Formulaire de recherche

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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Les cahiers de la recherche

Consulter notre dernier numéro : Cahier de la recherche n°10 : "Résistances et méthodes alternatives" (pdf)

L’une des propriétés de la vie est son extraordinaire pouvoir d’adaptation à des agressions, pouvoir qui se manifeste à l’échelle de l’individu, avec des mécanismes de défense multiples, mais aussi à celle des populations, avec des mécanismes de sélection des individus les plus résistants. C’est ainsi que les micro-organismes (bactéries, champignons, parasites, virus) évoluent quand ils sont exposés à des substances antimicrobiennes, telles que les antibiotiques, antifongiques, anthelminthiques ou antiviraux. On sait depuis la fin des années 1950 que les facteurs génétiques qui déterminent la résistance bactérienne peuvent se transmettre d’une espèce à l’autre.  Parallèlement, l’apparition de résistances à des produits insecticides a également été démontrée chez les insectes.  La conséquence de l’acquisition de ces caractères de résistance est une perte d’efficacité de l’arsenal thérapeutique et une augmentation globale des risques en matière de santé publique.

Les résistances apparaissent chaque fois que l’Homme tente de lutter contre une espèce nuisible ou pathogène, que ce soit par le biais de médicaments (à usage humain ou vétérinaire) ou par l’usage de produits phytopharmaceutiques ou biocides, pour protéger des cultures ou assainir un environnement contaminé. Les résistances se développent d’autant plus que l’usage de telles substances devient intensif, régulier et répété – ce qui a pour effet de donner un avantage compétitif permanent aux individus résistants. Certaines bactéries sont même devenues « multirésistantes » comme les entérobactéries productrices de β-lactamase à spectre large (ex. Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae). Ponctuel au départ, ce phénomène de résistance s’est généralisé avec l’usage de produits biocides ou antimicrobiens. Ainsi, de nouveaux mécanismes de résistance aux antibiotiques se manifestent et se développent à l’échelle mondiale, conduisant parfois à des impasses thérapeutiques.

La lutte contre l’antibiorésistance a pris un nouveau tournant en 2011, avec une mobilisation croissante au niveau français autour du Plan national d’alerte sur les antibiotiques lancé par le ministère chargé de la santé. Dans les élevages agricoles, outre le risque de transmission inter-espèces de bactéries résistantes, se pose également la question des pertes économiques dues à l’absence de traitements efficaces. Décrite à la fin de l’année 2015, la résistance à la colistine[1] nécessite par exemple de prendre des mesures adaptées dans tous les secteurs. Cette substance est en effet utilisée en médecine vétérinaire contre les infections causées par les entérobactéries chez les porcs et les volailles, mais elle est aussi utilisée en médecine humaine comme traitement de dernier recours contre des infections à des entérobactéries résistantes aux carbapénèmes. L’importance croissante de la résistance aux antimicrobiens a conduit la 68ème Assemblée mondiale de la santé de l’Organisation mondiale de la santé à élaborer un Plan d’action mondial contre ce fléau. Cinq objectifs stratégiques ont été définis : « Mieux faire connaître et comprendre le problème de la résistance aux antimicrobiens, renforcer les connaissances et les bases factuelles par la surveillance et la recherche, réduire l’incidence des infections, optimiser l’usage des agents antimicrobiens, garantir des investissements durables pour combattre la résistance aux antimicrobiens ».

Un autre volet de la lutte contre les maladies infectieuses est lié aux vecteurs qui propagent les agents pathogènes. De nombreux insectes, tels les moustiques, sont à l’origine de cette propagation (ex. chikungunya, dengue, maladie à virus Zika, paludisme) qui connait une recrudescence importante dans les départements français d’Outre-mer et touche également l’hexagone, justifiant la mise en place d’une surveillance renforcée. Le développement, voire la réémergence, de ces maladies vectorielles en France pose de manière aiguë la question de la résistance des insectes porteurs (vecteurs) vis-à-vis des stratégies de lutte anti-vectorielle.

Que ce soit par ses activités d’expertise, de recherche et de référence, ou par le financement de projets de recherche en santé environnementale et en santé au travail, l’Anses entend agir au quotidien pour accroître les connaissances sur les phénomènes de résistance, au cœur du concept « One health, une seule santé ». J’espère que ce numéro des « Cahiers de la recherche » vous permettra de mieux appréhender cette problématique, et je vous en souhaite une excellente lecture. Dr Roger GENET - Ditecteur général de l'Anses