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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Fluides de coupe

Fluides de coupe

Fluides de coupe : conséquences sur la santé

Mis à jour le 20/09/2016

Mots-clés : Fluides de coupe, Travail

Les fluides de coupe sont des substances utilisées pour lubrifier, refroidir et protéger les pièces métalliques de l’oxydation lors de l’usinage des métaux. Des substances dangereuses pour les professionnels utilisant ces produits sont susceptibles d’être présentes dans leur formulation ou de se former lors de leur stockage.

Que sont les fluides de coupe et quels sont leurs usages ?

Les fluides de coupe sont utilisés pour lubrifier, refroidir et protéger les pièces métalliques de l’oxydation lors de la « coupe », c’est-à-dire l’usinage des métaux à l’aide d’un outil coupant, abrasif, ou par électroérosion ou déformation. Ces produits se répartissent en deux grandes catégories :

  • les huiles entières
  • et les fluides aqueux.

Les premières ont surtout une fonction de lubrification (ce sont généralement des huiles de pétrole plus ou moins additivées) tandis que les seconds ont surtout une fonction de refroidissement.

Des substances dissoutes et des particules liées à leur utilisation :

Les fluides de coupe se chargent au cours de leur utilisation en copeaux et particules de métaux ainsi qu’en composés chimiques néoformés tels que des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Ces éléments ajoutés sont, en règle générale, connus pour être toxiques ; par exemple, certains composés métalliques sont cancérogènes (certains dérivés du nickel, du chrome, du cadmium,…).

Un certain nombre de travaux, comme l’usinage des métaux, entraîne une exposition professionnelle aux fluides de coupe. Or, la quantification de l’exposition aux fluides de coupe est délicate et souvent peu précise, notamment du fait des techniques de prélèvement utilisées.

Les usages des fluides de coupe sont en évolution depuis les années 2000. Il y a environ 15-30 ans, seules les huiles entières étaient utilisées. Aujourd’hui, l’utilisation des huiles varie selon le type d’application, mais il est à noter que l’usage des huiles entières est en pleine décroissance depuis 2001, contrairement à celui des fluides aqueux (émulsions) en pleine expansion. Il existe deux grands secteurs utilisateurs de ces fluides : le travail des métaux et l’automobile. Au total, plus de 1 million de travailleurs seraient exposés aux fluides de coupe selon l’étude SUMER.

 

Problématique - Effets - Conséquences

Les fluides de coupes sont associés à diverses affections malignes et non malignes : les fluides neufs sont plutôt associés à des affections cutanées et respiratoires bénignes, bien que chroniques et souvent invalidantes, et les fluides usagés sont également associés à ces affections ainsi qu’à certains cancers. Pour autant, le potentiel cancérigène lié à l’usage de fluides neufs ne peut pas être complètement écarté, notamment du fait d’un enrichissement en composés toxiques lors de leur utilisation.

Les affections provoquées par les fluides de coupe bénéficient ainsi d’une reconnaissance en maladies professionnelles indemnisables (tableau 36, 36 bis et 66 bis du régime général).
Par ailleurs, les dermatites allergiques et l’asthme peuvent être réparés au titre d’autres tableaux des maladies professionnelles du régime général de la sécurité sociale (43, 49, 49 bis, 65 et 66).
Le nombre d’affections déclarées et reconnues au titre des tableaux 36, 36 bis et 66 bis reste toutefois modeste.

Dans un contexte professionnel où il est difficile techniquement de réduire les expositions, il apparaît essentiel de s’assurer et de vérifier l’application des mesures réglementaires d’évaluation des risques et la mise en œuvre des moyens de protection, individuels et collectifs, des travailleurs exposés aux fluides de coupe, qu’ils soient utilisateurs de ces fluides ou exposés aux brouillards d’huiles du fait de l’environnement de leur poste de travail.

 

Mise en oeuvre - Actions menées

En 2008, l’Agence a réalisé un premier rapport sur ces produits à la demande du ministère chargé de la Défense. Il s’agissait de réaliser une synthèse des effets de certaines de ces substances(1) , ainsi qu’une revue des pathologies associées à leur utilisation. Les conclusions de ce travail mettaient notamment en avant la nécessité de s’assurer de la mise en œuvre des moyens de protection, individuels et collectifs, des travailleurs exposés aux fluides de coupe, qu’ils en soient utilisateurs ou soient exposés aux brouillards d’huiles du fait de l’environnement de leur poste de travail. L’Agence recommandait également la réalisation d’études complémentaires pour mieux évaluer les expositions et les risques liés aux fluides de coupe.

Dans la continuité de ces travaux, il a été demandé à l’Agence de réaliser une étude permettant d’améliorer de l’évaluation du taux d’exposition à ces produits, de mieux définir leurs modalités d’utilisation; et les mesures de prévention et de protection collective et individuelle à mettre en place, d’obtenir une connaissance approfondie des pathologies pouvant résulter de leur utilisation et, enfin, d’améliorer le suivi des expositions et la surveillance médicale.

(1) Les substances visées par cette saisine correspondaient à celles utilisées dans le cadre des activités listées dans l’annexe I-A

Un état des lieux actualisé sur les fluides de coupe

Afin de répondre à ces différentes questions, l’Anses a publié état des lieux actualisé des connaissances sur ces produits. L’Agence a ainsi mis à jour les connaissances relatives à la nature et aux quantités de fluides de coupes utilisés en France ainsi qu’aux filières industrielles les utilisant. Une revue bibliographique a été réalisée afin de recenser les méthodes, ainsi que les stratégies de prélèvements, existantes en matière de métrologie. En parallèle, un rapport d’expologie a été réalisé afin de rendre compte des concentrations réelles rencontrées de nos jours dans les différents ateliers de travail. Enfin, l’Agence a réalisé un bilan des outils existants autour de la protection des travailleurs et de la prévention du risque liés à l’utilisation des fluides de coupe, permettant de mettre à disposition des industriels ou professionnels de la santé un recueil complet des outils disponibles.

 

Conclusions

Il ressort de ce travail que la nature des fluides de coupe utilisés sur le territoire national a largement évolué ces dernières années. Il y a environ 15-30 ans, seules les huiles entières étaient utilisées. Aujourd’hui, l’utilisation des huiles varie selon le type d’application mais l’usage des huiles entières est en pleine décroissance depuis 2001, contrairement à celui des fluides aqueux (émulsions). En2012, deux grands secteurs industriels sont utilisateurs de ces fluides : le travail des métaux et l’automobile. Au total, plus de 1 million de travailleurs seraient exposés à ces substances.

Le travail de l’Agence fait également apparaitre que de nombreux éléments existent autour de la prévention des risques liés à l’utilisation des fluides de coupe, mais la plupart des méthodes de prévention, collectives ou individuelles, bien que déjà connues, ne sont pas toujours appliquées, notamment dans les petites entreprises. De plus les moyens de surveillance, bien que largement détaillés dans de nombreux guides, sont rarement mis en œuvre

Des substances dangereuses peuvent se retrouver soit au sein de la formulation des fluides de coupe (comme certains additifs, biocides..), soit se former au cours du stockage (comme c’est le cas de pour la NDELA(2) ). Des solutions de substitution existent déjà, telles que la micro-lubrification ou l’usinage à sec. Mais la mise en place ou la recherche de substituts s’accompagne souvent de difficultés en ce qui concerne l’adaptation du processus industriel.

Enfin, il existe des zones d’ombre concernant les risques associés au développement microbiologique intervenant lors du vieillissement des fluides. L’utilisation grandissante des fluides de type aqueux est en lien avec ces problèmes de contamination microbienne des fluides ainsi que les pathologies respiratoires qui semblent y être associées. Cependant l’absence de référentiel exclut toute interprétation des résultats relatifs à ces agents microbiologiques retrouvés à la fois dans les fluides et les aérosols.

(2) N-nitroso diéthanolamine

 

Des recommandations pour plus de prévention

l’Agence considère que bien qu’il soit prématuré de réaliser une évaluation quantitative des risques sanitaires liés à ces produits en l’absence de méthode de mesure fiable pour évaluer l’exposition à ces produits, il est nécessaire d’aller plus loin en matière de prévention. L’Agence considère ainsi que :

  • une valeur limite pourrait être imposée concernant les quantités en amines secondaires précurseurs de nitrosamines présentes dans les fluides de coupes, telle que prévu par la réglementation allemande ;
  • La micro-lubrification et la recherche de substitution doivent être encouragées ;
  • L’élaboration d’un référentiel microbiologique qui puisse tenir compte de la qualité des fluides et de la protection des travailleurs devrait être soutenue.

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