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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

Activités professionnelles en conditions hyperbares : de nouvelles pratiques améliorant la sécurité et nécessitant un encadrement adapté

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Actualité du 15/10/2014

Les travailleurs soumis à des conditions hyperbares, c’est-à-dire à une pression supérieure à la pression ambiante (> 100 hPa), interviennent en milieu immergé (scaphandriers, scientifiques, militaires, secours…) ou sans immersion (personnel médical, travailleurs creusant des tunnels…). Ils sont exposés aux risques inhérents à leur activité professionnelle, auxquels s’ajoutent des risques spécifiques liés à l’environnement hyperbare. En France, si la réglementation définit entre autres les méthodes d’intervention et les mélanges gazeux respiratoires autorisés en fonction des secteurs d’activités, elle ne prévoit pas de dispositions particulières concernant l’usage d’appareils à recyclage de gaz respiratoires (recycleurs) ou la pratique de l’apnée dans un cadre professionnel. Pour assurer la construction du cadre réglementaire adapté à l’ensemble des pratiques, la Direction générale du travail a saisi l’Anses afin de mener une expertise concernant les effets sanitaires liés aux expositions professionnelles à des mélanges gazeux respiratoires autres que l’air dans le cadre des activités hyperbares. Une attention plus spécifique concerne l’utilisation de recycleurs et les risques liés à la pratique de l’apnée. Dans les avis et rapport relatifs à cette saisine, l’Anses conclut que les mélanges gazeux, les recycleurs et l’apnée offrent de nouvelles perspectives et opportunités en termes de sécurité et de santé dans le secteur professionnel en milieu hyperbare. Néanmoins, elle insiste sur le fait que la mise en œuvre de ces pratiques nécessite de suivre des recommandations particulières pour chaque profil d’intervention.

 

Le milieu hyperbare est défini par la réglementation comme un milieu dans lequel les travailleurs sont appelés à intervenir à une pression relative supérieure à la pression ambiante (> 100 hPa). Ces travailleurs interviennent en milieu immergé (scaphandriers, scientifiques, militaires, secours…) ou sans immersion (personnel médical, travailleur creusant des tunnels…).

Le nombre total de travailleurs exposés aux conditions hyperbares en France est estimé à 10 000 personnes, les domaines d’activités représentés sont très diversifiés et les méthodes d’intervention sont propres à chaque métier.

L’exposition au milieu hyperbare peut conduire à des manifestations pathologiques aiguës ou chroniques (barotraumatismes, intoxications dues aux gaz inhalés, accidents de désaturation…), de sévérité variable (de la simple gêne au niveau des oreilles jusqu’au décès), apparaissant pendant ou après un séjour à une pression supérieure à la pression atmosphérique.

 

Le travail de l’Anses : un appui à la construction de la réglementation

La réglementation actuelle définit entre autres les méthodes d’intervention (systèmes autonomes de plongée en circuit ouvert, narguilés, caissons…) et les mélanges gazeux respiratoires autorisés (air, oxygène pur, mélanges…) en fonction des secteurs d’activité. Toutefois, elle ne prévoit pas de dispositions particulières en ce qui concerne l’utilisation de recycleurs (équipements autonomes qui récupèrent les gaz expirés pour les réutiliser) ou la pratique de l’apnée. Ce constat est par ailleurs similaire au niveau international.

Dans un contexte d’extension de la réglementation à ces nouveaux champs, l’Anses a été saisie par la Direction générale du travail afin de mener une expertise concernant les effets sanitaires liés aux expositions professionnelles à des mélanges gazeux respiratoires autres que l’air dans le cadre des activités hyperbares. Il est notamment demandé à l’Agence :

  • d’identifier et de caractériser les populations concernées par ces activités ;
  • de définir les effets sanitaires sur l’organisme (à court et à long termes) liés à l’usage des matériels et mélanges gazeux identifiés, en portant un intérêt particulier à l’utilisation d’appareils à recyclage de gaz (ou recycleurs) ;
  • d’évaluer les risques liés à la pratique de l’apnée dans un cadre professionnel et, potentiellement, d’émettre des recommandations pour un encadrement approprié de cette pratique.

 

Des risques spécifiques suivant la méthode d’intervention, la nécessité d’un encadrement strict et d’exigences sécuritaires spécifiques

L’air est le mélange gazeux respiratoire le plus utilisé pour les interventions en conditions hyperbares, bien que son utilisation se heurte à des limites physiologiques liées à la toxicité des gaz respiratoires, notamment de l’azote (narcose à l’azote). La respiration de mélanges gazeux autres que l’air au cours des interventions hyperbares, associée ou non à l’utilisation des recycleurs permet de pallier certaines de ces contraintes physiologiques et offre ainsi de nouvelles perspectives dans le secteur des interventions professionnelles en milieu hyperbare.

L’Anses met en évidence dans ses avis et rapport que l’utilisation de mélanges respiratoires autres que l’air, de recycleurs ou la pratique de l’apnée dans un cadre professionnel présentent des intérêts en termes de sécurité et de santé, mais aussi des risques spécifiques pour les travailleurs qui imposent la mise en œuvre d’un encadrement adapté. Ainsi, après avoir décrit les profils de travailleurs concernés et les pratiques mises en œuvre suivant les secteurs d’activité, l’Agence émet une série de recommandations adaptées à chacune des méthodes d’intervention et destinées à améliorer la sécurité et le confort des travailleurs lors de leurs interventions en conditions hyperbares.

L’Anses recommande notamment pour tous les travailleurs d’utiliser des mélanges respiratoires autres que l’air pour toute intervention au delà de 6 bars de pression absolue (50 mètres de profondeur) afin de limiter le risque de narcose à l’azote. L’Agence conseille également la mise en œuvre de recycleurs dans certaines conditions d’utilisation : pour les interventions nécessitant de l’autonomie en gaz, une optimisation de la décompression ou comme moyen de secours pour des interventions à pression absolue élevée (grandes profondeurs).

Néanmoins, la mise en œuvre de ces pratiques dans un cadre professionnel nécessite un encadrement strict et la définition de mesures spécifiques concernant les procédures d’intervention, le choix des mélanges en fonction des conditions d’utilisation (pression, effort physique...), les cursus de formation professionnelle, la qualification des équipements et du matériel, l’approvisionnement en gaz ainsi que la mise à disposition d’outils de décompression validés pour une utilisation professionnelle.

Enfin, au vu des risques spécifiques liés à la pratique de l’apnée, l’Anses recommande fortement de distinguer, dans la réglementation, les modalités encadrant la pratique de l’apnée dans un cadre professionnel de celles encadrant les autres méthodes d’intervention. La définition d’une mention spécifique à la pratique de l’apnée professionnelle, associée à des techniques propres et à un cursus de formation spécifique, pourrait s’avérer pertinente.