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Pathologies au travail, le réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles publie son rapport scientifique

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Actualité du 04/10/2011

Depuis 2001, les 32 centres de consultation de pathologie professionnelle (CCPP) de France ont constitué un réseau d'experts médicaux, nommé Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (rnv3p), coordonné par l'Anses. Les données de consultation anonymisées sont regroupées dans une base commune. Le but de cette base est d'exercer une activité de vigilance sur les principaux risques professionnels, de détecter les maladies professionnelles émergentes et de favoriser la prévention de ces pathologies, en lien avec les acteurs régionaux de santé au travail et de prévention. Outre l'Anses, les partenaires du réseau sont la SFMT(1), la CNAM-TS(2) la MSA(3), l'InVS(4) et le CHU de Grenoble, initiateur de ce réseau.
Depuis plusieurs années, des services de santé au travail du régime général, de la MSA ou de la fonction publique, transmettent également leurs données au réseau. Ces deux approches complémentaires permettent de disposer de données de plus en plus précises sur les pathologies au travail en France et leur évolution.

Le réseau publie aujourd'hui son rapport scientifique. Il dresse un bilan des données recueillies depuis la création du rnv3p et consacre un focus aux allergies en relation avec le travail.

Quels phénomènes émergents le rnv3p peut-il mettre en évidence ?
Le rnv3p est un système de vigilance (comme celui de la toxico ou pharmacovigilance), qui sur la base de la notification des consultations de pathologies professionnelles des CHU, permet d'imputer des maladies à des expositions, de façon certaine, probable ou simplement possible, en fonction des éléments cliniques, chronologiques, des expositions évaluées et de la bibliographie. Il revient aux hospitalo-universitaires experts du réseau d'investiguer les pathologies et de faire lien le cas échéant avec l'origine professionnelle, puis de procéder aux déclarations de maladies professionnelles. Il leur revient également de faire un lien avec la prévention via les médecins du travail et les préventeurs de la MSA pour le régime agricole et CNAMTS pour le régime général
Il est donc à souligner que le rnv3p, s'il permet de mesurer le nombre de consultations spécialisées, puis de pathologies recensées comme étant en relation avec le travail, n'est pas un système de surveillance sanitaire permettant d'avoir une image représentative des fréquences réelles de pathologies dans un secteur donné (comme peuvent le permettre des études telles que celles menées notamment par l'institut National de Veille Sanitaire).
Les méthodologies d'émergence appliquées dans le réseau permettent de détecter, par exemple, des relations entre des pathologies et des activités ou expositions particulières. Citons le cas des lymphomes et leucémies en milieu agricole, des maladies neurodégénératives rares et l'exposition à certains métaux. Ces données constituent des signalements qui donnent lieu par la suite à des investigations et recherches plus poussées pour évaluer le lien avec le travail.

Combien de problèmes de santé au travail ont-il été recensés depuis la création du réseau ?
Entre 2001 et 2009, le volet « centres de consultation de pathologies professionnelles » du réseau a enregistré 118 852 problèmes de santé au travail. Parmi ceux-ci, 47 768 pathologies considérées par les experts en lien possible, probable ou certain avec le travail ont été diagnostiquées. Entre 2003 et 2009, le volet « services de santé au travail » du rnv3p a, quant à lui, enregistré 3 622 pathologies en relation avec le travail grâce à la participation des médecins sentinelles de 7 services de santé au travail.
Au total, plus de 200 000 consultations sont enregistrées dans la base du rnv3p et 15 000 nouvelles consultations viennent les compléter chaque année.

Quelles sont les pathologies les plus fréquemment recensées ?
Au sein des CCPP, les pathologies en relation avec le travail les plus fréquemment signalées sont les pathologies respiratoires (24 %) et les troubles mentaux et du comportement - pathologies ou symptômes psychiques tels que dépression, anxiété - (22 %), viennent ensuite les pathologies cutanées (17 %), les maladies ostéo-articulaires (16 %), les tumeurs (7,6 %) et les pathologies de l'audition (5,6 %).
Chez les hommes, les familles de pathologie les plus souvent rapportées sont les tumeurs, les maladies de l'oreille et les maladies respiratoires. Chez les femmes, il s'agit des pathologies ou symptômes psychiques, des pathologies cutanées et des troubles musculo-squelettiques (TMS).
Au sein des services de santé au travail, les TMS sont les pathologies en relation avec le travail les plus fréquemment rapportées par les médecins, aussi bien chez les hommes que chez les femmes (64 et 60 % respectivement). Elles sont suivies par les pathologies ou symptômes psychiques qui représentent 29 % de l'ensemble des pathologies chez les femmes et 15 % chez les hommes.

Quelles sont les principales évolutions constatées depuis la création du réseau ?

  • Depuis la création du rnv3p, les pathologies ou symptômes psychiques vus dans le réseau sont en constante augmentation chez les hommes comme chez les femmes. L'augmentation la plus importante est observée dans les secteurs de l'immobilier-location et des services aux entreprises, de l'administration publique, des activités financières, et des autres services collectifs et sociaux personnels. Viennent ensuite les secteurs de la santé et du commerce, ainsi que celui de la réparation automobile, enfin, cette augmentation est moindre dans le secteur industriel.

A partir de 2008, une augmentation des TMS observés dans le réseau est constatée dans l'ensemble des secteurs d'activité. Cette augmentation apparait de manière plus précoce dans certains secteurs : immobilier-location et services aux entreprises (2005), administration publique (2006) et industrie et secteur de la santé (2007).

Certaines pathologies sont elle plus particulièrement reliées à certains secteurs ?
Le rnv3p a effectué des analyses statistiques afin de déterminer, dans les différents secteurs d'activité, si certaines pathologies entrainaient plus de consultations dans le réseau comparativement aux autres pathologies.
Ainsi, comparativement aux autres motifs de consultation dans le même secteur d'activité :

  • il y a plus de consultations pour des pathologies respiratoires dans les secteurs de l'industrie extractive, des services collectifs et des industries manufacturières ;
  • il y a plus de consultations pour des pathologies dermatologiques dans les secteurs de la santé et de l'action sociale, de l'hôtellerie et de la restauration et de l'aide à la personne ;
  • il y a plus de consultations pour TMS dans les secteurs des services domestiques, de l'hôtellerie et de la restauration, des administrations publiques, de la construction, du transport et de la communication, des commerces et de la réparation d'automobile et de l'agriculture ;
  • il y a plus de consultations pour pathologies ou symptômes psychiques dans les secteurs du tertiaire, notamment pour les activités financières, l'immobilier-location et service aux entreprises, le commerce et la réparation ;
  • il y a plus de consultations pour pathologies de l'audition dans les secteurs de la construction et de l'administration publique.

Qu'en est-il du secteur agricole ?
Sur les 47 768 pathologies recensées entre 2001 et 2009 par le réseau comme en lien possible avec le travail, 578 émanent du secteur agriculture-pêche-sylviculture soit 1,2%.
Entre 2001 et 2009, les tumeurs représentent dans ce secteur 12% des pathologies en relation avec le travail vues dans des consultations de pathologies professionnelles (70 signalements sur 578) dont 45 signalements (soit 7% du total des consultations de ce secteur) sont associées à une exposition professionnelle possible, probable ou certaine aux pesticides.

Comment les allergies professionnelles ont-elles évolué depuis la création du réseau ?
Les allergies professionnelles sont des pathologies complexes, dont l'incidence est en augmentation depuis les dernières décennies et qui peuvent avoir des conséquences lourdes sur le plan socioprofessionnel pour les personnes atteintes.
Le nombre de cas d'asthmes professionnels notifiés dans le réseau entre 2001 et 2009 diminue, notamment dans des secteurs traditionnellement touchés par ces pathologies comme les industries du caoutchouc et des plastiques. Cette diminution concerne les asthmes associés aux résines et colles, au caoutchouc ou aux métaux et, en termes de substance, les isocyanates et les aldéhydes. Ces résultats, cohérents avec ceux d'autres sources d'information ou études, sont à mettre en relation avec les actions de prévention menées dans ces différents secteurs depuis plusieurs années. En revanche, une augmentation statistiquement significative est observée pour les asthmes associés aux ammoniums quaternaires et produits de désinfection.
Les dermatites de contact professionnelles sont, de façon générale, en augmentation. Les secteurs concernés sont l'hôtellerie et la restauration, l'administration publique et les services à la personne. Les expositions concernées sont celles aux résines époxy, parfums et thiazoles. Cependant, une diminution significative des dermatites de contact associées aux poussières inorganiques, aux détergents et aux produits d'origine végétale est observée dans le même temps.

A quoi servent les données recueillies par le rnv3p ?
Grâce aux données qu'il recueille, le réseau est en mesure de jouer un rôle de vigilance vis-à-vis de l'ensemble des pathologies pouvant intéresser la santé au travail. Il permet également de fournir des indicateurs utiles à l'évaluation des risques sanitaires en milieu professionnel. Enfin, il permet de cibler des objectifs prioritaires de prévention, renforcés par la confrontation de ces données à d'autres indicateurs et sources de connaissance en matière de santé au travail.
Les CCPP sont un lieu d'aide au diagnostic des maladies professionnelles pour les médecins du travail, mais aussi pour les médecins généralistes et les spécialistes qui adressent de plus en plus de patients aux consultations.
Elles aident également aux décisions d'aptitude ou d'inaptitude au poste de travail pour les salariés consultants, décision souvent difficile dans des situations complexes, comme par exemple les problèmes de risques psychosociaux.
Le lien fait avec les médecins du travail et les préventeurs facilite la mise en œuvre d'actions préventives en milieu du travail (aménagements de poste, conseil sur les protections collectives ou individuelles adaptées, etc.)
Elles participent également à l'identification et à la reconnaissance des maladies professionnelles indemnisables. Ainsi, par exemple, 2/3 des asthmes et 1/3 des dermatoses allergiques en relation avec le travail, vus au sein du réseau, sont considérés comme indemnisables en maladie professionnelle.
Enfin, elles jouent un rôle important dans le suivi post-professionnel, notamment celui des salariés ayant été exposés à des cancérogènes, tels que l'amiante, au cours de leur vie professionnelle.
L'exploitation de la base de données du rnv3p fournit à l'Anses des données précieuses pour l'ensemble de ses missions d'expertise, d'évaluation des risques et de veille en santé au travail.

Texte publié le 4 octobre 2011 et mis à jour le 12 octobre 2011

(1) Société française de médecine du travail
(2) Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés
(3) Mutualité sociale agricole
(4) Institut de veille sanitaire

Pour en savoir plus

> Télécharger le rapport "rapport scientifique RNV3P" (pdf)