Pourquoi est-il urgent que les jeunes bougent plus ?

Oubliée la sagesse antique associant étroitement le corps et l’esprit : nos comportements d’inactivité et de sédentarité sont acquis parfois dès le plus jeune âge. Le contexte actuel est d’ailleurs particulièrement propice à l’augmentation de la sédentarité et tout particulièrement du « temps écran », avec le développement d’une offre numérique abondante et de nouvelles technologies incitant encore davantage à l’inactivité. Parce qu’être actif, ça s’apprend, c’est à tous les niveaux qu’il faut agir pour favoriser l’évolution des comportements et améliorer la qualité de vie des jeunes d’aujourd’hui et des adultes de demain.

L’adolescence, une période déterminante

Après l’enfance où l’activité physique est spontanée, un « décrochage » peut se produire au cours de l’adolescence. Ainsi, on constate aujourd’hui que 2/3 des adolescents s’exposent à un risque élevé pour la santé en pratiquant moins de 60 minutes d’activité physique et en passant plus de 2 heures devant un écran chaque jour. Le niveau de sédentarité, c’est-à-dire le temps passé assis ou allongé devant un écran de loisir, est plus élevé encore chez les jeunes issus des milieux les moins favorisés et chez les adolescents les plus âgées (15-17 ans). Des inégalités existent également entre les garçons et les filles puisque celles-ci sont moins nombreuses à pratiquer 60 minutes d’activité physique par jour. L’adolescence est pourtant une période charnière au cours de laquelle les habitudes acquises ont tendance à se pérenniser voire à s’accentuer à l’âge adulte avec des effets associés sur la santé.

Des effets sur la santé physique et mentale

Si l’activité physique conduit généralement à un bénéfice sanitaire, l’inactivité quant à elle expose assurément à un risque. En Europe, un million de décès par an serait attribuable à l’inactivité physique. Etre actif permet sans aucun doute de vivre plus longtemps, mais de vivre mieux aussi : estime de soi, baisse du niveau d’anxiété, de stress voire du risque de dépression, etc.

Les données scientifiques sont suffisamment robustes pour considérer avec attention les effets de l’activité en matière de prévention de pathologies chroniques, parmi lesquelles certains cancers. Les bénéfices s’étendent bien au-delà du simple intérêt de l’augmentation de la dépense énergétique :  effets systémiques, hormonaux ou métaboliques de l’activité physique, effets sur les rythmes circadiens et la qualité du sommeil, etc. Et, nul besoin d’atteindre des temps d’activité physique longs ni des niveaux d’intensité élevés : les bénéfices de l’activité physique existent dès les premières minutes.

« Etre actif » ce n’est pas seulement « faire du sport »

Dans son acception la plus courante, l’activité physique recouvre, à tort, la seule pratique sportive.   L’activité physique inclut certes le sport mais également tout mouvement du corps. Se déplacer à pied, jouer à des jeux de plein air, porter une charge ou encore monter ou descendre les escaliers contribuent également à l’activité physique journalière et permet différents types de sollicitation qu’il faut viser : cardio-respiratoire, renforcement musculaire, souplesse, etc. L’activité physique doit s’entendre comme intégrée à toutes les activités sociales et individuelles pour espérer en tirer les plus grands bénéfices. Ainsi, de forts enjeux apparaissent en tout contexte : milieu scolaire, loisirs, transports, etc. Ce n’est donc plus uniquement un temps exclusivement dédié à l’activité physique qu’il faut viser mais toute occasion de s’ « activer ».

Agir pour l’activité physique et la sédentarité

La sédentarité est aujourd’hui considérée distinctement de l’inactivité physique, avec ses effets propres sur la santé. Ces deux leviers sont ainsi à prendre en compte : augmenter l’activité physique et réduire les comportements sédentaires.

La réduction du temps total passé assis est visée en veillant de plus à écourter les temps de sédentarité continus par des ruptures fréquentes, en se levant, en marchant, etc. Les jeunes populations doivent faire l’objet d’une attention particulière à la fois pour des raisons physiologiques et éducatives. Permettre à l’enfant d’atteindre a minima son niveau d’activité physique spontanée contribuera à éviter de faire du comportement sédentaire un comportement acquis.

Créer un environnement favorable à l’évolution des comportements

Afin d’atteindre les objectifs individuels, de façon complémentaire, et parfois déterminante, il relève d’une responsabilité collective de proposer un environnement propice au mouvement, dans l’espace mais aussi dans le temps. Parmi les facteurs liés à l’environnement physique, le potentiel piétonnier comme l’aménagement de pistes cyclables, influencent sans aucun doute aujourd’hui favorablement les comportements. L’éducation physique et sportive dans le milieu scolaire a également un rôle majeur à jouer en donnant aux enfants puis aux adolescents le goût de l’activité physique et l’acquisition de compétences motrices qui favoriseront leur engagement dans les activités physiques à l’âge adulte

Donner une valeur sociale à l’activité physique, adopter une vision intégrée qui tienne compte de l’enfant et de l’adolescent dans son ensemble et dans sa relation à son environnement, contribuerait à la modification de ses comportements et constituerait un investissement pour son avenir.

 

Irène Margaritis est adjointe au directeur d’évaluation des risques et responsable du domaine « alimentation, santé animale et végétale » à la Direction de l’évaluation des risques de l’Anses. Professeur des Universités avec un parcours initial en physiologie. Ses travaux de recherche ont notamment porté sur les réponses adaptatives à l’activité physique, et à la nutrition du sportif.