Une nouvelle approche méthodologique pour mieux surveiller l’eau du robinet
Les méthodes utilisées habituellement pour la surveillance des eaux de consommation sont dites ciblées : l’analyse porte sur une liste prédéfinie de composés chimiques. Seuls les composés recherchés sont donc susceptibles d’être détectés et quantifiés.
Or, de nouvelles techniques permettent d’analyser de façon non ciblée les composés chimiques dans l’eau. Combinant chromatographie et spectrométrie de masse haute résolution, elles permettent d’obtenir en une seule analyse une empreinte chimique des composés présents dans un échantillon. Les molécules sont ensuite identifiées en comparant les empreintes chimiques obtenues avec celles présentes dans des bases de données.
Ces méthodes ne sont cependant pas universelles : certaines molécules, bien que présentes dans l’échantillon, peuvent ne pas être détectées ou avec un niveau de confiance ne permettant pas de les identifier avec certitude.
Première application de l’approche non ciblée à l’échelle nationale pour l’eau de consommation
L’approche non ciblée peut-elle permettre de mieux repérer des composés émergents dans l’eau destinée à la consommation ? Pour le savoir, le Laboratoire d’Hydrologie de l’Anses, situé à Nancy, a testé pour la première fois cette approche lors de sa dernière campagne de mesure de l’occurrence de composés chimiques émergents de 2023-2025. Le laboratoire mène régulièrement de telles campagnes pour rechercher et mesurer des composés qui ne sont généralement pas inclus dans la surveillance règlementaire de l’eau.
La méthode non ciblée testée était basée sur la chromatographie en phase liquide couplée à la spectrométrie de masse haute résolution. Elle a été appliquée à l’analyse de 206 échantillons d’eaux brutes et 202 d’eaux traitées, prélevés dans toute la France y compris les territoires ultra-marins. De nombreux contrôles qualité ont été mis en place pour s’assurer de la fiabilité des résultats.
Plusieurs composés identifiés pour la première fois
Dans la première phase d’exploitation de ces travaux, 93 molécules ont été identifiées dans les eaux brutes et 79 dans les eaux traitées, prêtes à être consommées.
Si la majorité de ces molécules correspond à des composés déjà détectés lors de précédentes campagnes exploratoires, plusieurs composés jusqu’alors non surveillés dans les eaux destinées à la consommation ont été identifiés pour la première fois : il s’agit de métabolites de pesticides, de résidus de composés pharmaceutiques, de composés industriels et de substances utilisées dans la vie quotidienne.
À ce stade de test, il s’agissait uniquement de vérifier la capacité du dispositif à déceler des composés émergents hors des listes habituelles, sans mesurer leur concentration. Le risque pour la santé n’a donc pas été évalué.
Par ailleurs, certaines empreintes chimiques n’ont pas encore pu être identifiées avec un degré de certitude suffisant. Une nouvelle phase d’exploitation des résultats a été engagée pour mener des investigations plus poussées.
Orienter les prochaines campagnes nationales
Cette preuve de concept confirme la pertinence de l’analyse non ciblée dans le cadre des campagnes nationales sur les composés émergents, en complément des approches ciblées.
Les résultats obtenus permettront d’orienter les futurs travaux du laboratoire en ciblant certains des composés détectés pour en mesurer la concentration.
Plus globalement, les approches non ciblées offrent des perspectives prometteuses pour mieux caractériser l’ensemble des expositions chimiques, dans une démarche « Une seule santé ». L’Anses travaille donc à déployer les cadres méthodologiques nécessaires pour les intégrer dans ces travaux de recherche, d’évaluation et d’expertise, au-delà de la seule application à l’eau.