Formulaire de recherche

anses

Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Trichinellose

La trichinellose

Maladie, agent responsable et rôle de l’Anses

Mis à jour le 15/01/2018

Mots-clés : Trichinellose, Maladies animales, Zoonoses, Risques microbiologiques dans l'alimentation, Santé animale

Trichinella spp. est un parasite microscopique de certains mammifères monogastriques. Il vit dans les cellules musculaires striées squelettiques de l’animal qu’il parasite et provoque la trichinellose, maladie d’origine animale transmissible à l'Homme. L’Homme se contamine en consommant de la viande crue ou insuffisamment cuite d'animaux contaminés. Le Laboratoire de santé animale de l’Anses de Maisons-Alfort est laboratoire national de référence (LNR Parasites transmis par les aliments) pour ce parasite. A ce titre, il coordonne les réseaux des laboratoires chargés de la surveillance, développe des méthodes de détection et mène des recherches sur ce parasite et la maladie associée. L’Anses a rendu plusieurs avis et produits d’expertise en lien avec l’évaluation du risque lié à Trichinella spp.

Trichinella spp. est l’agent de la trichinellose, une maladie d’origine animale transmissible à l'Homme (zoonose). 

La trichinellose touche de nombreux animaux sauvages (carnivores, omnivores, oiseaux carnivores et détritivores) et domestiques (chiens, chats, porcs, chevaux) ainsi que l’Homme. 

Après ingestion par l’Homme, les larves musculaires de stade L1 (L1M) présentes dans le muscle sont libérées de leur cellule nourricière et atteignent l’intestin grêle. Après pénétration dans l’épithélium intestinal, elles vont muer jusqu’au stade Adulte mâle ou femelle. Les vers adultes vont s’accoupler dans cet épithélium intestinal et les femelles vont produire des larves nouveau-nées de stade L1 (L1NN). Ces L1NN migrent de l’intestin vers les muscles striés squelettiques où elles s’enkystent et peuvent rester vivantes plusieurs années au stade L1M. Les animaux, dont l’Homme, s’infestent donc en consommant de la viande contaminée crue ou  insuffisamment cuite. Le plus souvent, on n’observe aucune manifestation chez ces animaux, ni aucune lésion visible à l’examen des carcasses. Chez l’Homme, en revanche, la trichinellose peut conduire à de graves symptômes (diarrhée, fièvre, œdème du visage, douleurs musculaires et signes nerveux, troubles de la vision) avec des séquelles parfois irréversibles.

 

Épidémiologie en Europe

Présentes dans tous les pays du monde, les trichinelloses ont une incidence majeure dans le domaine de l'hygiène et de la sécurité des denrées d'origine animale. Une réglementation européenne et internationale (règlement UE 2015/1375, OIE, CODEX Alimentarius) imposant le contrôle en abattoir des viandes porcines et autres espèces sensibles (sanglier, cheval) a fait régresser cette maladie dans le monde occidental. La principale source de contamination humaine à l’échelle mondiale est la viande porcine alors qu’en France, seule la viande de sanglier non contrôlée par les services vétérinaires reste à l’origine des cas humains autochtones depuis 1998, à l’exception en 2015 en région PACA, des cas humains liés à la consommation de figatelles d’origine Corse. Il faut souligner que les porcs à l’origine de la fabrication de ces figatelles avaient été abattus clandestinement. Des cas français importés sont également déclarés suite à la consommation à l’étranger de viandes contaminées ou à l’importation illégale sur le territoire de viande de porc, de sanglier ou d’ours.

Les pays européens sont touchés de manière très contrastée en fonction des espèces susceptibles d'être contaminées par Trichinella spp.(porc, renard, cheval, sanglier…) mais aussi en fonction des habitudes alimentaires.

En France, plus de 1900 cas humains ont ainsi été évités grâce à l'identification de viande contaminée avant consommation (2 chevaux, 31 porcs, 4 sangliers).

 

Les moyens de maitrise de la maladie

La prévention de la trichinellose humaine passe par le contrôle systématique à l’abattoir des viandes à risque (porc, sanglier, cheval) avec un test de diagnostic reposant sur l’identification du parasite après une digestion artificielle d’un échantillon musculaire. Lorsqu’une viande ne peut être contrôlée, elle doit être consommée cuite à cœur (71°C). La congélation domestique ne peut être considérée comme une méthode d’assainissement de la viande car elle doit prendre en compte des paramètres tels que l’épaisseur de la viande, et le fait qu’un congélateur domestique n’atteint pas de façon certaine une température de -20°C. De plus, certaines espèces comme Trichinella britovi (dans la viande de sanglier) ou T. nativa sont plus résistantes au froid que T. spiralis.

En ce qui concerne les charcuteries, seule la cuisson  des produits tels que pâtés, rillettes, saucissons à l’ail permet la destruction du parasite. La fumaison n’est pas une méthode assainissante. La salaison des produits charcutiers préparés selon les méthodes traditionnelles ne garantit pas à elle seule l’inactivation des larves de Trichinella britovi, elle doit être associée à un temps de séchage suffisant.

 

Rôle de l’Anses

Le Laboratoire de santé animale de  Maisons-Alfort est Laboratoire national de référence (LNR) pour les parasites transmis par les aliments. Il assure ainsi des activités de référence pour la trichinellose et un certain nombre de parasites zoonotiques transmis par les aliments (Toxoplasma, Cryptosporidium, Giardia, Anisakidae, Cysticercus). Le LNR apporte un appui scientifique et technique auprès des laboratoires vétérinaires départementaux agréés (LVD, 59 laboratoires à ce jour) et des laboratoires privés d’autocontrôle (3 laboratoires), ainsi que la mise en place d'un plan d'assurance qualité pour le diagnostic des trichinelloses animales. 

Ce plan d’assurance qualité a été mis en œuvre en 1998 avec initialement des stages de formation pour les techniciens des services vétérinaires (formation dispensée tous les ans), l'utilisation d'une technique robuste de détection (selon le règlement EU 2015/1375, Annexe I, chapitre I) puis la coordination d'essais inter laboratoires d'aptitude (EILA). La France a été dès 2004 le premier pays européen à mettre en place les EILA pour l’ensemble des LVD du réseau national, permettant ainsi l’obtention d’un agrément délivré par le ministère chargé de l’Agriculture et dont le maintien est entre autre conditionné par la réussite annuelle aux EILA.

Le LNR est accrédité par le Cofrac pour le diagnostic direct des trichinelloses animales depuis 2009. L’ensemble du réseau des laboratoires agréés est lui accrédité depuis fin 2016.

Aujourd’hui, en France continentale et conformément à la réglementation EU, 100% des porcs plein-airs, 100% des porcs reproducteurs et 100% des chevaux abattus sur le territoire font l’objet d’un contrôle. Les porcs hors-sols sont contrôlés par sondage (1 porc sur 1000) car ils ne sont pas considérés comme à risque. Les sangliers qui sont acheminés vers les ateliers de traitement subissent un contrôle systématique. En revanche, pour les sangliers de chasse consommés dans un cadre privé, le contrôle est fortement recommandé. Il est à la charge et sous la responsabilité des chasseurs. Une information au regard du risque de trichinellose est diffusée aux fédérations de chasse.

Depuis 2014, le LNR est aussi Centre Collaborateur (CC) OIE (Organisation Mondiale de la Santé Animale) pour les parasites zoonotiques transmis par les aliments. Ce CC OIE travaille en lien avec deux autres centres OIE homologues, l’un au Canada, l’autre en Chine. La stratégie appliquée au regard de Trichinella spp. vise à lutter contre ce parasite responsable de cette zoonose majeure en assurant un diagnostic vétérinaire fiable, en mettant en place une prophylaxie médicale dans les zones endémiques et en organisant les mesures de contrôle vétérinaire au niveau national, européen et international en lien avec le Laboratoire de référence de l'Union européenne et avec la Commission Internationale de la Trichinellose (ICT).

Le LNR a coordonné au niveau européen les activités de recherche sur la trichinellose sur la période 1999-2009 (contrats européens TRICHIPORSE, puis TRICHINET et TRICHIMED dans le réseau d’Excellence MedVetNet).

L’Anses a rendu plusieurs avis et produits d’expertise en lien avec l’évaluation du risque lié à Trichinella spp. 

Dans son dernier avis du 14 mars 2017, l’Anses a actualisé les connaissances relatives à T. britoviet T. spiralis. En particulier, un important travail de modélisation à partir de cas humains récents de trichinellose a été réalisé afin de mettre à jour la relation dose-réponse.

Dans ses conclusions, l’Anses rappelle l’importance que l’ensemble des porcs abattus soit analysé pour la recherche de larves de Trichinella spp. L’Anses insiste sur l’étiquetage des produits de charcuterie crue destinés à être consommés cuits, tels que les figatelles : l’information pour le consommateur doit être lisible et indiquer la nécessité d’une cuisson à cœur afin de permettre la destruction des larves.

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