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Oxyde de Zinc

L'oxyde de zinc, une alternative possible aux antibiotiques ?

Evaluation de la possibilité d’utiliser l’oxyde de zinc dans l’alimentation des porcelets au sevrage pour diminuer le recours aux antibiotiques

Mis à jour le 27/10/2017

Mots-clés : Antibiorésistance, Oxyde de Zinc, Antibiotiques

L'antibiorésistance est reconnue comme un problème majeur en termes de santé humaine et animale au niveau international, avec l’apparition, la sélection et la diffusion croissante de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques. Le développement d’alternatives aux antibiotiques, fait ainsi partie des mesures envisagées pour lutter contre ce phénomène. Dans ce contexte, l’Agence a été saisie pour évaluer les bénéfices et les risques liés à l’utilisation de l’oxyde de zinc dans l’alimentation des porcelets au sevrage pour diminuer le recours aux antibiotiques dans la lutte contre les troubles digestifs apparaissant à cette période. Présentation de ces travaux.

Lors de leur sevrage, les porcelets présentent fréquemment des troubles digestifs et un retard de croissance dus au changement d’alimentation et au stress lié à leur regroupement en lot d’animaux d’âge similaire (allotement). Afin d’éviter ces troubles et de ce fait d’enrayer les pertes qu’ils entrainent, une proportion importante d’élevages reçoit de manière systématique et préventive, un traitement antibiotique sous forme d’aliment médicamenteux (colistine ou autre antibiotique en association).

En alternative à ces traitements antibiotiques, certains pays européens autorisent déjà l’utilisation d’oxyde de zinc (ZnO) à des doses élevées dans l’alimentation des porcelets, sous forme de prémélange médicamenteux, à cette même période du sevrage. Une telle autorisation n’existe pas en France aujourd’hui.

L'antibiorésistance est reconnue comme un problème majeur en termes de santé humaine et animale au niveau international, avec l’apparition, la sélection et la diffusion croissante de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques. Le développement d’alternatives aux antibiotiques, fait ainsi partie des mesures envisagées notamment par le plan national de réduction des risques l’antibiorésistance en médecine vétérinaire « EcoAntibio 2017 », pour lutter contre ce phénomène. 

Dans ce contexte, l’Anses a été saisie par le ministère chargé de l’Agriculture afin de procéder à une évaluation bénéfice-risque de l’utilisation de l’oxyde de zinc dans l’alimentation des porcelets (efficacité pour l’animal, risque pour l’homme, l’animal, l’environnement) et rendre un avis sur l’intérêt de l’utilisation de ce traitement pour réduire les risques d’antibiorésistance.

 

Le travail de l’Anses

Pour mener à bien ce travail, l’Agence a mis en place un collectif d’experts dédié regroupant des compétences complémentaires. Ce groupe de travail était rattaché aux comités d’experts spécialisés « Alimentation animale », « Santé animale » et à la Commission nationale du médicament vétérinaire (CNMV). Il a examiné les données scientifiques disponibles sur : 

  • le sevrage et les pathologies digestives pouvant se développer à cette période chez les porcelets, 
  • les effets de l’oxyde de zinc sur ces pathologies, 
  • les caractéristiques chimiques de l’oxyde de zinc et les risques qu’il pourrait présenter pour l’homme et pour l’animal, 
  • les modalités d’utilisation d’oxyde de zinc et les risques qu’il pourrait engendrer pour l’environnement, 
  • Les résistances bactériennes aux antibiotiques utilisés pour traiter les porcelets et celles à l’oxyde de zinc.

L’Agence a également réalisé un premier état des lieux des alternatives aux antibiotiques chez le porcelet en post-sevrage.

 

Conclusions

Il ressort de ce travail que l’efficacité de l’oxyde de zinc en prévention des diarrhées modérées du post-sevrage chez le porcelet est démontrée à la dose de 3 100 ppm  et pour une durée maximale de 14 jours, mais cette posologie reste à optimiser. L’oxyde de zinc peut être considéré comme un moyen de prévention de ces affections digestives. En revanche, son efficacité pour prévenir les formes graves ou la maladie de l’œdème, et son efficacité lorsque les troubles digestifs sont installés ne sont pas documentées à ce jour.

L’évaluation du risque environnemental lié à l’utilisation d’oxyde de zinc en tant que prémélange médicamenteux (épandage de lisier de porcelets en post-sevrage) indique un risque toxique pour les différents compartiments de l’environnement (sédiment, aquatique et terrestre). Le niveau d’impact dépend des contextes d’utilisation, notamment du type d’élevage et de la teneur en zinc dans l’aliment, tout au long de la période d’élevage.

Des phénomènes de résistance bactérienne au zinc et de résistance croisée ou de co-sélection de bactéries résistantes avec certains antibiotiques sont décrits dans la littérature mais on ne peut préjuger de leurs évolutions en cas d’utilisation d’oxyde de zinc.

L’utilisation d’antibiotiques, comme la colistine, reste une pratique efficace vis-à-vis des infections digestives bactériennes établies. Il convient de noter le caractère émergent de la résistance à la colistine en élevage de porc, même si son niveau est faible aujourd’hui.

La comparaison de l’efficacité de l’oxyde de zinc à celle de la colistine sur la maîtrise des diarrhées en post-sevrage n’est pas documentée. L’évaluation des bénéfices comparés de la colistine et de l’oxyde de zinc n’a dont pu être réalisée.

En matière d’évaluation quantitative de risque, la comparaison des risques liés à l’utilisation de la colistine à ceux de l’oxyde de zinc apparait difficile en l’état actuel des connaissances, du fait entre autres de fortes incertitudes scientifiques concernant l’évolution de la résistance à la colistine et l’évolution des phénomènes de résistance bactérienne au zinc ou de co-sélection de résistance aux antibiotiques à court et moyen terme.

De nombreuses autres alternatives aux antibiotiques sont à l’étude pour contrôler les troubles digestifs du sevrage et, même si certaines sont prometteuses, leur utilisation suppose préalablement une validation scientifique de leur efficacité. Cependant, il est probable que la plupart de ces alternatives ne sera pas suffisante en cas d’infection par des souches très pathogènes.

 

Recommandations

Sur la base de ce travail, l’Agence considère qu’au regard du risque environnemental lié à l’utilisation de l’oxyde de zinc comme prémélange médicamenteux chez le porcelet en post-sevrage, des mesures de gestion visant à compenser ce risque doivent être envisagées. La première consiste à n’utiliser l’oxyde de zinc que dans des élevages avec ateliers d’engraissement, et ne traitant pas les lisiers avant épandage. En outre, dans ces élevages, d’autres mesures de gestion devraient également être proposées, afin de réduire les émissions de zinc vers l’environnement. 

Considérant le fait que la démonstration de l’efficacité de l’oxyde de zinc dans le cas d’affections digestives sévères et dans la maladie de l’œdème ou de diarrhées installées n’est pas documentée, l’Agence indique que l’utilisation des antibiotiques et notamment de la colistine dans ces contextes ne peut être exclue. L’Agence souligne cependant que l’usage de la colistine devrait être prudent et associé à une surveillance de la résistance bactérienne.

L’Anses précise que l’autorisation éventuelle de l’oxyde de zinc comme prémélange médicamenteux pour les porcelets en post-sevrage devrait s’accompagner de la mise en place d’un système de surveillance de la résistance au zinc, de la résistance croisée ou co-sélectionnée à certains antibiotiques et d’une surveillance annuelle des quantités utilisées au niveau national.

L’Agence indique également que les demandes d’autorisation de mise sur le marché de prémélanges médicamenteux à base d’oxyde de zinc, devrait comporter :

  • Les éléments étayant précisément l’indication au regard des affections visées et au mode d’action allégué (prévention/traitement) ;
  • Les éléments étayant la posologie ;
  • Les éléments étayant le risque environnemental.

 

Enfin, l’Anses souligne que si l’évaluation bénéfice-risque intrinsèque du produit oxyde de zinc, a pu être menée pour son utilisation dans le cadre des maladies digestives du porcelet en post-sevrage, il n’a pas été possible de comparer cet usage à celui des antibiotiques (dont la colistine) :

  • Le bénéfice comparé n’a pu être établi, la comparaison de l’efficacité des deux types de produits requérant des essais de terrain utilisant les deux molécules, essais non réalisés jusqu’à présent.
  • Le risque comparé n’a pas été étudié. En effet, cette démarche s’est heurtée d’une part à la difficulté de comparer un risque majoritairement environnemental pour l’un, à un risque d’antibiorésistance pour l’autre ; d’autre part, une telle approche comparative nécessite de prendre en compte des critères autres que scientifiques, que ceux-ci soient économiques, politiques ou sociologiques. 

Il apparaît que cette approche comparative globale relève en réalité de la démarche du gestionnaire, dans sa réflexion pour établir son choix et sa décision finale.

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