Tri des déchets : des travailleurs fortement exposés à des multiples facteurs de risques pour leur santé
Actualité
Expertise
22/04/2026
4 min

Tri des déchets : des travailleurs fortement exposés à des multiples facteurs de risques pour leur santé

Micro-organismes, produits chimiques, bruit, contraintes de cadence, mécanisation, etc. : les professionnels qui travaillent dans les centres de tri des emballages en plastique, carton ou métal font face à des risques multiples pouvant affecter leur santé. Une expertise de l’Anses centrée sur l’analyse de cette poly-exposition recommande une série de mesures pour mieux identifier et limiter les risques.

Des milliers de travailleurs polyexposés à des facteurs de risques sanitaires

La prise en charge des ordures ménagères expose les professionnels de cette filière à des nuisances de nature diverse. Après une première expertise sur les risques sanitaires pour les professionnels de la gestion des déchets en général, publiée en 2019, l’Anses a mené une expertise centrée sur les travailleurs en charge des ordures ménagères. 

L’Agence a dressé un panorama des différentes étapes de la prise en charge des ordures ménagères et des données disponibles sur les travailleurs impliqués, les risques sanitaires potentiels et les mesures de prévention existantes. Elle s’est plus particulièrement intéressée à l’étape de tri sélectif qui concentre plusieurs types d’enjeux. Le nombre de travailleurs y est important, aux alentours de 10 000 travailleurs recensés et cette filière devrait continuer à se développer à l’avenir. Ceux-ci sont particulièrement exposés à de multiples facteurs de risques. Enfin, contrairement à d’autres étapes ou filières de gestion des déchets, les documents ou actions de prévention sont peu nombreux à ce jour. 

L’expertise a également examiné les risques sanitaires pour les travailleurs impliqués dans les activités de collecte en déchetterie. Elle a mis en évidence une grande hétérogénéité de ces structures et un manque de données disponibles sur l’organisation des sites et les conditions de travail des agents. 

Parmi les autres étapes de la prise en charge des ordures ménagères, certaines, comme la collecte ou l’incinération sont déjà bien documentées et bénéficient pour certaines de mesures de prévention spécifiques. En revanche, le compostage et la méthanisation sont encore en cours de structuration, ce qui rend difficile une analyse des risques à ce stade. 

Des expositions liées aux résidus dans les déchets

Les dangers auxquels sont exposés les personnels des centres de tri sont variés. Tout d’abord, il y a ce qui est jeté dans les poubelles. Les professionnels du tri peuvent être exposés à des agents biologiques dangereux, car les contenants alimentaires apportent des résidus de nourriture qui permettent, particulièrement en conditions chaudes et humides, la prolifération de micro-organismes dont certains sont pathogènes. Ceci est d’autant plus le cas que les déchets ne sont pas toujours traités rapidement : ils sont d’abord stockés dans les poubelles des particuliers, puis à nouveau lorsqu’ils arrivent dans les centres de tri.  Ce risque pourrait augmenter avec le dérèglement climatique et la hausse des températures qui favorise le développement des micro-organismes. Les travailleurs sont également plus exposés que la population générale aux maladies transmissibles par les rats, attirés par les centres de tri.

Les travailleurs des centres de tri peuvent aussi être exposés à des substances chimiques dangereuses, par exemple des composés organiques volatils. De plus, des explosions et des départs de feu surviennent dans les centres de tri à cause de batteries au lithium, de bonbonnes d’aérosols ou de cartouches de protoxyde d’azote jetées avec les emballages plastique et papier. Autre conséquence des erreurs de tri à la source : du verre ou des seringues peuvent se retrouver dans ces centres.

Si les centres de tri sont de plus en plus automatisés, des trieurs interviennent pour partie à la main pour assurer la qualité du tri. L'Anses rappelle que chacun d’entre nous peut contribuer à protéger leur santé en veillant à respecter les consignes de tri, notamment pour les déchets pouvant présenter un danger spécifique.

Des conditions de travail contraignantes 

Du fait de leur activité, les professionnels des centres de tri subissent du bruit et des vibrations, et sont exposés aux conséquences de gestes répétitifs, avec des postures pénibles. Ils ont également des contraintes de rythme et disposent d’une faible autonomie, la cadence étant imposée par le convoyeur transportant les déchets.

Par ailleurs, la mécanisation du tri induit un besoin croissant de polyvalence de la part des travailleurs. En plus du tri, ils peuvent être amenés à réaliser des activités de maintenance et de nettoyage des machines, ce qui s’accompagne de risques nouveaux et spécifiques.

Cette polyexposition a des conséquences sur la santé des travailleurs dans les centres de tri. Les études sur leur santé au niveau international rapportent des troubles musculosquelettiques, des effets respiratoires, des troubles digestifs et des maladies infectieuses. 

Cependant, les données sur la santé de ces travailleurs en France sont insuffisantes. Beaucoup ont des contrats courts, en intérim ou saisonnier, et une partie d’entre eux est d’origine étrangère ou en réinsertion. L’ensemble de ces facteurs complexifie le suivi de leur santé.

Durée du stockage, formation, suivi des salariés : des propositions pour améliorer la prévention

Afin de prévenir les risques pour la santé des travailleurs dans les centres de tri, l’Anses recommande de limiter le temps de stockage des déchets et de traiter en priorité ceux arrivés en premier. Elle rappelle également aux collectivités en charge de la collecte des ordures que la diminution de la fréquence des collectes augmente le risque de développement des micro-organismes, particulièrement en été. 

Par ailleurs, l’Agence souligne la nécessité d’accompagner la polyvalence des métiers, notamment avec des formations adaptées, une sensibilisation des travailleurs aux risques associés et une reconnaissance de cette polyvalence dans la description des postes de travail.

Elle préconise également que les salariés qui manipulent les déchets bénéficient d’un suivi individuel renforcé, tel que défini par le Code du travail. Au vu des maladies infectieuses identifiées chez ces travailleurs, des vaccinations, notamment contre l’hépatite B et la leptospirose, pourraient leur être proposées.

L’Anses appelle enfin à mener des études supplémentaires pour mieux connaître le profil des travailleurs des centres de tri et les risques sanitaires auxquels ils sont exposés, afin de définir et mettre en œuvre des stratégies de prévention adaptées.