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marianne anses

Chlordécone

Évaluer les risques d’exposition au chlordécone aux Antilles

Mis à jour le 02/04/2021

Mots-clés : Pesticides, Chlordécone, Contaminants de l'alimentation, Risques chimiques

Longtemps utilisé aux Antilles pour lutter contre le charançon du bananier, le chlordécone peut être néfaste pour la santé humaine. L’Anses a mené plusieurs travaux d'évaluation du risque lié au chlordécone pour la population antillaise, en particulier via la consommation d’aliments contaminés. Ces travaux ont notamment conduit à l’élaboration de valeurs toxicologiques de référence et de seuils de contamination maximaux tolérables dans les denrées alimentaires. L’évaluation des expositions alimentaires a permis de formuler des recommandations aux populations locales sur la consommation des aliments.

Le chlordécone a été utilisé de 1972 à 1993 dans les bananeraies de la Martinique et la Guadeloupe pour lutter contre les charançons. Ce pesticide est associé à différents problèmes de santé chez l’Homme. Il est interdit depuis, mais les populations locales restent exposées. En effet, du fait de sa persistance, le chlordécone est encore présent dans les sols et peut se retrouver dans certaines denrées végétales ou animales, ainsi que dans l’eau de certains captages destinés à la consommation humaine. Depuis de nombreuses années, l’Anses est engagée dans l'évaluation du risque alimentaire lié au chlordécone pour la population antillaise. Les actions conduites par l’Agence s’inscrivent dans le cadre des plans d’actions « chlordécone » mis en place depuis 2008 par les ministères chargés de la santé et de l’Outre-Mer.

Définir des valeurs sanitaires de référence 

L’Anses a défini des valeurs toxicologiques de référence (VTR) et estimé l'exposition alimentaire de la population antillaise. Ces travaux d’estimation des expositions alimentaires se sont basés sur les résultats d'enquêtes et d'études sur les habitudes locales de consommation alimentaire, sur les niveaux de contamination des aliments ainsi que sur l’ensemble des données scientifiques disponibles. L’Agence a défini une valeur toxicologique de référence (VTR) chronique externe, qui définit le niveau d’exposition par ingestion en dessous duquel l’apparition d’effet néfaste dans la population est jugée négligeable. Ces VTR sont basées sur des études toxicologiques ou épidémiologiques. Fixée en 2003 à 0,5 µg de chlordécone par kilo de poids corporel et par jour, l’Anses a recommandé dans son avis de 2021, de l’abaisser à 0,17 µg/kg pc/jour. Cette diminution permet de prendre en compte les nouvelles connaissances sur le sujet, et notamment des dernières études suggérant des effets reprotoxiques chez les rongeurs exposés à des doses modérées de chlordécone. 
Dans ce même avis, l’Anses a élaboré une VTR chronique interne. Celle-ci est utile pour interpréter des campagnes de biosurveillance au niveau d’une population. Elle peut également être utilisée pour évaluer le risque pour la population, cette fois sur la base des taux de chlordécone observés dans le sang, à la différence de la VTR externe, qui s’appuie elle sur des expositions externes, estimées en combinant les données de consommation et les concentrations en chlordécone observées dans les aliments. La VTR interne a été fixée à 0,4 µg de chlordécone par litre de plasma. Cette valeur limite s’appuie sur l’observation d’une diminution de la durée de la grossesse en fonction de l’augmentation de la concentration plasmique de chlordécone. Les effets rapportés sur le cancer de la prostate ont été également pris en compte, mais surviendraient à des niveaux d’exposition supérieurs.

Pourquoi la VTR interne ne peut pas être interprétée au niveau individuel ? 

Conclure sur la seule base d’un résultat individuel de chlordéconémie supérieure à la VTR interne que l’on est malade ou à risque de l’être est une erreur. Trois raisons principales expliquent l’impossibilité d’utiliser la VTR interne pour un dosage individuel : 

  • En termes de santé publique, le but premier d’une biosurveillance n’est pas de juger du bon ou du mauvais état de santé présent ou futur, il est de guider l’action par rapport à une exposition suspectée ou avérée. Il est d’usage de fixer un ou plusieurs niveaux d’exposition, qui vont déclencher des actions pour mieux comprendre l’origine du résultat, agir sur ces expositions et vérifier par une reconduction de la surveillance l’efficacité de ces actions ;  
  • En termes biologique, le résultat d’une mesure de biosurveillance peut, pour une même valeur, être aussi bien le résultat d’une exposition forte, ponctuelle et intervenue récemment, et qui peut diminuer rapidement, que le résultat d’une exposition chronique, qui serait, elle, bien plus préoccupante : il est donc important que les valeurs élevées conduisent à des investigations complémentaires sur l’origine de l’exposition (confirmation par d’autres dosages, enquête sur les habitudes de vie, dont la consommation alimentaire…) ;  
  • Enfin, en termes physiologiques, il existe une grande variabilité individuelle des conséquences sanitaires d’un niveau d’exposition : la VTR interne permet, pour une population considérée dans son ensemble, de prendre en compte les individus les plus sensibles. 

Des recommandations pour éviter l’exposition au chlordécone

Au regard des nouveaux repères toxicologiques définis en 2021, une nouvelle évaluation des risques doit être reconduite courant 2021. 
En attendant, l’étude Kannari, mise en œuvre en 2013 par l’Anses, Santé publique France et les Observatoires régionaux de la santé avec l’appui des Agences Régionales de Santé de Martinique et de Guadeloupe, a permis d’identifier les circuits d’approvisionnement, les zones de production et les populations les plus à risque d’être exposées au chlordécone. Une analyse du lien entre le mode d’approvisionnement alimentaire et l’exposition montre que l’approvisionnement par des circuits informels (autoproduction, dons, bords de route) entraîne une exposition supérieure à celle apportée par les modes d’approvisionnement en circuits contrôlés (grandes et moyennes surfaces, marchés, épiceries). Ainsi, il apparaît notamment que la consommation de denrées produites en zone contaminée peut entraîner des surexpositions pour les populations ne respectant pas les recommandations actuelles de consommation, à savoir :

  • Limiter à quatre fois par semaine la consommation de poissons de mer, 
  • Limiter à deux fois par semaine la consommation de racines et de tubercules, 
  • Ne pas consommer de produits de pêche en eau douce issues des zones d’interdiction de pêche définies par arrêté préfectoral.

Suite à l’étude Kannari, l’Agence préconise d’étendre ces recommandations à d’autres denrées issues de circuits informels non contrôlés, telles que les œufs. Ces recommandations seront revues sur la base des nouvelles VTR.

Par ailleurs, dans le cadre de son travail sur les maladies professionnelles, l’Agence étudie les liens entre l’exposition aux pesticides, incluant le chlordécone, et le cancer de la prostate. Courant 2021, les résultats alimenteront les négociations et décisions des partenaires sociaux puis des Ministères compétents dans la création de nouveaux tableaux de maladies professionnelles. 

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