Pollution de l’air extérieur : quels enjeux pour notre santé ?

La pollution de l’air constitue aujourd’hui l’un des principaux défis en matière de santé publique. Trafic routier, chauffage, industrie, agriculture… Les multiples sources de pollution nous exposent quotidiennement à des substances nocives pour notre santé. Leurs effets vont de la gêne respiratoire à des pathologies très lourdes comme le cancer. Comprendre les sources de pollution, la composition des polluants et leurs impacts est essentiel pour agir efficacement. Cet article fait le point sur les principaux enjeux et les actions possibles pour améliorer la qualité de l’air et protéger la santé de tous.

Qu’est-ce que la pollution de l’air ?

La pollution de l’air correspond à la présence dans l’atmosphère d’un mélange de composés gazeux et de particules en suspension, qui altèrent la qualité de l’air. Elle engendre des effets néfastes sur la santé humaine et l’environnement.
Aujourd’hui, 9 personnes sur 10 respirent un air pollué selon l’OMS. La pollution de l’air concerne donc tout le monde à des degrés divers selon les lieux et les sources d’émission.

Quelles sont les sources de pollution ?

Il existe de nombreuses sources de pollution :

  • Les sources naturelles : pollens de plantes, activité volcanique, brume de sables, embruns marins…
  • Les sources liées aux activités humaines : transports, chauffages, industries, agricultures, utilisation de pesticides, bâtiments, travaux et matériaux de construction… 

Certains endroits sont-ils plus pollués que d’autres ?

Aucun territoire n’est totalement épargné par la pollution, pas même la montagne ou les zones rurales, car les polluants se déplacent sous l’effet du vent sur des centaines voire des milliers de kilomètres. Néanmoins, les niveaux de pollution sont plus élevés à proximité directe des sources d’émission, comme les axes routiers ou les industries.

Quels sont les principaux polluants atmosphériques ?

La pollution de l’air regroupe de nombreux polluants, qui peuvent être chimiques, biologiques ou physiques.

La pollution chimique englobe des composés gazeux, tels que les composés organiques volatils (COV) et les composés inorganiques (oxydes d’azote ou de soufre, ammoniac). Ces composés peuvent également être particulaires comme les métaux, le carbone suie… Les particules en suspension forment un mélange complexe dont la composition et la concentration varient selon les sources de pollution et la distance par rapport à ces dernières.

En ce qui concerne les agents biologiques présents dans l’air, une attention particulière est portée aux pollens et moisissures d’origine végétale, en raison de leur allergénicité.

Par ailleurs, certains polluants atmosphériques font l’objet d’une surveillance réglementaire :

  • le dioxyde de soufre (SO2),
  • les oxydes d’azote (NOx), dont le dioxyde d’azote (NO2),
  • l’ozone (O3),
  • les particules en suspension (PM2,5 et PM10),
  • le monoxyde de carbone (CO),
  • le benzène (C6H6),
  • les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont le benzo[a]pyrène (B[a]P),
  • des éléments métalliques contenus dans les particules : plomb, nickel, arsenic, cadmium et mercure.

Particules grossières, particules fines, particules ultrafines… : de quoi s’agit-il ?

Les particules en suspension, PM pour particulate matter, peuvent être émises directement dans l’atmosphère (particules primaires) ou se former dans l’atmosphère à la suite de réactions chimiques entre différentes particules (particules secondaires). Cette distinction illustre la complexité des phénomènes de pollution atmosphérique.

Les particules sont définies selon leur taille et la manière dont elles sont mesurées. Plus elles sont petites, plus elles peuvent pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire.

On distingue :

  • Les PM10 : particules dont le diamètre aérodynamique médian est inférieur ou égal à 10 micromètres (µm). Elles sont plus petites que le diamètre d’un cheveu humain ou d’un grain de sable. Cette taille correspond par exemple à la taille des grains de pollens ou des spores de moisissures. Les PM10 sont principalement retenues au niveau des voies aériennes supérieures, comme le nez et la gorge, mais elles peuvent parfois atteindre les bronches.
  • Souvent assimilées aux PM10, les particules dites « grossières » correspondent plus précisément à la fraction comprise entre 2,5 µm et 10 µm (PM2,5–10). Elles constituent donc une sous-catégorie des PM10.
  • Les PM2,5 ou particules fines : particules dont le diamètre aérodynamique médian est inférieur à 2,5 micromètres (µm). Leur taille est comparable à certaines bactéries. Ces particules pénètrent profondément dans l’appareil respiratoire et peuvent atteindre les alvéoles pulmonaires voire passer dans la circulation sanguine.
  • Les particules ultrafines (PUF), également appelées nanoparticules, désignent les particules dont le diamètre considéré est le plus souvent inférieur à 0,1 µm (100 nanomètres). Leur petite taille leur permet de pénétrer directement dans les alvéoles pulmonaires. Elles peuvent traverser les parois des vaisseaux sanguins et affecter d’autres organes.

La mesure des particules dans l’air ambiant a évolué dans le temps avec les technologies développées et les connaissances sur leurs effets sur la santé. Aujourd’hui, les PM10 et PM2,5 sont suivies en France ainsi que les PUF depuis quelques années.

Quels sont les effets sur la santé de la pollution de l’air ?

40 000

C’est le nombre de personnes qui décèdent chaque année de la pollution atmosphérique en France selon Santé Publique France.

Les effets de la pollution de l’air sont connus depuis de nombreuses années. Les plus documentés concernent principalement le système respiratoire, qui est le premier à être affecté, mais aussi le système cardiovasculaire. Ces effets dépendent de la fréquence et de la durée d’exposition.

Une exposition à court terme à la pollution atmosphérique peut provoquer des symptômes d’irritation des yeux, du nez ou de la gorge, allant jusqu'à l’aggravation de pathologies chroniques telles que l’asthme ou les allergies, et parfois entrainer des complications aiguës graves, comme un infarctus du myocarde, pouvant conduire au décès.

L’exposition à long terme est responsable du développement de maladies cardiovasculaires, de maladies respiratoires chroniques et de cancers du poumon. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a d’ailleurs classé la pollution atmosphérique ainsi que les particules fines qui la composent comme cancérogènes avérés pour l’être humain. 

De plus, les études récentes montrent que la pollution de l’air peut affecter d’autres organes :

  • Le cerveau et le système nerveux (troubles cognitifs et maladies neurodégénératives),
  • La fertilité et le développement du fœtus (naissance prématurée, petit poids de naissance),
  • Le système hormonal (trouble métabolique),
  • Etc.

Des effets sur la santé sont observés même aux plus faibles concentrations, sans seuil discernable, notamment pour les particules.

Que sont les valeurs guides de l’OMS ?

Dès 1987, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a établi puis actualisé des valeurs guides pour protéger la santé des populations des effets de la pollution atmosphérique. Pour chaque polluant considéré, l’OMS recense les connaissances relatives aux effets sur la santé à court ou à long terme. La révision de ces valeurs permet de prendre en compte les nouvelles études publiées dans la littérature scientifique sur le sujet. Le dernier rapport, publié en 2021, s’est intéressé aux particules (PM10, PM2,5), au dioxyde d’azote (NO2), au dioxyde de soufre (SO2), à l’ozone (O3) et au monoxyde de carbone (CO). Par exemple, dans ce rapport, l’OMS recommande un niveau de concentration en PM10 n’excédant pas 15 µg/m3 en moyenne annuelle.

Ces valeurs guides ont servi de base à la mise en place de la réglementation européenne concernant l’évaluation et la gestion de la qualité de l’air ambiant. Cette réglementation définit un cadre pour la surveillance de la qualité de l’air dans les pays de l’Union européenne. Elle fixe des valeurs réglementaires (en moyenne annuelle, voire en période de pic de pollution), pour la protection de la santé humaine mais également pour la protection des végétaux.  

Y a-t-il des personnes plus vulnérables à la pollution de l’air ?

Les nourrissons, les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies chroniques respiratoires ou cardiovasculaires, en surpoids ou diabétiques sont plus vulnérables à la pollution atmosphérique.

Au-delà de la vulnérabilité individuelle, certains groupes sont plus exposés à la pollution en raison de leur environnement ou de leurs activités :

Quelles actions possibles pour réduire la pollution de l’air ?

L’impact sur la santé de la pollution de l’air a fait l’objet de plusieurs estimations ces dernières années jusqu’au coût économique en appui aux politique publiques pour aider à la mise en place d’actions.

A l’échelle collective :

La mise en place d’actions visant à réduire durablement la pollution atmosphérique permettrait d’améliorer de façon considérable la santé et la qualité de vie de la population.

Dès les années 1970, la pollution atmosphérique était une des principales problématiques environnementales faisant l’objet d’une politique européenne. Cette politique vise à développer et mettre en œuvre des moyens pour améliorer la qualité de l’air ambiant. Cela s’opère par exemple par la réduction des émissions dans différents secteurs d’activités, la qualité des énergies (combustibles, carburants etc.), mais également par l’évaluation et la gestion de la qualité de l'air ambiant.

La nouvelle directive européenne concernant la qualité de l’air ambiant a notamment pour objectif d’abaisser les valeurs réglementaires pour, qu’à terme, elles s’alignent sur les valeurs guides de l’OMS.

Malgré une amélioration globale de la qualité de l’air au cours des dernières décennies, les efforts doivent se poursuivre pour réduire la pollution de l’air, notamment en analysant les spécificités locales en termes de sources et de pollution.

A l’échelle individuelle :

Chaque citoyen est également acteur, et peut contribuer à améliorer la qualité de l’air. Ce sont des actions qui, multipliées par toute une population, peuvent aussi avoir un effet notable :

  • Se déplacer en transports en commun, à pied, à vélo ou covoiturer ;
  • S’équiper de matériels de chauffage performant et peu polluant et chauffer uniquement quand cela est nécessaire ;
  • Respecter l’interdiction de brûler des déchets verts…

Le changement climatique a-t-il des effets sur la pollution de l’air ? 

Le changement climatique et la pollution de l’air sont liés. En effet, certains polluants sont également des gaz à effet de serre et les conditions environnementales peuvent favoriser la formation de certains types de polluants. Par exemple :

  • Une formation d’ozone plus fréquente dans de bonnes conditions d’ensoleillement ;
  • Une augmentation et une extension géographique du risque d’incendie engendrant des concentrations plus élevées de particules fines ;
  • Un allongement de la saison des brumes de sables du Sahara, ainsi qu’une augmentation de leur fréquence et de leur intensité, à l’origine de niveaux de concentrations en particules plus élevées ;
  • Une augmentation des quantités de pollens émises, en lien avec le niveau de CO2 dans l’atmosphère, et une expansion géographique des plantes amenant de nouvelles variétés de pollens dans des régions où elles ne sont pas encore observées.
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Qualité de l’air intérieur

À la différence de la pollution de l’air extérieur, plus médiatisée, celle de l’air intérieur est restée relativement méconnue jusqu’au début des années 2000. Pourtant, nous passons en moyenne, en climat tempéré, 85 % de notre temps dans des environnements clos, et une majorité de ce temps dans l’habitat : domicile, locaux de travail ou destinés à recevoir du public, moyens de transport, dans lesquels nous pouvons être exposés à de nombreux polluants. La nature de ces polluants dépend notamment des caractéristiques du bâti, des activités et des comportements (tabac, bricolage, peinture, etc.) et ces polluants peuvent avoir des effets sur la santé et le bien-être. La qualité de l’air intérieur fait donc l’objet de préoccupations depuis plusieurs années et apparaît aujourd’hui comme un enjeu majeur de santé publique.
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