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marianne anses

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Mis à jour le 09/07/2021

Que sont les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST)?

Mots-clés : Prions (maladies à), EST (Encéphalopathies spongiformes transmissibles), Maladies animales, Santé animale

Les encéphalopathies spongiformes transmissibles, ou maladies à prion, sont des maladies humaines et animales, affectant le système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Certaines d’entre elles peuvent être transmises par voie alimentaire. Elles sont induites par des prions,  particulièrement résistants aux procédés classiques désinfection. Ces maladies sont toujours mortelles et aucun traitement n’existe encore à ce jour.

Que sont les EST ?

Les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST), ou maladies à prion, sont des maladies neurodégénératives affectant le système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Elles touchent certaines espèces animales (bovins, ovins, caprins, félins, visons, cervidés, camélidés), ainsi que l'homme. Elles sont provoquées par des prions, aussi appelés par le passé « agents transmissibles non conventionnels (ATNC) », par opposition aux agents biologiques classiques (bactéries, virus, parasites, moisissures).   

Les prions (acronyme de Proteinaceous Infectious Only Particle) sont constitués d’une protéine particulière, la protéine PrP. Au cours d’une EST, la forme normale de cette protéine subit des changements de forme majeurs et devient pathologique. Une fois le processus initié, elle est capable de transmettre cette anomalie à d’autres molécules PrP, cette anomalie se propageant dans l’organisme atteint, principalement dans le système nerveux central. 
Les prions sont particulièrement résistants aux procédés classiques d'inactivation, comme la température. Les EST sont toujours fatales et aucun traitement thérapeutique n’existe encore à ce jour.

Les EST sont caractérisées par une longue période d'incubation (en général plusieurs années, jusqu'à 40 ans chez l'homme). Les lésions observées sont localisées dans le cerveau et forment des cavités au sein des neurones, d’où le caractère spongiforme de ces maladies. 
Certaines des EST peuvent se transmettre par voie alimentaire. Ainsi, la maladie de la vache folle (ESB), sous sa forme classique, était liée à l'ingestion par les bovins de farines animales contaminées qui étaient utilisées dans leur alimentation. Chez l'homme, la variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob est causée par l'agent de l'ESB transmis par la consommation de tissus, en particulier nerveux, d’animaux infectés.
 

Les différents types d’EST

Chez l’homme

  • La maladie de Creutzfeldt-Jakob

Cette maladie, décrite depuis 1920, existe sous forme de cas isolés (les plus fréquents, sans cause apparente), génétiques (mutations dans la séquence du gène de la protéine prion), ou iatrogènes (contamination via une greffe, une intervention chirurgicale touchant le système nerveux central, ou l'utilisation d'hormone de croissance humaine contaminée, aujourd’hui interdite).

  • La variante de la maladie de Creutzfeldt Jakob (vMCJ).

Identifiée en 1996 chez des patients anormalement jeunes et manifestant des signes cliniques distincts des formes classiques de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, cette EST est la résultante de la contamination de l'homme par l'agent de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB).

  • d'autres EST humaines

Le Kuru (Papouasie Nouvelle Guinée), le syndrome de Gerstmann-Sträussler-Scheinker, ou encore l'Insomnie fatale familiale ont été décrites.

 

Chez l'animal

  • L'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB)
    • L’ESB classique

Identifiée pour la première fois en 1986 au Royaume-uni, le nombre de bovins atteint a ensuite évolué de façon spectaculaire au Royaume-Uni jusqu'à un maximum en 1992, avec 37 280 bovins atteints identifiés pour cette seule année. Cette maladie a touché le reste de l'Europe, puis certains autres pays (Japon, États-Unis, Canada) sans pour autant atteindre la dimension de l'épizootie britannique. Les études épidémiologiques ont rapidement identifié que l'agent de cette maladie se transmettait par l'intermédiaire de farines de viande et d'os (FVO) contaminées, introduites dans l'alimentation des bovins.

  • L’ESB atypique

De 1986 à 2004, on a cru que l’agent de l'ESB était unique avec une signature biochimique du prion invariable chez tous les cas détectés. En 2004, deux nouveaux profils biochimiques ont pourtant été mis en évidence, correspondant à ce qui a été appelé par la suite l'ESB atypique. Peu de données scientifiques concernant la répartition de ce prion dans les tissus de ces animaux ou l'épidémiologie de ces formes sont disponibles. L’apparition régulière de ce type de cas à très faible fréquence suggère qu’ils pourraient être spontanés.

 

  • La tremblante du mouton et de la chèvre

La tremblante est une EST commune aux ovins et aux caprins, décrite depuis le XVIIIème siècle et présente dans de très nombreux pays. Historiquement, c'est la première EST pour laquelle le caractère transmissible chez les animaux a pu être établi en 1936. On distingue :

  • la tremblante classique

La tremblante, qualifiée de «classique» depuis la découverte de la tremblante atypique, regroupe de multiples souches distinctes. Celles-ci peuvent être différenciées par les techniques biochimiques (recherche de la PrPres et analyses de ses propriétés) ou par inoculation à l'animal de laboratoire (temps d'incubation différent, variations de la répartition des lésions au sein même du système nerveux central). On a découvert que certains moutons présentaient une résistance naturelle à la tremblante classique. Cette résistance naturelle est utilisée dans le cadre d’un plan national d’amélioration génétique pour lutter contre la tremblante classique.

La transmission de la maladie en conditions d'élevage peut se faire entre les animaux (mode horizontal), ou d'une génération à l'autre (mode vertical).

  • la tremblante atypique

Identifiée depuis une dizaine d'années chez les ovins et caprins, elle est maintenant décrite dans de nombreux pays depuis la mise en place des programmes de surveillance active.

Les propriétés biochimiques de la protéine anormale associée à cette maladie semblent identiques chez tous les animaux détectés sur le terrain et bien distinctes de celles mises en évidence avec les souches de tremblante classique.

L'agent de cette maladie semble peu ou pas contagieux en conditions d'élevage.

  • L'ESB chez les petits ruminants.

Les petits ruminants, comme les bovins, ont été exposés à des farines animales contaminées par le biais de leur alimentation. Par ailleurs l’agent de l’ESB est transmissible expérimentalement par voie orale aux petits ruminants. En France, un seul cas a été décrit chez la chèvre en 2005 (un seul cas a été décrit en Ecosse ultérieurement). Malgré un renforcement du dépistage au cours des années 2005 (pour les caprins) et 2006 (pour les ovins), aucun autre cas n'a pu être détecté sur le territoire. La prévalence de cette maladie dans la population de petits ruminants semble être extrêmement faible.

  • Autres EST animales

D’autres EST animales ont été décrites par le passé, comme l'encéphalopathie spongiforme du vison, ou l'encéphalopathie spongiforme féline (résultante de la transmission de l'agent de l'ESB via l'alimentation). La maladie du dépérissement chronique affectant certaines espèces de cervidés est connue depuis les années 60 en Amérique du nord. Des nouveaux cas de cette maladie ont été rapportés chez des rennes, des élans et un cerf élaphe en Europe du nord (Norvège, Suède et Finlande) depuis 2016. Enfin, une nouvelle EST a été identifiée en 2018 chez les dromadaires, en Algérie et en Tunisie. 

Principales mesures de gestions du risque liés aux EST animales

En France, l'interdiction des farines de viande et d'os pour l'alimentation des bovins a été instaurée en juillet 1990. Elle a ensuite été étendue à l'ensemble des ruminants en juin 1994. En juillet 1996, les tissus les plus à risque (matériels à risque spécifiés ou MRS, cadavres) étaient exclus de la fabrication de ces farines destinées aux autres espèces (porcs et volailles). Un traitement thermique sous pression a été instauré à partir de 1998 afin de réduire l'infectiosité potentielle de ces farines.

Malgré cela, d'autres bovins, nés après la mise en place de ces mesures, ont développé l'ESB. Ces cas résultent d’un manque de rigueur dans l’application des mesures réglementaires et/ou de contaminations croisées entre les filières d'alimentation des bovins avec les autres filières qui pouvaient encore légalement utiliser les farines animales (porc volailles). Pour y remédier, les mesures d'interdiction des farines animales ont été étendues à toutes les espèces de rente, à la fin de l'année 2000 en France, précédent de quelques mois l’interdiction au niveau européen.
Depuis le début des années 2000  les principales mesures communautaires de gestion s’articulent autour de plusieurs axes :  

  • Interdictions de l’utilisation de protéines animales transformées en alimentation animale :

Les protéines animales transformées sont issues de carcasses d’animaux propres à la consommation humaine. Elles ont été interdites pour l’alimentation des animaux d’élevage en Europe en 2001. Depuis 2013, les PAT de porcs et de volailles ont été ré-autorisées pour l’aquaculture. La Commission Européenne prévoit également de réautoriser les PAT de porcs pour l’alimentation des volailles et inversement. 

  • Le retrait des matériels à risque spécifiés :

Ce sont des tissus dans lesquels la présence de prion est la plus importante chez un animal infecté (par exemple le système nerveux central). Ils sont systématiquement retirés de chaque carcasse abattue et détruits. 

  • La surveillance des EST :

L’utilisation de tests rapides de diagnostic de l’ESB a été instaurée à la fin de l’année 2000 sur les bovins abattus en abattoir et à l’équarrissage. Ce dispositif de surveillance dite « active » permet de suivre l’évolution de l’épizootie d’ESB, car la plupart des cas n’étaient pas détectés par la simple surveillance des cas cliniques (surveillance passive).  En 2002, une surveillance active a été mise en place pour les petits ruminants. Réalisée sur un échantillon des populations ovine et caprine, elle permet de suivre les évolutions des prévalences des différentes ESST ovines et caprines, comme la tremblante.

  • La police sanitaire :

Lorsque qu’un cas d’ESB ou de tremblante est détecté, des mesures spécifiques de surveillance ou de gestion s’appliquent dans le troupeaux dont l’animal est issu :

- Pour les troupeaux bovins, les animaux ayant un âge proche du cas détecté ont potentiellement reçu la même alimentation contaminée. Ces animaux sont donc abattus et écartés de la consommation.

- Pour les troupeaux de petits ruminants, des mesures différentes sont appliquées en fonction de l’historique du cas (né dans le troupeau ou nomade), de la sensibilité génétique des animaux à l’infection, et de la nature de la souche d’EST identifiée.

Quel est le rôle de l’Anses ?

La production d’expertise

L'Anses, appuyée par ses collectifs d’experts, apporte aux autorités compétentes l'expertise scientifique et technique nécessaire à la prise de décision sur les EST. Elle a ainsi rendu plusieurs expertises d’évaluation du risque liés aux EST, par exemple :  

Un mandat de référence national

Par ailleurs, le laboratoire Anses de Lyon détient le mandat de laboratoire national de référence sur les EST animales. Il est ainsi garant des techniques mises en œuvre pour diagnostiquer les EST chez les animaux et conduit des recherches sur cette thématique ( émergence de souches, maladies du dépérissement chroniques des cervidés…).