Flore des bordures de champs : des bénéfices et des risques qui dépendent des pratiques agricoles

Flore des bordures de champs : des bénéfices et des risques qui dépendent des pratiques agricoles

Les bords de champs jouent un rôle bénéfique dans l’alimentation des insectes pollinisateurs, la lutte contre l’érosion des sols ou encore la conservation d’espèces végétales relativement rares dans le paysage agricole. Cependant, ces bénéfices peuvent être contrebalancés par la multiplication de plantes adventices, susceptibles d’entrer en concurrence avec les plantes cultivées. Cet équilibre bénéfice-risque dépend notamment des pratiques agricoles mises en œuvre à proximité des parcelles. C’est ce qu’a montré une recherche menée par des scientifiques de l’Anses, d’Inrae et de l’association Solagro qui vient d’être publiée dans la revue Ecological Applications.

Cette recherche montre comment l’utilisation de produits phytopharmaceutiques et de fertilisants diminue les bénéfices rendus par la végétation en bordure des champs et augmente la proportion de plantes à risques pour l’agriculture.  « C’est la première fois qu’une telle recherche est menée à l’échelle nationale. Nous avons étudié 458 parcelles pendant cinq ans, réparties dans tout le territoire hexagonal et la Corse. » explique Léa Genty, postdoctorante dans l’unité Entomologie et botanique au Laboratoire de la santé des végétaux de l’Anses et auteure principale de l’étude. La recherche a porté sur trois grands types de cultures : les céréales, la vigne et le maraîchage. 

De nombreux bénéfices mais aussi des risques pour l’agriculture

Les bénéfices rendus par la végétation qui pousse en bordure de champs sont nombreux. Les scientifiques impliqués dans le projet en ont étudié trois types. L’apport de nourriture aux insectes pollinisateurs a été évalué à partir de la diversité des espèces de végétaux, l’abondance relative des plantes à fleurs et leur diversité morphologique. La lutte contre l’érosion des sols, à laquelle contribuent les bordures de champs a également été étudiée, en mesurant la proportion de végétaux présents toute l’année, notamment à l’automne et en hiver, période où les pluies sont les plus importantes. Enfin, les scientifiques ont étudié la conservation des plantes moins communes dans les paysages agricoles, potentiellement favorisée par les bordures de champs. Celles-ci comprennent en effet des adventices (c’est-à-dire des végétaux capables de pousser dans les cultures) rares et non nuisibles, présentes dans moins de 10 % des parcelles agricoles, ainsi que des plantes de type prairial, plus proches des végétaux observés en milieu naturel. Cependant, les bordures de champs peuvent aussi abriter des espèces adventices considérées comme problématiques car, lorsqu’elles sont dans les parcelles, elles peuvent entrer en compétition avec les plantes cultivées et entrainer une baisse de la production. Les scientifiques ont donc également mesuré la fréquence d’occurrence de ces espèces en bordure de chaque culture. 

L’utilisation d’herbicides a le plus d’impacts négatifs sur les services rendus

Les résultats montrent que pour toutes les cultures, l’utilisation d’herbicides pour lutter contre les adventices au sein de la parcelle adjacente est le facteur qui a le plus d’impact négatif, même si les végétaux des bordures ne sont pas ciblés par ces traitements. Non seulement cette utilisation diminue tous les services rendus étudiés mais elle augmente la proportion de plantes adventices problématiques pour les cultures au sein des bordures de champs. De même, l’utilisation de fertilisants augmente la fréquence des espèces adventices problématiques dans ces bordures, et diminue par ailleurs celle des espèces associées aux milieux plus naturels. 

« On aurait pu s’attendre à ce que l’utilisation d’herbicides diminue la quantité de plantes problématiques, mais en réalité ce résultat n’est pas si surprenant, explique Léa Genty. L’exposition indirecte des bordures aux pratiques de la parcelle en matière d’herbicides et de fertilisants favorise l’installation d’adventices tolérantes aux herbicides et profitant des apports en nutriments. Ces plantes sont plus compétitives et représentent plus de risque pour l’agriculture. » 

Le recours aux fongicides et aux insecticides est également défavorable pour les plantes plus rares des bordures, ainsi que pour la diversité florale.

Des pratiques qui doivent être pensées à l’échelle des parcelles et des communes

Les pratiques agricoles à l’échelle des communes sont également importantes pour préserver les bénéfices des bordures de champs. Ainsi, si le paysage environnant est composé de nombreuses parcelles agricoles où des quantités importantes d’herbicides et de fertilisants sont utilisées, la végétation des bordures de champs est moins diversifiée et contient plus de plantes adventices problématiques. Ces effets ne sont pas compensés par des pratiques moins intensives à l’échelle des parcelles. 

Enfin, la largeur des bordures est également décisive. Plus elle est importante, plus la communauté de plantes présentes est diverse et ressemble à celle des milieux naturels. L’augmentation de la largeur des bordures pourrait ainsi permettre de concilier production agricole et préservation des services rendus par ces écosystèmes plus sauvages. 

« L’une des craintes des agriculteurs et agricultrices, lorsqu’on les encourage à adopter des pratiques favorables à la végétation au bord de leur champs, notamment en diminuant l’utilisation de pesticides, est que celles-ci soient défavorables aux cultures. Mais notre étude montre au contraire que ces pratiques sont non seulement bénéfiques pour tous les services écologiques étudiés mais qu’elles diminuent les risques pour l’agriculture liés aux bordures des champs. », conclut Léa Genty.

Concrètement, des bordures moins souvent fauchées, suffisamment larges et moins exposées aux traitements favorisent une végétation utile, qui limite les adventices tout en soutenant des services clés pour l’agriculture, comme la protection des sols et la présence de pollinisateurs.

Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet de recherche AgriBiodiv (ANR-21-CE32-006-01) financé par l’Agence nationale pour la recherche et coordonné par le Centre de biologie pour la gestion des populations et par le projet Ecophyto II+ GTP 500 ENI (OFB-24-0505), copiloté par l’Anses et Inrae. Les données sont issues du réseau de surveillance biologique du territoire 500 ENI, piloté par la Direction générale de l’alimentation et dont l'Anses est partenaire pour la coordination scientifique.

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