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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
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Mis à jour le 02/06/2016

Moyens de protection des travailleurs aux fibres courtes et fibres fines d’amiante

Etat des lieux sur les connaissances et obligations relatives aux équipements de protection collective et individuelle amiante

Mots-clés : Amiante, Mésothéliome, Equipements de protection individuelle (EPI), Travail

Dans ses travaux de 2009 sur les fibres courtes et fibres fines d’amiante, l’Agence recommandait notamment une réévaluation des équipements de protection collective et individuelle afin d’apprécier leur efficacité de ces deux types de fibres. 

L’Agence a publié en février 2009 un rapport d’expertise collective et émis un avis relatif aux fibres courtes (fibre de longueur < 5µm, de diamètre < 3µm et de ratio L/D ≥ 3) et fibres fines (FFA : fibre de longueur ≥ 5µm, de diamètre < 0,2 µm et de ratio L/D ≥ 3) d’amiante.

Concernant l’environnement professionnel, les recommandations de ce rapport indiquent principalement la nécessité de prendre en compte lesfibres fines d'amiante dont la cancérogénicité a été confirmée dans l’expertise et pour cela de remplacer la méthode de comptage des fibres par microscopie optique à contraste de phase par la microscopie électronique à transmission analytique (META).

L’Agence, dans son avis, a également recommandé une réévaluation des équipements de protection collective et individuelle afin d’apprécier leur efficacité vis-à-vis de ces deux types de fibres.

Suite à ce travail, l’Agence a été saisie par le ministère chargé du travail en mars 2009 afin qu’elle évalue l’efficacité des moyens de protection collective et des équipements de protection individuelle vis-à-vis de l’exposition des travailleurs aux fibres courtes et aux fibres fines d’amiante. Il s’agissait de mener trois types de travaux différents :

  • un recensement des moyens de protection collective et des équipements de protection individuelle existants en milieu professionnel pour se protéger de l’amiante ;
  • une évaluation de leur efficacité vis-à-vis des différentes fibres d’amiante (FFA, FCA) en indiquant leurs éventuelles limites ; 
  • une définition des types d’équipement de protection individuelle adaptés en fonction :
  • de la durée des activités et du port de ces équipements,
  • des niveaux d’empoussièrement rencontrés,
  • des techniques employées,
  • de la nature des opérations,
  • des nouvelles valeurs limites d’exposition à respecter,
  • des facteurs de protection des EPI.

Dans la mesure où les essais normalisés permettant d’évaluer les performances des équipements de protection individuelle sur le marché sont réalisés avec des aérosols de chlorure de sodium dont la taille est représentative de la taille des particules les plus pénétrantes (dite en anglais MPPS : most penetrating particle size), il a été jugé indispensable, préalablement à tout travail d’évaluation, de déterminer si les fibres d’amiante (toutes fibres confondues : FFA, FCA et OMS- fibre de longueur ≥ 5µm, de diamètre compris entre 0,2 et 3 µm et de ratio L/D ≥ 3 (Afsset, 2009)) pouvaient être assimilées à ces aérosols de chlorure de sodium, en ce qui concerne leur comportement à la filtration.

D’autre part, la problématique de l’efficacité des EPI vis-à-vis de l’amiante devait être mieux cernée en identifiant les différents facteurs pouvant influer sur leur efficacité.

 

Méthode de travail

Il a donc été proposé de réaliser un état des lieux technique sur les connaissances et obligations relatives aux équipements de protection collective et individuelle. Ce travail comprend :

  • le recensement des exigences réglementaires en matière de protection collective et individuelle vis-à-vis de l’amiante ;
  • le recensement des normes d’exigences portant sur ces équipements de protection contre l’amiante ;
  • un recensement des équipements de protection collective et des équipements de protection individuelle utilisables en milieu de travail dans le domaine de l’amiante ;
  • une synthèse bibliographique sur l’efficacité des équipements de protection (collective et individuelle) vis-à-vis de l’amiante afin d’identifier :
  • les paramètres ayant un rôle prépondérant dans l’efficacité des équipements de protection individuelle (fuite vers l’intérieur, pénétration du filtre, etc.…) ;
  • les différents facteurs pouvant influer sur l’efficacité des équipements de protection collective (EPC) et des équipements de protection individuelle (EPI) ;
  • les études réalisées afin d’évaluer spécifiquement l’efficacité des EPI vis-à-vis de l’amiante (essais normatifs et essais de terrain) ; les publications traitant de la pertinence de l’assimilation des fibres d’amiante à des particules MPPS, c'est-à-dire traitant de la comparaison des niveaux d’efficacité de protection déterminée avec des fibres d’amiante par rapport aux niveaux de protection obtenus avec un aérosol de particules MPPS.

 

Résultats

Ce rapport, qui recense les exigences réglementaires relatives à l’amiante en matière de moyens de protection collective et d’équipements de protection individuelle sur les lieux de travail ainsi que les normes d’exigences portant sur l’ensemble de ces dispositifs de protection, a permis de mettre en évidence les points suivants :

  • il existe actuellement une distinction entre la réglementation concernant le retrait de matériaux contenant de l’amiante friable et le retrait de matériaux contenant de l’amiante non friable, notamment en ce qui concerne les mesures à mettre en œuvre (en termes de confinement et de moyens de protection). La question de la pertinence de cette distinction mérite d’être posée à l’issue de ce rapport mais nécessite, pour pouvoir y répondre, de disposer des niveaux d’exposition lors de travaux exposant à ces deux types d’amiante ; 
  •  il existe des différences dans les méthodes mises en œuvre dans les essais permettant d’évaluer la pénétration des filtres : d’une part pour les filtres à particules à très haute efficacité utilisés dans les systèmes de ventilation et d’autre part pour les filtres des appareils de protection respiratoire. La question de l’application de la démarche, qui consiste à rechercher au préalable la taille des particules pour laquelle la pénétration est maximale avant d’effectuer les essais d’évaluation de la pénétration, mérite d’être examinée dans le cadre des essais de certification des appareils de protection respiratoire; 
  • les essais normatifs de certification pour la mise sur le marché des appareils de protection respiratoire mettent en œuvre un aérosol de chlorure de sodium et utilise la photométrie de flamme comme technique de mesure analytique. Cette technique, qui consiste à mesurer la concentration pondérale des particules, sous-estime par conséquent la contribution des particules les plus fines lors de l’évaluation de la pénétration des filtres utilisés sur les appareils de protection respiratoire. Ainsi pour les fibres d’amiante, dont la pathogénicité est liée au nombre de fibres plutôt qu’à la masse de fibres inhalées, il pourrait se révéler plus judicieux d’adopter une approche de détermination en nombre de particules plutôt qu’en masse.

En ce qui concerne la pertinence de déduire l’efficacité de protection dans les conditions réelles d’utilisation à partir de celles établies par les essais normatifs, il résulte que même si les essais normatifs prennent en considération les facteurs prépondérants dans l’efficacité de protection des équipements de protection collective et appareils de protection respiratoire, certains auteurs recommandent que les essais de pénétration du filtre soient réalisés à des débits ventilatoires plus importants, permettant de mieux simuler le débit respiratoire lors d’une charge de travail intense.

Il convient, par ailleurs, de rappeler que la pénétration du filtre est une composante parmi les sources possibles de fuite vers l’intérieur des appareils de protection respiratoire et qu’elle ne contribue que très peu à la fuite totale vers l’intérieur (la fuite principale étant la fuite au visage). Ainsi, même si les performances des filtres s’améliorent, il n’en reste pas moins que le problème de l’étanchéité au visage demeure et que ce phénomène est encore actuellement peu étudié en situation réelle (plusieurs auteurs s’attachent à étudier des fuites induites (percement de la pièce faciale, valve défectueuse, etc….) mais ne s’attachent pas à étudier les caractéristiques de la fuite au visage. Le niveau de protection offert par un appareil de protection respiratoire nécessitant un ajustement au visage (masque, ½ masque, etc..) pourrait être amélioré en vérifiant cet ajustement par la mesure du facteur d’ajustement. De nombreuses études soulignent l’amélioration apportée par cette vérification préalable et par la mise en place d’un programme de protection respiratoire tel que décrit par la norme NF EN 529.

Ainsi, toutes les études visant à déterminer l’efficacité de protection en situation réelle d’utilisation (exposition à l’amiante ou autres particules) mettent en évidence le fait que le niveau de protection offert par l’appareil de protection respiratoire est inférieur au niveau déterminé par les essais normatifs. Les facteurs de protection nominaux, déduits des essais normatifs, ne sont donc pas représentatifs du niveau de protection offert par l’appareil de protection respiratoire en situation réelle.

En ce qui concerne la vérification de l’efficacité des équipements de protection collective et des équipements de protection individuelle vis-à-vis des fibres fines et fibres courtes d’amiante, il semble que l’efficacité de protection des appareils de protection respiratoire dépende de la granulométrie de l’aérosol, plutôt que de la forme fibreuse de l’aérosol. Il s’agit donc d’évaluer la pertinence de réévaluer les facteurs de protection des appareils de protection respiratoire vis-à-vis d’un aérosol de particules de granulométrie similaire à celle des fibres fines et fibres courtes d’amiante.