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marianne anses

Chlordécone

Évaluer les risques d’exposition au chlordécone aux Antilles

Mis à jour le 05/07/2021

Mots-clés : Pesticides, Chlordécone, Contaminants de l'alimentation, Risques chimiques

Longtemps utilisé aux Antilles pour lutter contre le charançon du bananier, le chlordécone peut être néfaste pour la santé humaine. L’Anses a mené plusieurs travaux d'évaluation du risque lié au chlordécone pour la population antillaise, en particulier via la consommation d’aliments contaminés. Ces travaux ont notamment conduit à l’élaboration de valeurs toxicologiques de référence et de seuils de contamination maximaux tolérables dans les denrées alimentaires. L’évaluation des expositions alimentaires a permis de formuler des recommandations aux populations locales sur la consommation des aliments.

Le chlordécone a été utilisé de 1972 à 1993 dans les bananeraies de la Martinique et la Guadeloupe pour lutter contre les charançons. Ce pesticide est associé à différents problèmes de santé chez l’Homme. Il est interdit depuis, mais les populations locales restent exposées. En effet, du fait de sa persistance, le chlordécone est encore présent dans les sols et peut se retrouver dans certaines denrées végétales ou animales, ainsi que dans l’eau de certains captages destinés à la consommation humaine. Depuis de nombreuses années, l’Anses est engagée dans l'évaluation du risque alimentaire lié au chlordécone pour la population antillaise. Les actions conduites par l’Agence s’inscrivent dans le cadre des plans d’actions « chlordécone » mis en place depuis 2008 par les ministères chargés de la santé et de l’Outre-Mer.

Définir des valeurs sanitaires de référence 

L’Anses a défini des valeurs toxicologiques de référence (VTR) et estimé l'exposition alimentaire de la population antillaise. Ces travaux d’estimation des expositions alimentaires se sont basés sur les résultats d'enquêtes et d'études sur les habitudes locales de consommation alimentaire, sur les niveaux de contamination des aliments ainsi que sur l’ensemble des données scientifiques disponibles.

L’Agence a défini une valeur toxicologique de référence (VTR) chronique externe :  c’est le niveau d’exposition par ingestion en dessous duquel l’apparition d’effet néfaste dans la population est jugée négligeable. Ce niveau d’exposition est estimé en combinant les données de consommation et les concentrations en chlordécone observées dans les aliments. La VTR est basée sur des études toxicologiques et épidémiologiques.
Fixée en 2003 à 0,5 µg de chlordécone par kilo de poids corporel et par jour, l’Anses a recommandé dans son avis de 2021, de l’abaisser à 0,17 µg/kg pc/jour. Cette diminution permet de prendre en compte les nouvelles connaissances, et notamment des dernières études suggérant des effets reprotoxiques chez les rongeurs exposés à des doses modérées de chlordécone. Sur base de la nouvelle VTR, l’Anses va mettre à jour l’évaluation des risques liés à l’alimentation, et réviser l’interprétation des expositions et des recommandations alimentaires.

Dans ce même avis de 2021, l’Anses a élaboré une VTR chronique interne. Basée sur le taux de chlordécone mesuré dans le sang, cette valeur est utile pour interpréter des campagnes de biosurveillance au niveau d’une population. Elle représente aussi un objectif à atteindre : avoir le maximum d’individus en dessous de cette valeur. La VTR interne a été fixée à 0,4 µg de chlordécone par litre de plasma. Cette valeur limite s’appuie sur l’observation d’une diminution de la durée de la grossesse en fonction de l’augmentation de la concentration plasmique de chlordécone. Les effets rapportés sur le cancer de la prostate ont été également pris en compte, mais surviendraient à des niveaux d’exposition supérieurs. Sur la base de cette VTR chronique interne, l’Anses va quantifier et préciser les caractéristiques des profils d’habitants des Antilles pour lesquels un risque sanitaire avéré ne peut pas être écarté, au regard des connaissances scientifiques actuelles.

Il est à noter que la VTR chronique interne permet de repérer des profils-types de personnes à risques, mais pas d’identifier les individus à risques. Elle n’est en aucun cas un indicateur de l’état de santé d’une personne et ne peut donc pas être utilisée pour interpréter un dosage de chlordéconémie ou pour piloter le suivi médical d’un individu. En effet, pour une personne donnée, le résultat d’une seule mesure de chlordéconémie ne renseigne ni sur la source d’exposition, ni sur sa durée. Par ailleurs, un taux identique peut se traduire par des conséquences sanitaires différentes car il existe une grande variabilité de métabolismes, de sensibilités et de circonstances d’exposition. La VTR chronique interne permet, pour une population considérée dans son ensemble, de prendre en compte cette variabilité y compris les individus les plus sensibles.

Des recommandations pour éviter l’exposition au chlordécone

Au regard des dernières connaissances disponibles sur les risques liés à l’exposition au chlordécone, l’étude ChlorExpo sur l’exposition alimentaire au chlordécone de la population antillaise a été lancée début 2021 par l’Anses. Elle vise notamment à prendre en compte les pratiques d’approvisionnement, de préparation et de cuisson des aliments de la population antillaise. De nouvelles recommandations pratiques pour limiter les expositions, basées notamment sur les modes de préparation et de cuisson des aliments pourraient ainsi être émises. Les résultats de l’étude sont prévus pour 2024.

En attendant ces résultats, l’étude Kannari, mise en œuvre en 2013 par l’Anses, Santé publique France et les Observatoires régionaux de la santé avec l’appui des Agences Régionales de Santé de Martinique et de Guadeloupe, a permis d’identifier les circuits d’approvisionnement, les zones de production et les populations les plus à risque d’être exposées au chlordécone. Ainsi, l’approvisionnement par des circuits informels (autoproduction, dons, bords de route) entraîne une exposition supérieure à celle apportée par les modes d’approvisionnement en circuits contrôlés (grandes et moyennes surfaces, marchés, épiceries). La consommation de denrées produites en zone contaminée peut entraîner des surexpositions pour les populations ne respectant pas les recommandations actuelles de consommation, à savoir :

  • Limiter à quatre fois par semaine la consommation de poissons de mer, 
  • Limiter à deux fois par semaine la consommation de racines et de tubercules, 
  • Ne pas consommer de produits de pêche en eau douce issues des zones d’interdiction de pêche définies par arrêté préfectoral.

Suite à l’étude Kannari, l’Agence préconise d’étendre ces recommandations à d’autres denrées issues de circuits informels non contrôlés, telles que les œufs. Ces recommandations seront revues sur la base des nouvelles VTR.

Par ailleurs, dans le cadre de son travail sur les maladies professionnelles, l’Agence a étudié les liens entre l’exposition aux pesticides, incluant le chlordécone, et le cancer de la prostate. Les éléments scientifiques développés dans son expertise alimenteront les négociations et décisions des partenaires sociaux puis des Ministères compétents dans la création de nouveaux tableaux de maladies professionnelles. 

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