Formulaire de recherche

anses

Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Médicament vétérinaire : le point sur les ventes d'antibiotiques

L'actualité a été ajouté à votre bibliothèque

Actualité du 09/11/2012

L’étude de l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire repose en France sur la complémentarité de deux dispositifs : des études ponctuelles réalisées en élevages ou auprès des praticiens vétérinaires et un suivi annuel des ventes de médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques. Les résultats 2011 de ce suivi sont publiés aujourd’hui. Ils montrent, notamment, une diminution de l’exposition globale des animaux aux antibiotiques sur ces 5 dernières années et semblent confirmer l’impact positif des différentes actions menées récemment en matière d’usage raisonné des antibiotiques.

Principaux résultats

· Volumes de ventes
En 2011, le volume total des ventes d'antibiotiques s'élève à 913,6 tonnes, il s'agit du tonnage le plus faible enregistré depuis le début du suivi. Les résultats de l’année 2011 confirment la diminution des volumes de ventes observée les années précédentes (-31,2 % depuis 1999, -31,1 % sur les 5 dernières années, -9,9 % entre 2010 et 2011).
Compte tenu des différences d’activité et de posologie entre les différents antibiotiques, les tonnages vendus ne traduisent pas précisément l’utilisation des antibiotiques. Ainsi, les antibiotiques récents sont généralement plus actifs et nécessitent l’administration d’une quantité plus faible d’antibiotiques. Pour évaluer l'exposition des animaux aux antibiotiques, il est nécessaire de prendre en compte, en particulier, la posologie et la durée d'administration, mais aussi l'évolution de la population animale au cours du temps.

· Exposition des animaux aux antibiotiques
L’exposition globale a augmenté de 1999 à 2007, depuis on constate une diminution de l’exposition. En 2011, l’exposition des animaux aux antibiotiques a diminué de 3,7 % par rapport à l’année précédente. Cette évolution globale doit être nuancée en fonction des espèces de destination et des familles de molécules. Pour les bovins, porcs, lapins, volailles et carnivores domestiques, l’exposition aux antibiotiques a diminué sur les 5 dernières années, avec des diminutions importantes de l’exposition pour les porcs et les lapins (respectivement - 28,8 % et - 26,0 %).
Entre 2010 et 2011, l’exposition aux antibiotiques a diminué de 8,6 % pour les porcs, de 6,9 % pour les lapins, de 4,0 % pour les volailles, de 3,6 % pour les bovins et de 1,5 % pour les carnivores domestiques.

· Focus sur les antibiotiques d’importance critique
Les céphalosporines de 3ème et 4ème générations et les fluoroquinolones sont considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine car elles constituent l'alternative ou une des seules alternatives pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l'homme. Selon les recommandations européennes, ces antibiotiques dits "d’importance critique" doivent ainsi être réservés au traitement curatif en deuxième intention. Dès 2006, dans son rapport "Usage vétérinaire des antibiotiques, résistance bactérienne et conséquences pour la santé humaine", l’Agence alertait sur la nécessité de réduire l’utilisation des antibiotiques à titre préventif et sur la nécessité de surveiller en particulier ces deux familles d’antibiotiques et les résistances qui leur sont associées.

Sur les treize années de suivi, le nombre d’AMM de médicaments vétérinaires contenant des fluoroquinolones ou des céphalosporines a augmenté. Le niveau d'exposition des animaux aux fluoroquinolones a quasiment été multiplié par deux et l'exposition aux céphalosporines a quant à elle été multipliée par 2,5. Sur les 5 dernières années, l’exposition aux céphalosporines de 3ème et 4ème générations a augmenté de 9,4 % et l’exposition aux fluoroquinolones a augmenté de 7 %. Après une période de forte augmentation de l’exposition des animaux à ces deux familles d’antibiotiques l’exposition semble s’infléchir, la tendance étant à la stabilisation.
Cependant, selon les filières, ces résultats ne sont pas homogènes et appellent à la poursuite des actions engagées. L’initiative de la filière porcine de restriction volontaire de l’utilisation des céphalosporines de dernières générations a eu indiscutablement l’effet escompté, l’exposition estimée des porcs à cette famille d’antibiotiques a diminué de 51,8 % entre 2010 et 2011. Au contraire, entre 2010 et 2011, pour certaines espèces telles que les bovins et les carnivores domestiques, l’exposition aux céphalosporines de dernières générations a augmenté (respectivement de 8,5 % et 33,9 %). L’Anses rappelle donc à la vigilance des vétérinaires, notamment de ville, l’importance d’un usage prudent de ces antibiotiques.
Les volailles sont quant à elles chaque année plus exposées aux fluoroquinolones (+ 6,9 % entre 2010 et 2011). Un renforcement des actions mises en œuvre pour préserver l’efficacité de ces antibiotiques est donc souhaitable en filière volailles.

Conclusions

En France, de nombreuses initiatives ont été mises en place depuis fin 2010 en particulier pour promouvoir l’usage prudent des antibiotiques :

  • initiative de la filière porcine sur la limitation de l’utilisation des céphalosporines,
  • charte de bon usage des traitements médicamenteux en élevage cunicole,
  • sensibilisation dans de nombreuses filières sur les bonnes pratiques et l’utilisation raisonnée des antibiotiques,
  • mise en place en médecine vétérinaire du plan national Ecoantibio 2017 qui vise une réduction de 25 % de l’usage en 5 ans,
  • auto saisine de l’Anses sur l’évaluation des risques d’émergence d’antibiorésistance liés aux modes d’utilisation des antibiotiques dans le domaine de la santé animale.

De façon concomitante, il apparait que sur les 5 dernières années, l’exposition globale des animaux aux antibiotiques a diminué de 15,3 %. Certaines filières (notamment les filières porcine et cunicole) qui ont engagé des actions pour promouvoir l’usage prudent des antibiotiques connaissent des diminutions plus importantes de leur exposition aux antibiotiques.
Ces observations semblent confirmer l’impact positif des différentes actions menées en matière d’usage raisonné des antibiotiques. Cependant, les efforts engagés restent à poursuivre.

Pour en savoir plus

> Le rapport "Suivi des ventes de médicaments vétérinaires contenant des antibiotiques en France en 2011"

> Notre dossier antibiorésistance

· Pourquoi suivre les ventes d'antibiotiques ?
Les informations recueillies sont un des éléments indispensables, avec le suivi de la résistance bactérienne, pour permettre une évaluation des risques liés à l'antibiorésistance, mais aussi pour proposer des mesures de gestion de ce risque et pour suivre l'évolution des pratiques afin d'évaluer leur efficacité.

· Comment est réalisé ce suivi?
Ce suivi est basé sur les recommandations de la ligne directrice de l'OIE "Contrôle des quantités d'agents antimicrobiens utilisées chez les animaux dont la chair ou les produits sont destinés à la consommation humaine et détermination des profils d'utilisation". Il est réalisé en collaboration avec le Syndicat de l'Industrie du Médicament Vétérinaire et réactif. Ce suivi est basé sur une déclaration annuelle des ventes d'antibiotiques par les laboratoires qui les commercialisent. Ces données peuvent être croisées avec d'autre sources d'informations (déclaration des chiffres d'affaire, enquêtes de prescription,…).