animale de Maisons-Alfort travaille sur les agents pathogènes transmis par les tiques, moustiques, phlébotomes et culicoïdes, afin de les identifier et de les caractériser, dans le but de lutter contre leurs effets nocifs. Il travaille sur la capacité des tiques à transmettre des maladies et les interactions entre les agents pathogènes et les vecteurs.
  • Le laboratoire de la rage et de la faune sauvage étudie l’éco-épidémiologie des agents infectieux transmis par les tiques. Il vise ainsi à mieux connaître leurs cycles épidémiologiques au sein de la faune sauvage et les interactions hôtes-vecteurs-pathogènes. Un autre objectif est de connaître la distribution des tiques et des agents infectieux qu’elles hébergent, ainsi que les facteurs influençant ces distributions. Enfin, le laboratoire s’intéresse aux situations à risque pour l’Homme d’exposition aux piqûres de tiques et à ses agents infectieux. Dans le cadre de ses travaux, le laboratoire étudie en particulier le virus de l’encéphalite à tiques. 
  • Le laboratoire de santé des végétaux étudie les insectes vecteurs de pathogènes pour les plantes et les maladies qu’ils transmettent. Depuis 2019, il est laboratoire de référence pour l’Union européenne pour les insectes et acariens. À ce titre, il anime un réseau de 28 laboratoires situés dans toute l’Union européenne et les forme sur les méthodes d’analyses pour identifier et reconnaitre les insectes, dont les insectes vecteurs.

D’autres laboratoires étudient les maladies vectorielles de façon plus ponctuelle, comme le laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort, qui a participé à une recherche sur le rôle des tiques dans la transmission de la peste porcine africaine.


Focus sur les tiques, un objet de recherches multiples

Les tiques sont les plus importants vecteurs d’agents pathogènes responsables de maladies infectieuses pour l’Homme et les animaux en Europe. Plusieurs laboratoires de l’Anses étudient la bio-écologie de ces vecteurs et les agents pathogènes qu’ils transmettent. Des travaux sont également menés sur les moyens de lutte contre les tiques. Présentation des résultats de trois exemples de recherches :


L’encéphalite à tiques, une maladie qui se répand

L’encéphalite à tiques est une des maladies que les tiques peuvent transmettre à l’Homme. Plus fréquente en Europe de l’est, les contaminations par le virus en France sont surtout connues en Alsace, où le virus est responsable de quelques dizaines de cas d’encéphalite à tiques chaque année. Dans la nature, le virus circule entre les tiques et les rongeurs. Afin de mieux comprendre l’épidémiologie de ce virus en Alsace, les laboratoires de la rage et de la faune sauvage de Nancy et de Santé animale ont suivi sur plusieurs années la présence de ce virus dans les tiques et les rongeurs sur un même site. Il ressort de leur étude que le virus circule très peu : seulement 0,03 % à 0,3% des tiques sont porteuses et 2 à 5% des rongeurs possèdent des anticorps témoignant qu’ils ont été en contact avec le virus. Le virus a disparu de la zone étudiée entre 2016 et 2018, ce qui pourrait s’expliquer par des conditions météorologiques défavorables à la survie des larves et des nymphes de tiques ou à l’augmentation des cervidés, qui sont parmi les hôtes principaux des nymphes de tiques. 
Si jusqu’à présent toutes les contaminations humaines recensées en France étaient dues à des piqûres de tiques infectées par le virus, un premier cas de contamination via la consommation de produits alimentaires contaminés a eu lieu en 2020 dans une zone où la circulation du virus n’était pas connue : 44 personnes habitant l’Ain ayant consommé du fromage au lait cru de chèvre ont été contaminées. Des chèvres infectées par le virus peuvent en effet excréter celui-ci pendant plusieurs jours dans le lait. Une investigation dans l’élevage suspecté, à laquelle ont participé différents laboratoires de l’Anses, a été menée afin d’étudier l’exposition des chèvres au virus. Les résultats montrent que les animaux avaient accès à un sous-bois en continuité avec une forêt, où des tiques infectées ont été retrouvées. Un quart des chèvres avaient des anticorps vis-à-vis du virus de l’encéphalite à tiques. Ce premier cas d’infection par voie alimentaire en France souligne le manque de connaissances sur la distribution du virus et la nécessité de mener de plus amples études sur le risque lié à la consommation de produits au lait cru provenant d’animaux infectés par le virus de l’encéphalite à tiques.

Vérifier si les tiques molles européennes peuvent transmettre la peste porcine africaine 

La peste porcine africaine (PPA) est une maladie mortelle pour les porcs domestiques et les sangliers. Arrivée en Europe en 2007, elle n’est pas présente en France pour le moment. Elle est originaire d’Afrique subsaharienne, où elle est transmise aux phacochères par des tiques molles du genre Ornithodoros. L’espèce en question n’est pas présente en France, mais une espèce parente vit dans le sud du continent européen. Le laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort a mené des recherches pour savoir si cette tique européenne pouvait transmettre le virus de la peste porcine africaine. Premier constat : les tiques hébergent bien le virus mais ne le transmettent pas aux porcs lorsqu’elles les mordent. Le virus peut cependant rester infectieux dans la tique pendant plusieurs mois. Les scientifiques ont donc testé une autre voie de contamination : la présence de tiques dans la nourriture donnée aux porcs. L’essai a été concluant, les porcs ayant ingéré des tiques sont tombés malades. Cependant, la probabilité que ce mode de contamination se produise en France est quasiment nulle : les tiques de l’espèce considérée vivent uniquement dans la péninsule ibérique. Les résultats de cette recherche ont été utilisés dans un avis de l’Anses sur la capacité de différents arthropodes vecteurs à transmettre le virus de la peste porcine africaine. Si d’autres espèces, comme la mouche piqueuse stomoxe, sont de meilleurs candidats que la tique pour transmettre le virus, le risque de transmission lié à ce mode de contamination reste très faible par rapport à celui par contact direct entre animaux ou avec du matériel contaminé.

Étudier la réhydratation des tiques pour développer de nouveaux moyens de lutte

Quand elles ne sont pas accrochées à un hôte, les tiques sont très sensibles à la déshydratation. Pour l’éviter, elles possèdent un mécanisme leur permettant d’absorber l’humidité de l’air : en cas de sécheresse, leurs glandes salivaires produisent de la salive ayant la propriété d’absorber l'humidité ambiante. Celle-ci se cristallise au-dessus des pièces buccales. Quand les conditions environnementales redeviennent plus clémentes, ces cristaux absorbent l'humidité de l'air et se liquéfient, puis sont avalés par les tiques, ce qui les réhydrate. Une grande partie de cette eau est directement absorbée par des cellules des glandes salivaires. Jusqu'à récemment, on ne savait pas comment était contrôlé ce processus. Des scientifiques du Laboratoire de santé animale de Maisons-Alfort ont identifié le mécanisme neuronal qui contrôle la réabsorption de l’eau par les glandes salivaires. Ils ont également montré qu’une substance, le vesamicol, est capable de perturber ce mécanisme, en diminuant le volume d'eau que les tiques sont capables d’absorber. Cette découverte pourrait permettre de développer de nouveaux produits tuant spécifiquement les tiques, en les empêchant de se réhydrater.