Formulaire de recherche

anses

Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Chlordécone

Chlordécone aux Antilles

Evaluation des expositions et des risques alimentaires liés au chlordécone et autres résidus de pesticides

Mis à jour le 19/06/2018

Mots-clés : Pesticides, Chlordécone, Contaminants de l'alimentation, Risques chimiques

L’Afssa et l’Afsset, puis l’Anses depuis 2010, sont engagées dans l'évaluation du risque lié au chlordécone pour la population antillaise, en particulier sur le volet alimentaire. Ces travaux ont notamment conduit à l’élaboration de valeurs toxicologiques de référence et de seuils de contamination maximaux tolérables dans les denrées alimentaires. L’évaluation des expositions alimentaires a permis de formuler des recommandations à l’attention des populations exposées en matière de consommation. Aujourd’hui, les actions de l’Anses s’inscrivent  dans le cadre des plans d’actions « chlordécone » mis en place en 2008, 2011 puis 2014 par les ministères chargés de la Santé et de l’Outre-Mer. Les travaux de l’Anses  s’étendent progressivement aux risques alimentaires liés aux autres pesticides. 

Le chlordécone a été utilisé longtemps dans les bananeraies de la Martinique et la Guadeloupe pour lutter contre les charançons. Très persistant et bioaccumulable, ce pesticide est interdit depuis 1993. Les sols identifiés comme pollués étaient à l'origine des terres de culture bananière, qui ont été rendues à la culture vivrière. Du fait de sa persistance, le chlordécone est encore présent dans les sols et peut se retrouver dans certaines denrées végétales ou animales, ainsi que les eaux de certains captages utilisés pour la production d’eau destinée à la consommation humaine.

 

Les travaux de l’Anses sur le chlordécone

L'Agence est engagée depuis sa création dans l'évaluation du risque alimentaire lié au chlordécone pour la population antillaise. Elle a ainsi défini des valeurs toxicologiques de référence pour l'Homme et estimé l'exposition alimentaire de la population antillaise. Ces travaux se sont basés sur les résultats d'enquêtes et d'études sur les habitudes locales de consommation alimentaire, sur les niveaux de contamination des aliments ainsi que sur l’ensemble des données scientifiques disponibles. L’Agence a ainsi pu élaborer des seuils maximaux tolérables de contamination des denrées les plus contributrices à l'exposition humaine et formuler des préconisations d'autoconsommation de production alimentaire. Ces propositions visent à réduire l'exposition par voie alimentaire de la population antillaise au chlordécone.

Les actions conduites par l’Anses s’inscrivent aujourd’hui dans le cadre de ces plans d’actions « chlordécone » mis en place en 2008 puis 2011 et 2014 par les ministères chargés de la Santé et de l’Outre-Mer.

 

L’Etude Kannari

L’étude Kannari, mise en œuvre en 2013 par l’Anses, Santé publique France, les Observatoires régionaux de la santé avec l’appui des Agences Régionales de Santé de Martinique et de Guadeloupe, a permis de caractériser l’exposition au chlordécone de la population générale et de différentes sous-populations des Antilles préalablement identifiées comme étant potentiellement surexposées. Il s’agissait d’actualiser les connaissances disponibles à partir des travaux antérieurs.

Cette étude a permis d’identifier les circuits d’approvisionnement, les zones de production et les populations les plus à risque du point de vue sanitaire.

Une analyse du lien entre le mode d’approvisionnement alimentaire et l’exposition montre que l’approvisionnement par des circuits informels (autoproduction, dons, bords de route) entraîne une exposition supérieure à celle apportée par les modes d’approvisionnement en circuits contrôlés (grandes et moyennes surfaces, marchés, épiceries). Peuvent notamment entraîner une surexposition par rapport au reste de la population :

  • L’autoconsommation (consommation issue d’une production domestique) d’œufs et de volaille produits en zone contaminée, du fait de leurs forts niveaux de contamination,
  • Une consommation supérieure à quatre fois par semaine de produits de la mer pêchés ou collectés par les particuliers ou issus des circuits informels,
  • La consommation de produits d’eau douce pêchés ou collectés par les particuliers ou issus du don,
  • Une consommation supérieure à deux fois par semaine de racines et tubercules produits en zone contaminée, qui s’est avérée être associée à l’autoconsommation d’œufs et de volaille.

Ainsi, il apparaît notamment que la consommation de denrées produites en zone contaminée peut entraîner des surexpositions pour les populations ne respectant pas les recommandations actuelles de consommation, à savoir de ne pas consommer plus de quatre fois par semaine des  produits de la pêche et ne pas consommer de produits de pêche en eau douce.

Par ailleurs, l’Agence préconise d’étendre ces recommandations de consommation actuelles à d’autres denrées issues de circuits informels non contrôlés telles que les œufs.

 

Des actions étendues aux autres résidus de pesticides

L'Agence évalue également l'exposition alimentaire de la population antillaise aux résidus de pesticides autres que le chlordécone. En effet, du fait d'habitudes alimentaires spécifiques (large place accordée aux fruits et légumes tropicaux ainsi qu'aux produits de la pêche) et de ravageurs particuliers auxquels doit faire face l'agriculture tropicale, la population antillaise pourrait être exposée à un risque particulier lié aux résidus de pesticides dans l'alimentation. Pour la population générale française, l'exposition alimentaire aux résidus de pesticides est habituellement évaluée à partir de données de consommation et de contamination représentatives du territoire métropolitain.

L'Anses a ainsi réalisé l'étude Sapotille afin d'estimer l'exposition de la population antillaise aux résidus de pesticides et de la comparer aux doses journalières admissibles (DJA). Ces travaux ont exclu le chlordécone qui a déjà fait l'objet de plusieurs études spécifiques. D'une façon générale, en dehors du chlordécone, les résultats de cette étude ne montrent pas de spécificité des Antilles en matière de niveaux de résidus de pesticides dans les aliments ni d'expositions des consommateurs vis-à-vis des niveaux observés en métropole. Ce travail constitue une première photographie de l'exposition de la population antillaise aux résidus de pesticides. Il devra cependant être complété notamment par l'acquisition de données de consommation et de contamination plus nombreuses et actualisées.

L'article a été ajouté à votre bibliothèque