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Aspartame : point d'étape sur les travaux de l'Anses

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Actualité du 01/02/2011

L'aspartame est un édulcorant autorisé depuis de nombreuses années aux Etats-Unis (1974) et en Europe (1994). Il a fait l'objet de multiples évaluations que ce soit aux Etats-Unis (1981, 1983, 1998 et 2007) et en Europe (1985, 1989, 1997, 2002 et 2006) ou au niveau international par l'OMS (évaluations multiples par le JECFA depuis les années 80). Elles ont conclu à la sécurité d'emploi de l'aspartame et ont fixé une dose journalière admissible à 40 mg/kg de poids corporel par jour.

De nouvelles études scientifiques ont été récemment publiées sur d'éventuels effets qui pourraient être attribués à l'aspartame ou à des boissons contenant des édulcorants alimentaires, dont l'aspartame. Il s'agit en particulier une étude réalisée chez la souris, sur le lien entre aspartame et l'incidence de certaines tumeurs chez ces animaux, et une autre étude danoise portant sur une association entre la consommation de boissons édulcorées et le risque d'accouchement prématuré induit. Dans le cadre de la veille permanente qu'elle exerce, l'Anses a fait un premier examen de ces nouvelles études et réalisé l'audition du Dr Soffritti, auteur principal de l'étude sur les effets de l'aspartame sur la souris.

1- Etude italienne (1)

  • Il s'agit d'une étude de toxicologie rapportant une augmentation de l'incidence de cancer chez la souris mâle après administration de très fortes doses d'aspartame incorporé dans l'alimentation et tout au long de la vie de l'animal.
  • Elle fait suite à deux études antérieures sur l'aspartame réalisées chez le rat publiées par la même équipe italienne et rapportant d'autres types de tumeurs. Des biais méthodologiques n'avaient pas permis de juger comme suffisamment solides ces deux études en vue de modifier les évaluations de risques réalisées sur l'aspartame par les agences sanitaires européennes(2),(3).

Dans le cadre de l'audition du Dr Soffritti, plusieurs questions d'ordre méthodologique ont été soulevées au regard de sa dernière étude, conduisant les experts à demander la réalisation de travaux complémentaires selon les protocoles validés par la communauté internationale. Les points soulevés concernent notamment :
>Le manque de reproductibilité des effets cancérogènes chez la souris par rapport à aux études précédentes réalisées par la même équipe chez le rat, illustrant les spécificités d'espèces et de sexe (pas d'incidence observée sur les souris femelles) et la difficulté d'en extrapoler des conséquences pour l'homme
>La méthodologie adoptée (exposition à très forte dose pendant toute la durée de vie, jusqu'au décès) n'est utilisée par aucune autre équipe et ne suit, en particulier, pas la méthodologie de référence (OCDE),
>Les résultats paradoxaux obtenus sur l'apparent manque d'effet de l'exposition à l'aspartame sur le taux de survie des animaux, malgré un taux en tumeurs plus élevé.

2- Etude danoise (4)

  • Il s'agit d'une étude épidémiologique réalisée chez des femmes enceintes établissant une association statistique entre la consommation de boissons gazeuses (carbonatées) contenant des édulcorants et l'augmentation du risque d'accouchement prématuré induit (provoqué), c'est à dire sur décision médicale, en raison de /ou pour éviter des complications maternelles ou fœtales.
  • Les auteurs mentionnent que les résultats doivent être confirmés par d'autres études épidémiologiques conçues pour déterminer s'il existe ou non un lien de causalité (au-delà de l'association statistique) avec la consommation des édulcorants.

Du point de vue scientifique, cette dernière étude constitue un élément nouveau sur d'éventuels effets sanitaires des édulcorants, d'autant qu'elle est basée sur un effectif important (plus de 60 000 grossesses). Elle nécessite néanmoins des travaux complémentaires, comme le suggèrent eux-mêmes leurs auteurs, au regard notamment du fait que l'association entre boissons édulcorées et accouchement prématuré est liée à une prématurité induite ou provoquée (c'est-à-dire un déclenchement de l'accouchement pour souffrance fœtale et non une prématurité naturelle), dont les mécanismes en œuvre ne sont pas clairement discutés.

Conclusion

Les différentes évaluations réalisées aux niveaux international (OMS), européen (EFSA) et américain (FDA) ont conclu à la sécurité d'emploi de l'aspartame et ont fixé une dose journalière admissible à 40 mg/kg de poids corporel par jour. L'aspartame, et, plus généralement, les édulcorants font néanmoins régulièrement l'objet de questionnements sur d'éventuels effets sanitaires. S'il semble, au regard d'un premier examen, que les deux nouvelles études récemment publiées ne permettent pas de fonder d'éventuelles évolutions dans les recommandations de consommation des édulcorants, elles invitent néanmoins à des travaux scientifiques complémentaires, afin d'actualiser l'évaluation des risques liés à ces substances, en s'inscrivant dans le cadre plus général de la question de l'intérêt des usages et des bénéfices des édulcorants. L'Anses finalisera en ce sens, dans les semaines à venir, le travail en cours et rendra public un avis et des recommandations sur les suites à donner.

Enfin, il convient de signaler que l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), en charge de l'évaluation des édulcorants pour l'Europe, réunit très prochainement son panel d'experts compétent sur le sujet. L'Anses lui a transmis, dans cette perspective, ces premiers éléments d'analyse des deux nouvelles études en question.

(1) Soffritti M. et al. Aspartame administered in feed, beginning prenatally through life span, induces cancers of the liver and lung in male Swiss Mice. Am. J. Ind. Med. 53: 1197-206, 2010
(2) Rapport Afssa en 2002 et contribution de l'Agence au rapport EFSA de 2006
(3) Evaluation des risques faites par l'EFSA en 2006 + avis sur les études Soffritti en 2005 et 2009
(4) Halldorsson T. et al. Intake of artificially sweetened soft drinks and risk of preterm delivery: a prospective cohort study in 59,334 Danish pregnant women. Am. J. Clin. Nutr. 92: 626-33, 2010