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marianne anses

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Mis à jour le 05/01/2021

La lutte anti-vectorielle, des stratégies multiples contre les vecteurs

Mots-clés : Lutte anti-vectorielle (LAV), Insecticides, Biocides, Moustiques, Vecteurs

Les maladies d’origine vectorielle comme le paludisme, la dengue ou la fièvre à virus Zika, sont responsables de plus d’un million de décès chaque année dans le monde. Elles sont transmises par des arthropodes vecteurs. Pour lutter contre ces maladies, il n’existe le plus souvent pas de vaccin et aucun traitement spécifique. La lutte contre les insectes qui les véhiculent est donc la principale solution. Dans le cadre des demandes d’autorisation de mise sur le marché, l’Anses évalue l’efficacité des biocides (insecticides et acaricides) et les risques liés à leur utilisation. Elle finance également des recherches pour trouver d’autres moyens de lutte contre les insectes vecteurs. 

Paludisme, dengue, chikungunya ou fièvre à virus Zika, avec les changements climatiques et la mondialisation, les maladies provoquées par des agents infectieux transmis par des arthropodes, notamment des moustiques, réapparaissent depuis plusieurs années. Le moustique tigre, vecteur de plusieurs virus, est arrivé en Métropole en 2004 et des cas importés ou autochtones de dengue, de chikungunya et de Zika y sont régulièrement détectés. Dans ce contexte et en l’absence de vaccin et de traitement spécifiques contre ces maladies, la lutte contre les moustiques transmettant les virus responsables de ces maladies reste le principal moyen d’action. Cette lutte passe par la mise en œuvre de différentes stratégies combinant moyens chimiques et non chimiques

Les insecticides, une solution avec des limites  

L’usage répétitif d’une même substance insecticide donne un avantage sélectif aux moustiques résistants qui peuvent proliférer. Diverses substances actives anciennement utilisées ont été jugées dangereuses pour l’Homme ou l’environnement et ont été progressivement retirées du marché. Aujourd’hui, en France, très peu de substances actives sont utilisées en lutte antivectiorielle. Les traitements se concentrent essentiellement autour d’une substance active ciblant les larves de moustiques, le Bti, et d’une autre ciblant les moustiques adultes, la deltaméthrine. Or, l’usage massif de la deltaméthrine, sans alternance avec d’autres substances actives, a conduit à l’apparition de résistances des moustiques dans les départements d’Outre-Mer. D’autres substances et moyens de lutte sont donc à développer. 
 

L’Anses impliquée dans l’identification de nouvelles substances contre les vecteurs    

L’utilisation en France des produits biocides, dont font partie les insecticides, est encadrée par une réglementation européenne. L’Anses est chargée d’évaluer les produits biocides selon cette réglementation et de délivrer les autorisations de mise sur le marché. Afin d’identifier de potentielles alternatives qui conduiraient à diversifier les produits utilisables en lutte antivectorielle, l’Anses a entrepris depuis plusieurs années un inventaire des substances actives ayant une activité rapportée ou supposée sur les moustiques et leur famille, ainsi que sur les insectes piqueurs (mouches, taons). Au total, 129 substances ont ainsi été identifiées. Ces molécules ont ensuite été comparées selon des critères de toxicité, d’écotoxicité et de contamination de l’environnement. Cette analyse a abouti en 2012 à la sélection de 32 substances actives, potentiellement utilisables contre les moustiques adultes ou les larves, et sur lesquelles l’Agence recommandait que les efforts de recherche et de développement portent plus particulièrement. En 2016, cet inventaire a été mis à jour à la lueur de l’encadrement règlementaire européen et de leur possible utilisation à moyen-terme en France. L’Agence a également produit plusieurs avis et rapports, sur l’usage de moustiquaires imprégnées, lors des épidémies de chikungunya en 2006 et de fièvre à virus Zika en 2016. 

Les méthodes non chimiques, à utiliser en première intention

Pour éviter l’apparition de résistance et limiter les impacts des produits sur l’Homme et l’environnement, les méthodes non chimiques sont à privilégier dans la mesure du possible. Les traitements à l’aide d’insecticides adulticides doivent rester des moyens ponctuels, destinés à éviter la propagation de la maladie autour des foyers de contamination dans un cadre bien défini, en fonction notamment du contexte épidémiologique et des conditions locales. L’Anses recommande que leur utilisation s’effectue dans le cadre d’une stratégie de lutte intégrée, combinant plusieurs approches, parmi lesquelles :

  • La mobilisation sociale et l’éducation du public, afin de faire connaître les bonnes pratiques pour lutter contre les moustiques et les maladies vectorielles. L’objectif est d’induire un changement de comportement durable, pour maintenir les mesures de prévention contre les piqures de moustiques, comme la lutte mécanique.
  • La lutte mécanique : elle peut viser les larves, en éliminant l’eau stagnante, dans lesquels les moustiques peuvent pondre, comme par exemple dans les pots de fleurs, les récipients ou les pneus usagés. La lutte mécanique peut également viser les moustiques adultes, avec la pose de pièges. 
  • La prévention contre les piqûres de moustiques, qui passe essentiellement par des protections individuelles. Il est ainsi recommandé, en premier lieu, de porter des vêtements amples et couvrants et de dormir sous des moustiquaires. Si ces mesures non chimiques sont insuffisantes, il est conseillé d’appliquer des produits répulsifs adaptés sur la peau ou les vêtements, en privilégiant les produits disposant d’une autorisation de mise sur le marché, et en suivant les instructions d’emploi, ainsi que de recourir à l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide.

D’autres méthodes innovantes sont étudiées. L’Anses a financé des études sur des alternatives aux insecticides. Il est notamment envisagé l’utilisation de bactéries ou de virus qui tuent les moustiques. Des essais de lâchers de moustiques mâles qui ne peuvent pas produire de descendance, soit parce qu’ils ont été rendus stériles, soit parce qu’ils sont porteurs de bactéries qui les rendent incompatibles avec les femelles, sont également mis en œuvre.