Sandra Blaise-Boisseau, directrice de recherche au sein de l’unité Virologie du laboratoire de santé animale
Je suis responsable de l’équipe « BIOPIC » au sein de l’Unité mixte de recherche Virologie du laboratoire de santé animale. Notre équipe mène des activités de référence et de recherches sur les picornavirus, et en particulier le virus de la fièvre aphteuse.
Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire ce métier ?
J’ai toujours été passionnée par la biologie et les animaux. Enfant, j’étais fascinée par l’émission Il était une fois la vie et je voulais devenir vétérinaire. Une fois à la Fac, j’ai opté pour un magistère de génétique. J’ai pu faire un premier stage de recherche en Licence puis j’ai passé cinq mois aux Pays-Bas dans le cadre d’un programme Erasmus. Ces deux expériences m’ont donné envie de continuer à faire de la recherche. C’est suite à mon stage de DEA (Diplôme d'études approfondies, aujourd’hui Master 2) puis mon doctorat qui alliait génétique, cancérologie et étude des rétrovirus endogènes humains (séquences virales présentes dans le génome humain, traces d’infections anciennes) que je me suis orientée vers la virologie. Après une première expérience postdoctorale à l’Institut Pasteur, dans l’équipe du professeure Françoise Barré-Sinoussi pour travailler sur la transmission mère-enfant du VIH, j’ai été recrutée à l’Anses. Travailler au laboratoire de santé animale réunit finalement mon intérêt pour la santé animale, la recherche et la virologie !
De quoi es-tu la plus fière professionnellement ?
D’avoir obtenu le financement d’un projet ICRAD (International coordination of research on infectious animal diseases) en 2020 et de l’avoir coordonné. Cet appel à projet européen a été publié début 2020. Le temps de réunir les partenaires avec lesquels nous souhaitions travailler, le premier confinement a débuté. Mes enfants avaient alors 8 et 12 ans, j’ai écrit la réponse à cet appel à projet le soir tard voire très tard ! Nous avons eu une réponse positive à cette première étape de sélection en juin, il fallait envoyer une proposition complète pour début août. C’était en plein pendant mes vacances, j’y ai de nouveau passé de longues soirées et quelques nuits. Heureusement j’étais soutenue par mes partenaires du projet et ma famille comprenait l’enjeu.
C’était la première fois que je coordonnais un projet de cette envergure. Cela m’a donné davantage confiance en moi et l’envie de passer mon habilitation à diriger des recherches. Le financement n’a pas été simple à obtenir mais ce projet « FMDV_PersIstOmics » a permis de mener des recherches pour mieux comprendre pourquoi le virus de la fièvre aphteuse persiste chez la moitié des ruminants infectés après guérison clinique.
Quels conseils donnerais-tu à une jeune fille qui veut faire une carrière scientifique ?
L’accès des femmes aux études et aux métiers scientifiques me tient particulièrement à cœur. Je suis mentore pour l’association Femmes & sciences depuis 2020. Chaque année j’accompagne une doctorante et j’interviens également dans des collèges ou lycées pour valoriser et promouvoir les carrières scientifiques et techniques auprès des femmes et déconstruire les stéréotypes de genre
Le conseil que je donnerais en premier lieu est de travailler sa confiance en soi, de garder sa curiosité et sa capacité d’étonnement, tout en sachant aussi se remettre en cause. Persévérance, rigueur et opiniâtreté sont aussi des atouts pour s’engager dans une carrière scientifique. Pour cela il faut s’inspirer de toutes ces femmes qui ont fait avancer la science. Il est aussi important de se rappeler ce qui nous passionne, nous anime, cela aide dans les moments de doute et s’entourer de personnes bienveillantes qui nous encouragent et nous font avancer, évoluer.
As-tu des modèles de femmes qui t’inspirent ?
Oui, j’en ai trois, pas uniquement en sciences. La première est Simone Veil, pour son parcours, ses combats et la liberté qu’elle a donné aux femmes. La seconde est Joséphine Backer, également pour son parcours de vie, son combat contre le racisme et car elle était une danseuse formidable, la danse étant ma passion, mon exutoire. Et enfin Françoise Barré-Sinoussi, codécouvreuse du VIH et prix Nobel de médecine, avec qui j’ai eu la chance de travailler à l’Institut Pasteur, pour son engagement scientifique et humain.