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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

L'Anses en action - Interview du Directeur général de l'Anses

« L’utilité de l’Anses est et sera de plus en plus corrélée à notre capacité à anticiper les crises »

Roger Genet
Directeur général

 

 

 

 

Le 1er juillet 2020, l’Anses fêtera ses 10 ans d’existence.Comment abordez-vous cette échéance vu votre activité de ces derniers mois ?

Avec un recul de 10 ans, nous ne pouvons que constater, et nous réjouir, que notre utilité soit pleinement reconnue : pour preuve, l’attention portée à nos sujets d’expertise et notre activité qui ne cesse de s’intensifier. Notre action 2019 en témoigne, avec des sujets en rapport avec des problématiques sociétales fortes et récurrentes comme la sécurité des aliments, la prévention des crises sanitaires liées au maladies animales, la préservation de la qualité environnementale face aux contaminants chimiques, au bruit ou aux ondes électromagnétiques, et d’autres plus nouvelles : impact de l’Homme sur les écosystèmes, effets des changements globaux sur notre vie quotidienne, notre alimentation, nos modes de transport ou nos conditions de travail.

L’activité croissante de l’Anses reflète aussi la densité de nos échanges avec les différentes sphères de la décision publique, à commencer par nos tutelles et les parlementaires français et européens. Je salue ici l’intense engagement de nos agents, de nos collectifs d’experts, de nos instances de gouvernance, au service d’une ambition sanitaire sans cesse challengée.

Car faire partie intégrante du paysage sanitaire ne veut pas pour autant dire que nous sommes « installés » : nos missions s’étendent chaque année, des risques sanitaires nouveaux ne cessent d’émerger, et les attentes sont de plus en plus prégnantes, dans un contexte marqué par l’érosion de la confiance de nos concitoyens envers les institutions scientifiques et une science confrontée à la complexité de l’évaluation de l’incertitude, la crise sanitaire que nous venons de vivre avec le Covid-19 le montre bien.

La publication de ce rapport d’activité coïncide en effet avec la crise du Covid-19. Comment vous mobilise-t-elle ? Quelles répercussions anticipez-vous pour l’avenir ?

Lubrizol il y a quelques mois, la peste porcine africaine à nos frontières, et maintenant le Covid-19. La crise est inhérente à nos fonctionnements, même si la pandémie qui nous touche aujourd’hui nous a mis à l’épreuve, nous conduisant à mettre en place un dispositif exceptionnel, tel que nous ne l’avons jamais connu, pour être en capacité de délivrer nos avis et recommandations en urgence en temps de confinement.

Beaucoup de crises, heureusement, donnent toutefois lieu à des signaux d’alertes qui les rendent parfaitement évitables. Et c’est toute l’utilité et la légitimité de l’Anses que de travailler à les anticiper ; une mission plus que jamais dans notre ligne de mire dans la période à venir. Prolongements essentiels de nos capacités d’expertise, les missions de nos laboratoires de recherche et de référence sont clés dans l’acquisition de connaissances, le développement de techniques innovantes et l’orchestration de nos capacités d’alerte et de gestion de crise dans trois registres : la sécurité sanitaire des aliments, la santé animale et la santé des végétaux. La troisième partie de ce rapport éclaire largement ces compétences.

Anticiper la crise, c’est aussi œuvrer sans relâche à décloisonner et travailler sans frontières, dans tous les sens du terme. En pensant One Health, « Une seule santé », une approche globale de la santé de l’Homme, des animaux et de l’environnement, que la largeur de nos domaines de compétences nous prédispose à développer, et dont on mesure pleinement en ce moment la pertinence. En démultipliant aussi de façon très active nos connexions avec les différentes sources de connaissance, d’expertise et de surveillance et notamment avec nos agences sœurs en France, en Europe et à l’international.

Si certains risques sont rapidement cernés, d’autres le sont moins, comment l’Anses progresse-t-elle face aux incertitudes sanitaires et aux craintes qu’elles alimentent ?

Nous sommes face à une situation paradoxale : plus les connaissances scientifiques avancent, plus nous mesurons l’étendue du champ des incertitudes, en termes de danger, d’exposition, de cumul des effets à un instant donné ou à plus long terme. L’investigation est d’autant plus complexe que les effets sur la santé sont susceptibles d’être chroniques, différés dans le temps voire transgénérationnels. Et comme l’incertitude vaut souvent pour des risques sanitaires liés à l’innovation technologique et à nos modes de vie, la mise en cause de certaines expositions bouscule des choix de production ou de consommation, et fait ainsi débat.

Pour ses 10 ans, l’Anses se veut force de proposition sur le rôle de l’expertise scientifique dans la décision publique. Les attentes et leurs formes d’expression évoluent, évolutions auxquelles nos principes même de fonctionnement et nos propositions récentes font écho, et toute la dernière partie de ce rapport y fait largement référence. Mais il faut aller plus loin. Typiquement, les mobilisations suscitées par les pesticides, très présentes ces derniers mois, invitent à l’instauration de nouveaux lieux et modes de concertation. Et si la science est un élément, mais certainement pas le seul, de la décision, nous faisons aussi le pari de la construction d’une science toujours plus robuste et plus inclusive.