Formulaire de recherche

anses

Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Santé des abeilles : impact de la co-exposition des colonies aux pesticides et aux agents infectieux

L'actualité a été ajouté à votre bibliothèque

Actualité du 14/09/2015

L’Anses s’est autosaisie en 2012 sur la question des co-expositions des abeilles à différents facteurs de stress et leur rôle respectif dans les phénomènes d’affaiblissement, d’effondrement ou de mortalité des colonies d’abeilles, l’accent étant mis sur les interactions entre ces facteurs.

Les résultats de l’expertise mettent en évidence un nombre important d’agents infectieux et parasitaires affectant les colonies d’abeilles, de nombreux résidus de xénobiotiques (insecticides, fongicides et acaricides) présents dans les matrices apicoles, ainsi qu’une grande diversité de facteurs de stress auxquels les abeilles peuvent être exposées, de manière concomitante ou successive. L’expertise souligne le caractère multifactoriel des causes de mortalité des colonies d’abeilles et met en évidence le rôle des co-expositions aux pesticides et aux agents infectieux dans le déterminisme de leur effondrement.

Dans ce contexte, l’Agence recommande d’intervenir sur l’ensemble de ces facteurs, notamment au travers de l’appropriation et du respect des bonnes pratiques apicoles, mais aussi de la diminution globale de l’exposition des abeilles aux pesticides. L’Agence souligne également l’importance de disposer à terme d’un réseau d’observation harmonisé et structuré au niveau national, permettant de produire des bilans de l’état de santé des colonies, notamment par la création de ruchers de référence. Enfin, l’Agence recommande- dans le cadre de discussions à engager au niveau européen – l’élaboration puis l’intégration de tests supplémentaires pour mesurer l’effet de co-expositions à des fongicides et des acaricides dans la procédure d’évaluation de la toxicité des insecticides.

 

Il existe dans le monde de nombreuses espèces pollinisatrices contribuant à la survie et à l’évolution de plus de 80 % des espèces végétales. Parmi ces pollinisateurs figurent quelque 20 000 espèces d’abeilles, dont environ 850 sont présentes en France, notamment l’abeille domestique Apis mellifera.

Depuis de nombreuses années, un phénomène d'affaiblissement et de mortalité des colonies d'abeilles est constaté dans de nombreux pays et est pour partie responsable de la baisse de production de miel. Ces phénomènes d’affaiblissement, d’effondrement et de mortalité des colonies d’abeilles, observés dans la plupart des pays où l’agriculture est intensive (Europe, Amériques), ont fait l’objet, au cours des dernières années, d’un grand nombre d’études visant à comprendre le ou les mécanismes impliqués dans ces troubles.

 

Mieux connaître les expositions concomitantes ou successives aux facteurs de stress

Dans ce contexte, l’Agence s’est autosaisie en 2012 sur la question des co-expositions des abeilles aux facteurs de stress et des interactions entre ces facteurs.

Dans les avis et rapport qu’elle publie ce jour, l’Agence propose une définition de l’état de santé "normal" d’une colonie, ainsi que des indicateurs de santé utilisables par l’apiculteur, le technicien sanitaire apicole, le vétérinaire ou le chercheur. Cette définition est un préalable indispensable à l’appréciation de l’état de santé d’une colonie.

Les abeilles sont exposées à de nombreux facteurs de stress susceptibles d’interagir entre eux : facteurs infectieux, chimiques, physiques, alimentaires, pratiques apicoles, conditions météorologiques, etc. Un nombre important d’agents infectieux et parasitaires peut affecter les colonies d’abeilles et de nombreux xénobiotiques (principalement des insecticides, fongicides et acaricides) sont retrouvés dans les matrices apicoles.

Les ruchers sont co-exposés à de multiples combinaisons de facteurs. La présence d’agents infectieux au sein des colonies, et l’exposition des abeilles à des pesticides de diverses origines et mécanismes d’action, entraînent selon toute vraisemblance le passage d’un état de santé "normal" à l’expression de pathologies pouvant conduire à leur effondrement, par le biais d’une baisse de l’immunité ou d’une diminution des mécanismes de détoxication des abeilles.

 

Les recommandations de l’Agence

Même si dans certains cas, les mortalités d’abeilles sont la conséquence de l’action d’un seul facteur, le travail de l’Agence souligne le caractère souvent multifactoriel des causes des mortalités des colonies et insiste particulièrement sur l’importance de la co-exposition des abeilles aux pesticides et agents infectieux.

Ces phénomènes sont d’autant plus marqués que les abeilles sont exposées à de multiples molécules. Certaines interactions sont déjà démontrées dans la littérature scientifique et l’Agence recommande de poursuivre les recherches pour étudier d’autres interactions potentielles.

De façon générale, l’Anses note qu’en dépit de l’acuité des phénomènes d’affaiblissement des colonies d’abeilles et de leur caractère désormais ancien, le déploiement d’études multiples, portées par des opérateurs variés au cours des dernières années, ne permet pas de disposer d’un diagnostic consolidé de l’état de santé des colonies au plan national, ni de leur co-exposition aux dangers infectieux et chimiques.

Dans ce contexte, et s’il n’est pas possible d’agir à court terme sur des facteurs de stress comme le climat, l’Anses souligne la nécessité d’intervenir sur l’ensemble des facteurs identifiés comme contribuant à l’affaiblissement des colonies.

Pour cela, afin de ne pas surajouter d’autres facteurs de stress, zootechniques ou nutritionnels en particulier, elle rappelle l’importance du maintien de la biodiversité ainsi que du respect des bonnes pratiques apicoles pour maintenir les abeilles et colonies en bonne santé. Elle recommande également la diminution du recours aux intrants dans les pratiques agricoles afin de diminuer l’exposition globale des abeilles aux produits phytopharmaceutiques.

Dans le cadre de discussions à engager au niveau européen, l’Agence recommande que soient intégrés dans la procédure d’évaluation de la toxicité de produits phytopharmaceutiques (insecticides en particulier), avant leur autorisation de mise sur le marché, des tests pour mesurer l’effet d’une co-exposition chimique chronique à d’autres molécules :

  • une molécule acaricide anti-Varroa ;
  • une molécule fongicide et connue pour inhiber les mécanismes de détoxication des abeilles ;
  • un insecticide ayant un même mode d’action que le produit à tester et connu pour être présent dans les matrices apicoles, si le produit phytopharmaceutique à tester est un insecticide.

La mise en œuvre effective de cette proposition est subordonnée à une adaptation de la réglementation communautaire, après mise au point des tests et procédures nécessaires.

Enfin, l’Agence recommande l’utilisation de méthodes quantitatives dans la qualification du statut de la ruche vis-à-vis des agents infectieux, ainsi que la création de ruchers de référence, réunis en réseau, pour constituer un maillage le plus complet possible du territoire français, permettant de définir des référentiels régionaux pour les différents acteurs.

Cette recommandation doit permettre de disposer à terme de référentiels harmonisés et d’un réseau d’observation structuré permettant, sous la responsabilité d’une coordination nationale, de produire des bilans de l’état de santé des colonies, de leur co-exposition aux agents infectieux et chimiques et de leurs évolutions.