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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Les cahiers de la recherche

Consulter notre dernier numéro : Cahier de la recherche n°12 : "Cancer et environnement" (pdf)

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le cancer est à l’origine de 8,8 millions de décès dans le monde. Il figure parmi les premières causes de mortalité et son incidence (le nombre de nouveaux cas) « devrait augmenter de 70% environ au cours des deux prochaines décennies ». Il a de multiples causes, souvent cumulées et résulte des interactions entre des facteurs génétiques propres à un individu et des agents cancérogènes (physiques, chimiques, biologiques…) si bien qu’aujourd’hui, selon l’OMS, 30 % des cancers seraient liés à des facteurs de risques évitables [1]. En France, 40% des cancers peuvent être prévenus, selon l’INCa, car ils sont attribuables au mode de vie et à l’environnement [2].

Face à la multiplication des alertes concernant les risques environnementaux de cancer, liés à l’évolution de notre mode de vie, au changement climatique et à la modification des expositions auxquelles nous sommes soumis, près de 400 chercheurs, professionnels de santé, représentants d'institutions et d'associations s’étaient réunis endécembre 2011, lors d’un colloque international organisé par l’Anses, l’INCa et l’Itmo Cancer de l’Alliance Aviesan, pour  mieux comprendre les liens entre cancers et expositions environnementales et cerner ainsi les priorités de recherche dans ce domaine. En effet, selon le CIRC, plus de 500  agents variés (ex. agents physiques, substances chimiques, mélanges) sont susceptibles d’être cancérogènes pour l’homme : cancérogènes probables ou possibles mais sans être à ce jour avérés [3]. Établir de tels liens est nécessaire pour définir des mesures de prévention efficaces.

Or, la mise en évidence des risques potentiels et de liens entre un ou des agents et la survenue d’un cancer soulève des difficultés méthodologiques (ex. expositions chroniques à de faibles doses, périodes de latence parfois très longues entre l'exposition et l'apparition de la maladie). Cela suppose de réaliser non seulement des études épidémiologiques de cohorte impliquant de larges effectifs et une évaluation précise et fiable des expositions, mais aussi d’améliorer la recherche sur les biomarqueurs et les mécanismes d’action pour améliorer l’évaluation des expositions. Deux études cas-témoin, présentées dans ce numéro des Cahiers de la Recherche, illustrent la difficulté d’évaluer les expositions et de comprendre par exemple, les liens entre la multiplicité d’agents présents dans l’environnement et le risque de cancer infantile ou la pluralité d’expositions concomitantes dans le milieu professionnel et le risque de cancer chez les travailleurs. De plus, estimer les expositions combinées à plusieurs produits chimiques et les risques associés constitue un défi scientifique. Il est nécessaire de  développer la recherche sur les mécanismes d’action, de disposer de biomarqueurs  d'exposition ou d'effets précoces et l’importance de prendre en compte des vulnérabilités comme des périodes critiques d'expositions (ex. période prénatale). Face à la complémentarité des besoins pour évaluer les risques, trois projets de recherche valorisés ici proposent l’identification de nouveaux biomarqueurs précoces d’un excès de risque de cancer  suite à une exposition à des polluants environnementaux (dont les hydrocarbures aromatiques polycycliques). Concernant les tumeurs du cerveau, un projet prend en compte des périodes dites de « vulnérabilité » à travers l’évaluation de l’exposition maternelle (suite à l’expertise collective Inserm, Pesticides et santé, 2013). Un autre fournit une solution pour estimer les prévalences d’exposition durant la vie entière : une méthode innovante qui s’appuie sur différentes bases de données et le programme Matgéné (Santé publique France). Enfin, dans le cadre d’études d’impact et d’exposition actuelle, une étude de science participative en santé-environnement comme celle menée auprès des habitants de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône est d’autant plus utile et novatrice qu’elle s’appuie sur une approche pluridisciplinaire associant des chercheurs de différentes disciplines (sciences humaines et sociales), médecins généralistes locaux et des acteurs locaux de la société civile afin de répondre aux interrogations des citoyens concernés (dans un contexte controversé).

Si la part des cancers attribuable au mode de vie et à l’environnement est un indice précieux, les études de terrain doivent toutefois être complétées par des travaux plus ciblés visant à montrer par quels mécanismes d’action un cancer peut être introduit. Deux approches expérimentales s’intéressent ici aux effets d’une exposition chronique (à de faibles doses) à certaines substances et produits chimiques et proposent de nouveaux modèles pour évaluer les risques toxicologique et mutagène, qui peuvent se transmettre d’une génération à l’autre chez l’homme : soit à partir de cellules souches germinales, soit à partir d’un modèle biologique Caenorhabditis elegans.

Les 10 projets présentés ici font suite ou complètent l’ensemble des projets déjà financés dans le cadre du Programme National de Recherche Environnement-Santé-Travail (PNR EST) de l'Anses auxquels l’Itmo Cancer de l’Alliance Aviesan etl'INCa sont associés. En réponse et grâce au financement du Plan cancer 2014-2019 qui réaffirmait notamment la nécessité d’améliorer les connaissances sur les cancers professionnels (action 12.4) et sur les facteurs de risque physiques et chimiques de cancers émergents ou potentiels (action 12.5), ils apportent des solutions pour mieux comprendre l’impact des expositions sur le long terme, éviter les facteurs de risque et définir des stratégies de prévention. Plus que jamais, l’Anses, l’INCa et l’Itmo Cancer de l’Alliance Aviesan souhaitent poursuivre leurs efforts conjoints et la dynamique engagée pour mieux renforcer les actions de la recherche.

 

Dr Roger GENET                                       Pr Norbert IFRAH                      Pr Yves LEVY

Directeur général Anses                            Président INCa                            Président Aviesan