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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Oxyde de Zinc

L’oxyde de zinc en tant que médicament vétérinaire

Actualisation suite à la décision communautaire du 26 juin 2017

Mis à jour le 28/05/2019

Mots-clés : Antibiorésistance, Oxyde de Zinc, Antibiotiques

Le 16 mars 2017, l'Agence européenne des médicaments (l'Agence) a terminé un examen de la sécurité et de l'efficacité de médicaments à usage vétérinaire contenant de l’oxyde de zinc pour une administration par voie orale à des espèces productrices de denrées alimentaires. Le comité des médicaments à usage vétérinaire de l’Agence (CVMP) a conclu que le rapport bénéfice/risque global des médicaments à usage vétérinaire contenant de l'oxyde de zinc à administrer par voie orale chez les porcs était négatif, étant donné que les bénéfices de l'oxyde de zinc dans la prévention de la diarrhée chez le porc ne l'emportent pas sur les risques pour l'environnement.

Le CVMP a recommandé le refus de l'octroi d'autorisations de mise sur le marché et le retrait des autorisations de mise sur le marché existantes pour les médicaments vétérinaires contenant de l'oxyde de zinc. La Commission européenne a adopté une décision le 26 juin 2017 et les États membres peuvent différer le retrait des autorisations de mise sur le marché jusqu’à cinq ans à compter de cette date, s’ils considèrent qu’une mesure immédiate peut avoir des effets négatifs sur leur territoire compte tenu du manque d’alternatives disponibles et des changements à apporter aux pratiques de l’élevage porcin.

Qu’est-ce que l’oxyde de zinc en tant que médicament vétérinaire ?

L’oxyde de zinc est un composé inorganique qui est relativement mal absorbé par l’organisme. Les médicaments vétérinaires contenant de l'oxyde de zinc sont utilisés dans le traitement et/ou la prévention et le contrôle des diarrhées post-sevrage chez les porcelets. Des indications et des dosages différents sont actuellement recommandés, mais l'oxyde de zinc est principalement utilisé dans le fourrage à un dosage de 100 mg par kg de poids corporel par jour pendant 14 jours consécutifs, ce qui équivaut à 2 500 ppm de zinc dans le fourrage.

En effet, lors de leur sevrage, les porcelets présentent fréquemment des troubles digestifs et un retard de croissance dus au changement d’alimentation et au stress lié à leur regroupement en lot d’animaux d’âge similaire (allotement). Afin d’éviter ces troubles et de ce fait d’enrayer les pertes qu’ils entrainent, une proportion importante d’élevages reçoit de manière systématique et préventive, un traitement antibiotique sous forme d’aliment médicamenteux (colistine ou autre antibiotique en association). En alternative à ces traitements antibiotiques, certains pays européens autorisent déjà l’utilisation d’oxyde de zinc (ZnO) à des doses élevées dans l’alimentation des porcelets, sous forme de prémélange médicamenteux, à cette même période du sevrage.

Le travail de l’Anses

  • 2013 - Saisine de l’Anses concernant les médicaments vétérinaires contenant de l'oxyde de zinc à administrer par voie orale (saisine N°2012-SA-0067, Février 2013):

L'antibiorésistance est reconnue comme un problème majeur en termes de santé humaine et animale au niveau international, avec l’apparition, la sélection et la diffusion croissante de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques. Le développement d’alternatives aux antibiotiques, fait ainsi partie des mesures envisagées notamment par le plan national de réduction des risques de l’antibiorésistance en médecine vétérinaire « EcoAntibio 2017 », pour lutter contre ce phénomène. Dans ce contexte, l’Anses avait été saisie par le ministère chargé de l’Agriculture afin de procéder à une évaluation bénéfice-risque de l’utilisation de l’oxyde de zinc dans l’alimentation des porcelets (efficacité pour l’animal, risque pour l’homme, l’animal, l’environnement) et rendre un avis sur l’intérêt de l’utilisation de ce traitement pour réduire les risques d’antibiorésistance.

Il ressort de ce travail que l’efficacité de l’oxyde de zinc en prévention des diarrhées modérées du post-sevrage chez le porcelet est démontrée à la dose de 3 100 ppm et pour une durée maximale de 14 jours, mais cette posologie reste à optimiser. L’oxyde de zinc peut être considéré comme un moyen de prévention de ces affections digestives. En revanche, son efficacité lorsque les troubles digestifs sont installés ne sont pas documentées à ce jour.

  • L’évaluation du risque environnemental lié à l’utilisation d’oxyde de zinc en tant que prémélange médicamenteux (épandage de lisier de porcelets en post-sevrage) indique un risque toxique pour les différents compartiments de l’environnement (sédiment, aquatique et terrestre). Le niveau d’impact dépend des contextes d’utilisation, notamment du type d’élevage et de la teneur en zinc dans l’aliment, tout au long de la période d’élevage.
  • Des phénomènes de résistance bactérienne au zinc et de résistance croisée ou de co-sélection de bactéries résistantes avec certains antibiotiques sont décrits dans la littérature mais on ne peut préjuger de leurs évolutions en cas d’utilisation d’oxyde de zinc.

Sur la base de ce travail, l’Agence considère qu’au regard du risque environnemental lié à l’utilisation de l’oxyde de zinc comme prémélange médicamenteux chez le porcelet en post-sevrage, des mesures de gestion visant à compenser ce risque doivent être envisagées. La première consiste à n’utiliser l’oxyde de zinc que dans des élevages avec ateliers d’engraissement, et ne traitant pas les lisiers avant épandage. En outre, dans ces élevages, d’autres mesures de gestion devraient également être proposées, afin de réduire les émissions de zinc vers l’environnement.

L’Anses précise que l’autorisation éventuelle de l’oxyde de zinc comme prémélange médicamenteux pour les porcelets en post-sevrage devrait s’accompagner de la mise en place d’un système de surveillance de la résistance au zinc, de la résistance croisée ou co-sélectionnée à certains antibiotiques et d’une surveillance annuelle des quantités utilisées au niveau national.

Travail de l’Agence européenne

  • 2017 - Evaluation du rapport bénéfice/risque et décision communautaire (EMA/394961/2017, 26 juin 2017) :

En mai 2015, à la suite d’une procédure de saisine (EMEA/V/A/108) au titre de l’article 33, paragraphe 4, de la directive 2001/82/CE concernant Gutal 1 000 g/kg, prémélange pour aliments médicamenteux pour porcelets1, le CVMP a identifié un risque pour l’environnement causé par l’accumulation de zinc. Le CVMP a estimé qu’il existe des incertitudes associées aux risques calculés pour certains milieux naturels et a recommandé différentes mesures pour limiter les risques, grâce auxquelles il serait possible de réduire l'accumulation de zinc dans l’environnement.

En février 2016, en raison d’inquiétudes restantes liées au risque pour l’environnement et à l’augmentation potentielle de la prévalence des bactéries résistantes aux antibiotiques causée par l’utilisation de produits contenant de l’oxyde de zinc, les Pays-Bas et la France ont engagé une procédure de saisine au titre de l’article 35 de la directive 2001/82/CE concernant tous les médicaments vétérinaires à administrer par voie orale contenant de l’oxyde de zinc. Ils ont en outre demandé au CVMP d’examiner toutes les données disponibles et d’évaluer le rapport bénéfice/risque global pour les produits concernés.

Le 16 mars 2017, l'Agence a terminé un examen de la sécurité et de l'efficacité de médicaments à usage vétérinaire contenant de l’oxyde de zinc pour une administration par voie orale à des espèces productrices de denrées alimentaires. Le CVMP a conclu que le rapport bénéfice/risque global des médicaments à usage vétérinaire contenant de l'oxyde de zinc à administrer par voie orale chez les porcs était négatif, étant donné que les bénéfices de l'oxyde de zinc dans la prévention de la diarrhée chez le porc ne l'emportent pas sur les risques pour l'environnement. Le CVMP a reconnu qu'il existait un risque de co-sélection de résistance (la sélection de multiples gènes de résistance antimicrobienne par un antibiotique) associé à l'utilisation de l'oxyde de zinc mais que, pour l'heure, ce risque ne peut être quantifié. Aucune mesure efficace permettant de gérer l’accumulation de zinc dans l’environnement n’a été identifiée; par conséquent, le CVMP a recommandé le refus de l'octroi d'autorisations de mise sur le marché et le retrait des autorisations de mise sur le marché existantes pour les médicaments à usage vétérinaire contenant de l'oxyde de zinc.

Conclusion

La Commission européenne a adopté une décision le 26 juin 2017 et les États membres peuvent différer le retrait des autorisations de mise sur le marché jusqu’à cinq ans à compter de cette date, s’ils considèrent qu’une mesure immédiate peut avoir des effets négatifs sur leur territoire compte tenu du manque d’alternatives disponibles et des changements à apporter aux pratiques de l’élevage porcin.

Références :

  • AVIS de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à l’utilisation de l’oxyde de zinc dans l’alimentation des porcelets au sevrage pour diminuer le recours aux antibiotiques. Saisine n°2012-SA-0067. https://www.anses.fr/en/system/files/ALAN2012sa0067Ra.pdf

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