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Surveillance de la qualité des eaux de consommation et protection de la santé humaine : l’Anses propose une méthode pour identifier les métabolites de pesticides pertinents

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Actualité du 11/04/2019

Les pesticides diffusent dans les milieux naturels où ils peuvent s’y transformer en une ou plusieurs autre molécule appelée "métabolite". Ces métabolites chimiques sont susceptibles de contaminer les ressources en eau, voire l’eau distribuée au consommateur. Les contrôles de qualité des eaux révèlent de plus en plus de situations de dépassement des limites de qualité réglementaires nécessitant des mesures de gestion avant distribution. Afin de répondre à ces enjeux, la Direction générale de la santé a saisi l’Anses pour définir une méthodologie permettant d’identifier les métabolites pertinents réglementés par la directive relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH). L’Anses propose ainsi aux autorités de gestion une méthode pour identifier, parmi les métabolites de pesticides, ceux qui devront faire l’objet d’une attention prioritaire au regard des enjeux sanitaires associés à la consommation de l’eau de boisson.

Au contact des différents milieux dans lesquels ils diffusent, les pesticides peuvent se dégrader en métabolites, en fonction de leurs caractéristiques et des conditions physico-chimiques qu’ils rencontrent. Ces métabolites peuvent s’accumuler dans les différents compartiments de l’environnement : sols, eaux de surface et eaux souterraines, sédiments, plantes, atmosphère, et sont susceptibles de contaminer les ressources en eau, voire les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH).

 

Cadre réglementaire encadrant les métabolites de pesticides dans les EDCH

La présence des résidus de pesticides et de leurs métabolites dans l’eau potable est encadrée par une directive européenne 98/83/CE, déclinée en droit national, incluant un suivi permanent de la qualité sanitaire de l’eau de consommation. Cette directive européenne fixe des limites de qualité (qui ne correspondent pas à des seuils sanitaires) pour les pesticides et leurs métabolites pertinents : 0,1 µg/L par substance individuelle et 0,5 µg/L pour la somme de ces molécules. Cependant, elle ne définit pas ce qu’est un métabolite pertinent (1). De ce fait, les autorités sanitaires françaises ont jusqu’à présent considéré que tout métabolite de pesticide détecté dans les EDCH doit respecter la limite de qualité de 0,1 µg/L.

Pour protéger la santé humaine, le contrôle sanitaire de la qualité des EDCH mis en œuvre par les Agences régionales de santé (ARS) a évolué en termes de nombre de substances recherchées et en terme de performance des méthodes d’analyse. Ainsi, en France, ce sont près de 700 substances et une quarantaine de métabolites (2) qui font l’objet de contrôles périodiques dans les EDCH. Plus de 3 millions de résultats d’analyse sont ainsi produits chaque année.

Dans le cadre de ces contrôles, des résidus de pesticides ou des métabolites sont détectés au-delà des limites de qualité dans différentes situations locales. En situation de dépassement de la limite de qualité, la réglementation prévoit des actions de gestion d’un coût et d’une complexité variables (interconnexion, dilution, traitement renforcé avant distribution, protection accrue de la ressource, etc.) en vue de rétablir la conformité de l’eau à la limite de qualité (soit 0,1 µg/L pour chaque métabolite pertinent).

 

Une méthodologie d’identification dans les EDCH des métabolites pertinents au regard des risques pour la santé des consommateurs

Afin de concentrer les mesures de gestion sur les situations prioritaires, la Direction générale de la santé a saisi l’Anses pour établir une méthodologie permettant d'identifier les métabolites pertinents dans les eaux de consommation.

La démarche se fonde sur une définition de la pertinence visant la protection de la santé. L’évaluation de la pertinence d’un métabolite dans les EDCH comprend plusieurs étapes d’examen des effets potentiels pour la santé (génotoxicité, toxicité pour la reproduction, cancérogénicité, perturbation endocrinienne), ainsi que du potentiel de transformation dans la filière de traitement d’un métabolite de pesticide en un produit dangereux pour la santé humaine.

Cette méthodologie peut s’appliquer à tout métabolite quantifiable dans les EDCH. Elle est destinée à être mise en œuvre dans le cadre d’une expertise scientifique collective de l’Anses, en s’appuyant sur les données disponibles (dossiers d’homologation, littérature scientifique…).

 

Application de la méthodologie

Afin de tester la méthodologie proposée, huit métabolites ont été évalués. Ces huit molécules sont des métabolites d’herbicides issus de quatre substances actives (dont 2 ne sont plus autorisées). Parmi les huit molécules, cinq métabolites (3) ont été classés « non pertinents pour les EDCH», et trois métabolites (4) ont été classés « pertinents pour les EDCH ».

Pour les métabolites évalués « pertinents », les limites de qualité en vigueur (0,1 µg/L et 0,5 µg/L) continueront de s’appliquer. Pour les métabolites évalués « non pertinents pour les EDCH », l’expertise a proposé une valeur seuil adaptée (0,9 µg/L), en s’appuyant sur le seuil de préoccupation toxicologique (« threshold of toxicological concern » ou TTC EFSA/OMS 2016).

Enfin, l’Anses indique que le classement de la pertinence pour les EDCH est susceptible d’évoluer avec les connaissances scientifiques disponibles (ré-évaluation de substances actives, nouvelles données disponibles, etc.). De la même façon, l’évolution des connaissances vis-à-vis de nouveaux dangers, et/ou l’évolution des méthodologies d’évaluation est susceptible de conduire à réviser la méthode proposée.

 

(1) Seul le règlement européen 1107/2009 fixant les conditions de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques (PPP) définit la notion de métabolites pertinents. Cette pertinence est établie uniquement pour les métabolites présents dans les eaux souterraines, selon des critères relatifs à l’activité « pesticide » et toxicologiques, et se définit en comparaison avec les propriétés de la substance mère.

(2) Données DGS issues du contrôle sanitaire en 2015

(3) l’alachlore ESA, l’acétochlore ESA, l’acétochlore OXA, le métazachlore ESA et le métazachlore OXA

(4) l’alachlore OXA, le métolachlore ESA et le métolachlore OXA