Formulaire de recherche

marianne anses

Les cahiers de la recherche

Notre dernier numéro : Cahier de la recherche n°18 : "L'exposition des enfants"- Comprendre où en est la recherche (pdf)

Qu’est-ce ce qui fait qu’un individu développe, au cours de sa vie, des maladies chroniques ou bien reste en bonne santé ? Si des spécificités génétiques sont à l’origine d’une partie des évolutions observées, ces « fatalités » ne recouvrent pas l’ensemble des cas. Depuis quelques années, le développement des connaissances en épigénétique permet d’expliquer comment l’environnement peut modifier l’expression des gènes au cours des périodes les plus précoces du développement (développement intra-utérin, développement des toutes premières années de vie). Ainsi, un même œuf de tortue peut donner naissance à un mâle ou une femelle selon la température ; une larve d’abeille devenir reine ou ouvrière selon l’alimentation. De même, le style de vie des parents (habitudes alimentaires, comportements, statut socio-économique…) et les facteurs environnementaux exercent, lors de la conception et pendant la grossesse, une influence sur les principales régulations fonctionnelles des gènes (transcription, méthylation de l’ADN, modifications des histones…) de l’enfant en développement : influence qui pourra, éventuellement, être transmise d’une génération à l’autre. Ainsi, les informations révélées par l’épigénétique associées aux informations sur le style de vie et celles recueillies durant la croissance font apparaître des questionnements nouveaux.

En effet, les maladies chroniques, en particulier les maladies cardio-vasculaires, les maladies dégénératives, l’obésité, le diabète de type 2, les allergies et les cancers, connaissent de forts taux de croissance dans nos sociétés, qui ne peuvent pas être tous expliqués par l’accroissement de l’espérance de vie. De nombreuses données suggèrent qu’une part des maladies chroniques qui apparaissent à l’âge adulte résultent d’expositions de l’enfant, à la fois plus sensible, en plein développement et présentant des comportements spécifiques face aux risques. L’hypothèse selon laquelle ces maladies (dites anciennement « non transmissibles ») auraient, au moins partiellement, une origine précoce implique une évolution des modèles qui sous-tendent aujourd’hui la médecine préventive.

L’origine développementale de la santé et des maladies (DOHaD) constitue un concept incontournable qui ouvre une fenêtre nouvelle dans le domaine des sciences humaines et sociales. L’importance des deux périodes sensibles que sont l’enfance et l’adolescence dans le développement d’un individu questionne les politiques de santé publique mises en place aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale et nécessite une réflexion pluridisciplinaire.

Dans ce nouveau numéro des Cahiers de la Recherche sont appréhendés non seulement les mécanismes épigénétiques mais aussi les facteurs de risque qui peuvent, au cours de fenêtres précoces de vulnérabilité (vie fœtale, petite enfance…) avoir des conséquences sur la santé ultérieure de chaque individu tels l’exposition à des produits chimiques, à une alimentation déséquilibrée ou bien à un stress psychosocial, composantes que l’exposome cherche à capter dans une approche intégrative. Financer des projets de recherche sur l’exposition des enfants permet ainsi d’anticiper les questionnements et les enjeux sociétaux qui pourraient survenir dans un futur aussi peu éloigné qu’inéluctable.

Roger GENET, Directeur général, Anses

 

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