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marianne anses

Les cahiers de la recherche

Notre dernier numéro : Cahier de la recherche n°17 : "Microplastiques et nanomatériaux"- Comprendre où en est la recherche (pdf)

Invisibles à l’œil nu, les nanomatériaux ouvrent de vastes perspectives dans le domaine de la recherche, notamment médicale. Ils sont aussi de plus en plus présents dans les produits alimentaires et cosmétiques, où l’emploi de substances à l’état nanoparticulaire permet d’améliorer leur efficacité, absorption ou biodisponibilité. Toutefois, leur utilisation soulève des interrogations quant aux incidences possibles sur la sécurité sanitaire et environnementale.

En franchissant la frontière du nanomètre (un milliardième de mètre), les matériaux acquièrent des comportements qui diffèrent des lois de la physique « classique ». Ces propriétés sont d’autant plus surprenantes qu’elles peuvent varier selon la taille, la structure et la forme (ex. fibres, sphères, tubes). Tout se passe comme si nous descendions en terre quasi inconnue. Dans l’industrie manufacturière (automobile, chimie, électronique, emballage alimentaire, caoutchouc et plastique…), nombre de travailleurs[1] fabriquent des produits incorporant des nanomatériaux, parfois même sans le savoir. Dès lors, comment faire pour que les dangers et les risques soient pleinement identifiés sur le lieu du travail ?

Depuis 2013, la France a mis en place un système de déclaration obligatoire des substances à l’état nanoparticulaire qui prévoit que les fabricants, importateurs et distributeurs de plus de cent grammes par an de substances à l'état nanoparticulaire fassent état de l’identité des substances, des quantités manipulées ainsi que des usages prévus. Même si les 52.000 déclarations enregistrées entre 2013 et 2017 via le registre R-Nano[2] ont contribué à nourrir les travaux d’expertise scientifique, les derniers rapports[3] de l’Anses soulignent la difficulté à appréhender les diverses situations d’exposition pour l’Homme et l’environnement, ainsi que les limites des méthodologies existantes en matière d’évaluation des risques.

Pour prendre la mesure des difficultés rencontrées, commençons par rappeler qu’il n’existe pas de définition consensuelle (ou harmonisée) du terme « nanomatériau ». Au niveau européen, la définition recommandée par la Commission européenne[4] en 2011 a servi de référence à plusieurs reprises dans les différents textes législatifs mais, après plusieurs phases de discussions, elle doit être révisée et débattue. En l’absence de consensus, les définitions proposées comportent des différences et des niveaux de précision variables, d’une famille de produits à l’autre (ex. additifs alimentaires, biocides, cosmétiques) – ce qui permet à certains industriels de sortir du champ d’application des réglementations spécifiques. Dès l’ouverture de la consultation publique, l’Anses apportera sa contribution au regard des aspects sanitaires.

Sans attendre, l’Agence a réalisé une revue des méthodes analytiques disponibles pour la caractérisation des nanomatériaux. Complément indispensable des travaux d’expertise,  sept des projets de recherche financés par le PNR EST, mis en avant dans ce nouveau numéro des Cahiers de la Recherche illustrent la dynamique initiée par la loi « Grenelle II »[5] vers une meilleure connaissance des voies d’exposition humaine, du cycle de vie des nanomatériaux dans l’organisme, et la recherche de solutions innovantes dans tous les domaines - y compris les moins attendus comme l’efficacité de la filtration des eaux usées, par exemple.

Autre motif de préoccupation sanitaire et sociétale : la contamination des milieux aquatiques par les micro- et nano-plastiques dont l’évidence s’accroît continuement, qu’ils résultent de la fragmentation de déchets de plastiques ou de la fabrication intentionnelle de microbilles de plastiques comme celles utilisées par exemple dans les cosmétiques. Ces particules, qui ont la capacité d’adsorber, de concentrer et de transporter un grand nombre de contaminants chimiques et biologiques, peuvent s’intégrer dans le vivant dès les premiers maillons de la chaîne trophique, en particulier aquatique ou marine. Pour cette raison, elles peuvent représenter un danger émergent pour le consommateur. L’Anses mène donc des travaux afin d’évaluer la quantité et les caractéristiques des particules plastiques dans certains aliments, ainsi que le niveau d’exposition et le risque pour la santé humaine. L’Anses s’intéresse aussi aux méthodes d’analyse et d’échantillonnage pour convenir, avec des scientifiques d’autres pays, de protocoles communs et rassembler la communauté francophone qui travaille sur le devenir des plastiques en milieu aquatique. Cinq des projets présentés ici se sont saisis de cette question pour soutenir les efforts entrepris et améliorer l’identification, la caractérisation ou la traçabilité des particules grâce à des technologies innovantes comme la spectrométrie Raman et la microscopie électronique. Financés par le PNR EST, ils favorisent l’émergence de nouveaux résultats de recherche et le développement d’approches transdisciplinaires.

Roger GENET, Directeur général, Anses


[1] On ne connaît pas leur nombre exact.

[2] Registre géré par l’Anses : https://www.r-nano.fr/

[3] Anses, Évaluation des risques liés aux nanomatériaux (avril 2014) – Nanomatériaux dans les produits destinés à l’alimentation (mai 2020) – Registre R-Nano (nov. 2020)

[4] Recommandation de la Commission du 18 oct. 2011 relative à la définition des nanomatériaux (2011/696/UE) : https://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2011:275:0038:0040:FR:PDF

[5] Loi No 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement.

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