Alexandra Mienne, référente scientifique « résidus et sécurité des aliments » au sein de la Direction de l’évaluation des produits règlementés
Mon métier consiste à évaluer si l’exposition aux résidus de pesticides dans les aliments est en dessous du niveau de risque acceptable. Ces évaluations constituent une étape clé dans l’instruction des demandes d’autorisation de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, en France comme au niveau européen, et permettent de définir les conditions dans lesquelles ces produits peuvent être utilisés.
Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire ce métier ?
J’ai commencé ma carrière dans un laboratoire de chimie analytique, où j’ai travaillé pendant dix ans. Mais même si j’aimais la dimension scientifique, je ressentais une forme de lassitude : le travail était répétitif et je peinais à en percevoir l’impact concret, il manquait de sens pour moi. J’ai alors pris le temps de faire un bilan de compétence. C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais besoin d’exercer un métier qui avait du sens, en lien avec la santé publique. L’évaluation des risques sanitaires via l’alimentation s’est imposée assez naturellement, car elle permet de relier la science à des enjeux très concrets pour la population.
Au départ, Je n’imaginais pas que le travail au sein de la Direction de l’évaluation des produits règlementés (DEPR) de l’Anses serait aussi intéressant et pourrait me correspondre. J’en avais une vision assez caricaturale, celle d’un métier très administratif, peu stimulant scientifiquement. Mon premier poste à l’Anses, au sein d’une autre direction, m’a permis de découvrir la réalité : la DEPR est en fait au cœur des nombreux enjeux, à la fois réglementaires, méthodologiques et scientifiques. J’ai donc rejoint l’unité « résidus et sécurité des aliments » en 2012.
Depuis, je ne regrette absolument pas ce choix ! Les dossiers sont complexes et les sujets variés. Surtout mon travail répond pleinement à mon besoin initial : contribuer, à mon échelle, à la protection de la santé publique.
De quoi es-tu la plus fière professionnellement ?
Ce qui me rend particulièrement fière, c’est d’avoir participé à la construction d’un champ scientifique encore émergent : l’évaluation des risques cumulés liés aux résidus de pesticides dans l’alimentation.
Au sein de mon unité, je pilote un groupe de travail consacré à ces risques, qui correspondent à l’exposition simultanée, via l’alimentation, à plusieurs résidus de pesticides - ce que l’on appelle plus couramment les « effets cocktails ».
Cette fierté est d’autant plus grande que ce travail s’est construit collectivement, en accompagnant des étudiants, de jeunes collègues et des partenaires européens. Les voir s’approprier ces sujets complexes et gagner en confiance est très gratifiant pour moi.
Je suis d’autant plus fière que les différents travaux du groupe de travail ont permis à l’Anses, et plus particulièrement à notre unité, d’être reconnue comme un acteur majeur en Europe dans le domaine de l’évaluation des risques cumulés. Nous avons par exemple été sollicités par l’EFSA (l’Autorité européenne de sécurité des aliments) pour finaliser la méthodologie d’évaluation prospective des risques cumulés. Grâce à cette nouvelle méthodologie, les limites maximales en résidus (LMR) de pesticides dans les aliments pourront désormais être fixées au niveau européen en prenant en compte non seulement les effets individuels des substances sur la santé, mais aussi leurs effets combinés. Avoir participé à ce projet de long terme, engagé il y a plus de dix ans, me rend particulièrement fière !
Quels conseils donnerais-tu à une jeune fille qui veut faire une carrière scientifique ?
Je lui dirais de ne pas chercher un parcours “parfait”, mais un métier qui a du sens pour elle. Les études et les choix professionnels ne sont pas toujours linéaires, et ce n’est pas un problème, au contraire. Les stages sont essentiels pour se connaître et tester explorer ses envies. Et surtout, il ne faut pas avoir peur de se réorienter si l’on sent que quelque chose ne convient plus : changer de voie peut être une vraie force. Il faut qu’elle réfléchisse à ce qui est important pour elle et quel besoin doit combler son futur métier. L’essentiel est de construire un parcours qui lui ressemble, en accord avec ses valeurs et ses envies.