Rage : une réémergence préoccupante en Europe centrale
La première recrudescence des cas de rage dans l’Union européenne a été observée en Pologne en 2021 : alors que moins d’une dizaine d’animaux étaient infectés chaque année, 113 cas ont été dénombrés, dont 103 dans la faune sauvage, principalement chez des renards, et 10 chez des animaux domestiques. Une seconde augmentation majeure du nombre de cas a affecté la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie en 2022 alors que la Hongrie et la Slovaquie n’avaient pas détecté de cas depuis plusieurs années. Depuis, le virus continue de circuler, avec plusieurs dizaines de cas recensés certaines années et jusqu’à 109 cas identifiés en Roumanie en 2025.
Remonter à l’origine des souches du virus
Au sein de l’Anses, le Laboratoire de la rage et de la faune sauvage de Nancy (LRFSN) est laboratoire de référence de l’Union européenne (LRUE) pour la rage. Grace au partage des séquences ou des échantillons par les pays touchés, des analyses génétiques fines ont pu être réalisées à échelle de l’Union Européenne. En plus des échantillons provenant des quatre pays de l’Union européenne concernés, l’Agence a reçu des prélèvements d’Ukraine et de Moldavie. La mise en commun des données a permis de retracer la circulation des souches. Les résultats ont été publiés dans la revue Emerging Infectious Diseases en février 2026.
Ces travaux ont permis de détecter le groupe C de la rage en 2024 en Pologne et en Roumanie. Ce variant du virus rabique généralement présent dans le sud de la Russie, près du Kazakhstan, et dans l’est de la Turquie, n’avait pas été détecté sur le territoire de l’Union Européenne depuis une dizaine d’années.
Une publication récente par une équipe de chercheurs russe a fait état d’une remontée de ce variant vers le nord du pays, ce qui est cohérent avec son arrivée dans l’Union européenne. Cette souche s’ajoute au variant NEE, présent en Europe centrale depuis les années 1990.
La santé des animaux affectée par la situation géopolitique
La plupart des cas de rage détectés dans l’Union européenne étaient situés en moyenne à moins de 50 kilomètres des frontières avec l’Ukraine et la Moldavie. « La recrudescence de la rage en Europe est une illustration de l’impact des conflits armés sur la santé et la faune sauvage, souligne Emmanuelle Robardet, directrice du LRUE. Le virus circulait en Ukraine avant la guerre mais on sait que le nombre de cas a augmenté depuis. Il est possible d’imaginer que les moyens pour surveiller et contrôler la maladie ont été fortement perturbés. À titre d’exemple, la vaccination de la faune sauvage, qui se fait par largage du vaccin en avion, a été interrompue ou est réalisée manuellement et est donc plus difficile à mettre en œuvre. »
On peut également émettre l’hypothèse que la faune sauvage est affectée par le conflit en raison de la destruction des habitats et des ressources alimentaires, ce qui peut entraîner sa dispersion et celle du virus.
Vacciner les renards, le moyen de prévention le plus efficace
La circulation du virus semble désormais sous contrôle en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie, grâce à la vaccination des renards roux. En revanche, la Roumanie a interrompu son programme de vaccination. « Le virus de la rage se transmet essentiellement par morsure, il circule essentiellement dans la faune sauvage mais il est susceptible d’infecter tout mammifère, dont l’être humain, décrit Evelyne Picard-Meyer, chargée de projet en virologie moléculaire au Laboratoire de la rage et de la faune sauvage. Sans vaccination, le virus de la rage risque de continuer à se propager chez le renard roux, augmentant le risque d’infection des populations. »
Chez l'être humain, la mort est inéluctable après l’apparition des premiers signes cliniques. Il est recommandé de se faire vacciner dès l’exposition à un animal infecté. En 2025, un homme est décédé de la rage en Roumanie après avoir été mordu par un chien errant. Il s’agissait du premier décès humain dû à la transmission de la rage par un animal terrestre dans l’Union européenne depuis 2012. La coopération internationale est essentielle pour préserver les progrès accomplis et éliminer la rage en Europe.
Ces travaux de recherche ont été menés en collaboration avec l’Institut national de recherche vétérinaire (Pologne), la Direction du diagnostic vétérinaire (Hongrie), l’Institut vétérinaire national (Slovaquie), l’Institut national de recherche scientifique en diagnostic de laboratoire et en expertise vétérinaire et sanitaire (Ukraine), le Centre républicain de diagnostics vétérinaires (Moldavie) et l’Institut de diagnostic et de santé animale (Roumanie).