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Pourquoi l’Anses a-t-elle réévalué les AMM des produits à base du cuivre ?

L’Anses a examiné les demandes d’AMM déposées par les firmes suite à la réapprobation des composés du cuivre au niveau européen en 2018. En effet, la législation de l'Union européenne impose la réévaluation des produits après chaque réapprobation d’une substance active. Cette réévaluation doit intégrer les nouvelles exigences réglementaires et les évolutions méthodologiques intervenues depuis la précédente autorisation. En tant qu’autorité compétente pour la France, l’Anses a donc examiné chaque dossier de demande ou de renouvellement d’AMM au regard :

  • des nouvelles données fournies par les firmes
  • des nouvelles exigences imposées par la législation européenne concernant le cuivre.

Pourquoi les conditions d’emploi ont-elles autant évolué ?

Certaines AMM étaient anciennes, délivrées avant que la mission de délivrance des autorisations ne soit confiée à l’Anses en 2015. Les exigences scientifiques et réglementaires encadrant la délivrance initiale des AMM ont fortement évolué depuis plus de 10 ans. Par ailleurs, le règlement européen d’approbation de 2018 impose de nouvelles conditions en raison des risques des composés du cuivre pour l’Homme et l’environnement. Des mesures d'atténuation des risques ont été formulées pour certains travailleurs et les quantités maximales applicables ont été limitées. L’Agence a pris en compte l’ensemble de ces exigences dans ses décisions dans les AMM.

En outre, depuis plus de 10 ans les composés du cuivre sont classés comme « substance candidate à la substitution » au titre du règlement (CE) n°1107/2009, en raison de leur persistance dans les sols et de leur toxicité pour les organismes aquatiques. Ce statut implique l’examen des alternatives disponibles et renforce le niveau d’exigence applicable lors des évaluations.

Pourquoi constate-t-on un écart entre certaines conditions d’emploi des AMM et les usages réels sur le terrain ?

L’Anses a évalué les demandes d’AMM pour les usages, doses apportées et nombres d’application qui étaient demandés et documentés dans le dossier déposé par chaque entreprise. Ce n’est donc pas l’Anses qui a déterminé les doses et le nombre d’applications des produits.

L’Anses a évalué chaque dossier au regard des critères réglementaires de sécurité et en vérifiant, outre les risques, l’efficacité contre chaque pathogène visé. A l’issue de ses évaluations, l’Anses a délivré des autorisations qui permettent, pour tous les usages sauf le houblon, de disposer sur le marché français d’au moins un produit autorisé. Certains produits formulés sous forme de poudre n'ont pas vu leur autorisation renouvelée en l'absence de démonstration d'innocuité dans les dossiers fournis. Ce type de formulation qui entraine une exposition plus importante de l’applicateur au regard des autres types de formulations, ne permettait pas de garantir un niveau de sécurité conforme aux exigences actuelles pour l’applicateur et le consommateur.

Comment l’Anses a-t-elle pris en compte l’importance du cuivre pour certaines filières, notamment biologiques ?

Consciente des difficultés à remplacer le cuivre dans le modèle agricole actuel, en particulier pour les productions biologiques, l’Agence a cherché des solutions pour pouvoir garantir des mesures de gestion efficaces pour réduire les risques, tout en garantissant des usages autorisés.

Elle a analysé les mesures de gestion des risques possibles en examinant les conditions d’emploi dans les autorisations fixées dans les AMM dans d’autres États membres. Elle a également sollicité l’avis de son Comité de suivi des autorisations de mise sur le marché (CS AMM) sur l’impact et sur la faisabilité des mesures de maîtrise des risques qu’elle envisageait pour ses décisions d’AMM, telles que le port de gants de protection pour certaines applications. Sans ces mesures de gestion, certaines autorisations n’auraient pu être accordées au regard des critères réglementaires.

Enfin, consciente des impacts importants sur les filières dépendantes du cuivre, l’Anses a échangé avec les différents acteurs, et présenté ses travaux sur le cuivre aux participants de sa plateforme de dialogue sur les produits phytos dont les fédérations, les syndicats agricoles ou encore les Instituts techniques.

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Cette recherche montre comment l’utilisation de produits phytopharmaceutiques et de fertilisants diminue les bénéfices rendus par la végétation en bordure des champs et augmente la proportion de plantes à risques pour l’agriculture.  « C’est la première fois qu’une telle recherche est menée à l’échelle nationale. Nous avons étudié 458 parcelles pendant cinq ans, réparties dans tout le territoire hexagonal et la Corse. » explique Léa Genty, postdoctorante dans l’unité Entomologie et botanique au Laboratoire de la santé des végétaux de l’Anses et auteure principale de l’étude. La recherche a porté sur trois grands types de cultures : les céréales, la vigne et le maraîchage. 

De nombreux bénéfices mais aussi des risques pour l’agriculture

Les bénéfices rendus par la végétation qui pousse en bordure de champs sont nombreux. Les scientifiques impliqués dans le projet en ont étudié trois types. L’apport de nourriture aux insectes pollinisateurs a été évalué à partir de la diversité des espèces de végétaux, l’abondance relative des plantes à fleurs et leur diversité morphologique. La lutte contre l’érosion des sols, à laquelle contribuent les bordures de champs a également été étudiée, en mesurant la proportion de végétaux présents toute l’année, notamment à l’automne et en hiver, période où les pluies sont les plus importantes. Enfin, les scientifiques ont étudié la conservation des plantes moins communes dans les paysages agricoles, potentiellement favorisée par les bordures de champs. Celles-ci comprennent en effet des adventices (c’est-à-dire des végétaux capables de pousser dans les cultures) rares et non nuisibles, présentes dans moins de 10 % des parcelles agricoles, ainsi que des plantes de type prairial, plus proches des végétaux observés en milieu naturel. Cependant, les bordures de champs peuvent aussi abriter des espèces adventices considérées comme problématiques car, lorsqu’elles sont dans les parcelles, elles peuvent entrer en compétition avec les plantes cultivées et entrainer une baisse de la production. Les scientifiques ont donc également mesuré la fréquence d’occurrence de ces espèces en bordure de chaque culture. 

L’utilisation d’herbicides a le plus d’impacts négatifs sur les services rendus

Les résultats montrent que pour toutes les cultures, l’utilisation d’herbicides pour lutter contre les adventices au sein de la parcelle adjacente est le facteur qui a le plus d’impact négatif, même si les végétaux des bordures ne sont pas ciblés par ces traitements. Non seulement cette utilisation diminue tous les services rendus étudiés mais elle augmente la proportion de plantes adventices problématiques pour les cultures au sein des bordures de champs. De même, l’utilisation de fertilisants augmente la fréquence des espèces adventices problématiques dans ces bordures, et diminue par ailleurs celle des espèces associées aux milieux plus naturels. 

« On aurait pu s’attendre à ce que l’utilisation d’herbicides diminue la quantité de plantes problématiques, mais en réalité ce résultat n’est pas si surprenant, explique Léa Genty. L’exposition indirecte des bordures aux pratiques de la parcelle en matière d’herbicides et de fertilisants favorise l’installation d’adventices tolérantes aux herbicides et profitant des apports en nutriments. Ces plantes sont plus compétitives et représentent plus de risque pour l’agriculture. » 

Le recours aux fongicides et aux insecticides est également défavorable pour les plantes plus rares des bordures, ainsi que pour la diversité florale.

Des pratiques qui doivent être pensées à l’échelle des parcelles et des communes

Les pratiques agricoles à l’échelle des communes sont également importantes pour préserver les bénéfices des bordures de champs. Ainsi, si le paysage environnant est composé de nombreuses parcelles agricoles où des quantités importantes d’herbicides et de fertilisants sont utilisées, la végétation des bordures de champs est moins diversifiée et contient plus de plantes adventices problématiques. Ces effets ne sont pas compensés par des pratiques moins intensives à l’échelle des parcelles. 

Enfin, la largeur des bordures est également décisive. Plus elle est importante, plus la communauté de plantes présentes est diverse et ressemble à celle des milieux naturels. L’augmentation de la largeur des bordures pourrait ainsi permettre de concilier production agricole et préservation des services rendus par ces écosystèmes plus sauvages. 

« L’une des craintes des agriculteurs et agricultrices, lorsqu’on les encourage à adopter des pratiques favorables à la végétation au bord de leur champs, notamment en diminuant l’utilisation de pesticides, est que celles-ci soient défavorables aux cultures. Mais notre étude montre au contraire que ces pratiques sont non seulement bénéfiques pour tous les services écologiques étudiés mais qu’elles diminuent les risques pour l’agriculture liés aux bordures des champs. », conclut Léa Genty.

Concrètement, des bordures moins souvent fauchées, suffisamment larges et moins exposées aux traitements favorisent une végétation utile, qui limite les adventices tout en soutenant des services clés pour l’agriculture, comme la protection des sols et la présence de pollinisateurs.

Flore des bordures de champs : des bénéfices et des risques qui dépendent des pratiques agricoles
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Le secteur de la biotech joue un rôle essentiel dans plusieurs domaines de l’économie de l’Union européenne. Il est axé sur la recherche, évolue rapidement et a besoin d’importants investissements publics et privés. Le règlement sur la biotechnologie prévoira une série de mesures visant à créer un environnement permettant d’accélérer la transition des produits biotechnologiques du laboratoire à l’usine et au marché, tout en maintenant les normes de sécurité les plus élevées pour la protection de la population et de l’environnement.

La commission européenne souhaite encadrer ce secteur . Vous pouvez donner votre avis en suivant ce lien.

Cet acte adopté est ouvert aux avis pendant 8 semaines. Toutes les contributions reçues seront résumées par la Commission européenne et présentées au Parlement européen et au Conseil en vue d’alimenter le débat législatif. 
 

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Prévenir et combattre les crises sanitaires en santé végétale, santé animale et sécurité sanitaire des aliments est l’une des missions essentielles de l’Anses. A la croisée de toutes les santés, l’Agence apporte des connaissances scientifiques indispensables pour anticiper, prévenir et gérer les risques sanitaires. Pour ce faire, l’Anses pilote des laboratoires de référence, met en œuvre des méthodes et technologies de pointe et mobilise chercheurs, équipes scientifiques et collectifs d’experts indépendants pour renforcer la prévention et la gestion des risques. Envie d’en savoir plus et d’échanger directement avec nos équipes ? Rendez-vous sur notre stand dans le hall 5.2.

Des conférences thématiques 

Aller plus loin dans la prévention des contaminations et des toxi-infections alimentaires. 

De la fourche à la fourchette, quels sont les dangers à cibler en priorité et les mesures les plus efficaces à explorer en compléments des dispositifs existants ? Eclairage sur nos expertises récentes avec nos équipes scientifiques.
Lundi 23 février à 14h.

Peste porcine africaine : anticiper l’évolution de la menace en Europe et en France. 

Alors que la maladie est présente dans plusieurs pays européens frontaliers, tour d’horizon des dispositifs de surveillance et des actions mises en œuvre pour prévenir son introduction sur le territoire national. Table ronde animée par Nicolas Rose, directeur adjoint du laboratoire de l’Anses Ploufragan-Plouzané-Niort, avec Avril Gommard, conseillère agricole Allemagne, Autriche, Suisse à l'Ambassade de France en Allemagne, François Viel, conseiller agricole Pologne à l'Ambassade de France en Pologne, Mylène Petit, responsable de l’Association Nationale Sanitaire Porcine et Olivier Bourry, du laboratoire national de référence de la peste porcine africaine à l’Anses. 
Mardi 24 février à 14h.

Exploiter les données au service de politiques alimentaires durables dans les territoires. 

Comment les données peuvent-elles contribuer à garantir une alimentation à la fois plus saine, plus sûre et plus durable ? Table ronde animée par Pierre Breton, directeur du Green data for Health (GD4H) à l’Anses, avec Agnès Pannier-Runacher, députée du Pas-de-Calais, ancienne ministre de l’environnement, Pascal Coste, président du Conseil départemental de la Corrèze et vice-président agriculture et alimentation pour l’Assemblée des départements de France, Thierry Cotillard, président du groupement Les Mousquetaires et Gilles Salvat, directeur général de l’Anses par intérim. 
Mardi 24 février à 15h15.

Des animations tous publics autour des toxi-infections alimentaires

Quiz - Pathogènes alimentaires : saurez-vous les reconnaître ?

Salmonelles, Listeria, virus, parasites… Identifiez les agents responsables des toxi-infections les plus fréquentes, et découvrez dans quels aliments ils peuvent se cacher.

Les bons réflexes en cuisine 

Une animation scientifique et pratique pour comprendre pourquoi :

  • Il est essentiel de se laver les mains avant de cuisiner
  • Il faut utiliser des ustensiles et des planches distincts pour la viande crue et les légumes
  • Il faut utiliser des plats différents pour le cru et le cuit

… et bien d’autres gestes simples qui font toute la différence.

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Themed presentations

Going further to prevent food poisoning and contamination in the animal production sectors.

From farm to fork, which hazards should be targeted as a priority and what are the most effective measures to explore besides the existing schemes? Our scientific teams provide insights on our recent expert appraisals.
Monday 23 February at 2 pm.

African swine fever: anticipating development of the threat in Europe and France

At a time when this disease is present in several countries on the edge of Europe, we take a look at the surveillance systems in place and the measures being taken to prevent its introduction into France. Round table discussion moderated by Nicolas Rose, deputy director of ANSES's Ploufragan-Plouzané-Niort Laboratory, with Avril Gommard, agricultural advisor for Germany, Austria and Switzerland, François Viel, agricultural advisor for Poland, Mylène Petit, head of the National Swine Health Association (ANSP) and Olivier Bourry, from ANSES's National Reference Laboratory for African swine fever. 
Tuesday 24 February at 2 pm.

Leveraging data to support sustainable food policies on a local level

How can data help ensure that food is healthier, safer and more sustainable?  Round table discussion moderated by Pierre Breton, Director of Green Data for Health (GD4H) at ANSES, with Agnès Pannier-Runacher, Member of Parliament for Pas-de-Calais and former Minister of the Environment, Pascal Coste, president of the Corrèze Departmental Council and vice-president for agriculture and food for the Assembly of French Départements, Thierry Cotillard, Chairman of Les Mousquetaires Group and Gilles Salvat, Acting Director General of ANSES. 
Tuesday 24 February from 3.30 pm.

Activities for the general public on the theme of food poisoning

Quiz - Food pathogens: can you recognise them?

Salmonella, Listeria, viruses, parasites... Identify the agents responsible for the most common types of food poisoning, and find out which foods they may be hiding in.

Good practices in the kitchen 

A practical scientific demonstration to understand why:

  • You should always wash your hands before cooking
  • Separate utensils and boards must be used for raw meat and vegetables
  • Raw and cooked foods must be put on different plates 

... and many other simple tips that make all the difference.

 

ANSES at the 2026 Paris International Agricultural Show: using science to tackle risks
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Quels sont les éléments traces métalliques et pourquoi les retrouve-t-on dans nos aliments ?

Morgane Champion : On trouve de nombreux éléments traces métalliques (ETM), dont certains sont plus connus sous le nom de « métaux lourds », dans notre alimentation : le cadmium, le plomb, le mercure, le nickel, etc.

Pourquoi ? D’abord parce qu’ils sont naturellement présents dans l’environnement. Par exemple, le cadmium se trouve dans les sols et pénètre facilement dans les végétaux par leurs racines. Mais aussi parce que les activités humaines - agriculture, industries, trafic routier…- utilisent ou produisent des ETM qui se retrouvent ensuite dans les sols, l’eau ou l’air.

Dans ce premier volet d’EAT 3, nous avons étudié cinq ETM - l’argent, le cadmium, le plomb, l’aluminium et le mercure - ainsi que sur l’acrylamide. Les résultats de notre exposition alimentaire à d’autres ETM comme le cobalt ou le nickel viendront dans un second temps. 

La présence dans l’alimentation de certains contaminants diminue par rapport aux résultats des précédentes EAT. Peut-on en conclure que la situation s’améliore ?

Véronique Sirot : L’EAT3 montre effectivement une diminution de la concentration en moyenne en acrylamide, argent, aluminium, cadmium et plomb dans les aliments. 

Pour autant, ce n’est pas le cas dans tous les aliments. En effet, des augmentations sont tout de même observées dans certains groupes d’aliments. C’est le cas par exemple pour certains produits à base de céréales tels le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes. Ce sont les aliments qui contribuent le plus à notre exposition alimentaire à l’aluminium, au cadmium et au plomb. Les concentrations de ces contaminants dans certains légumes augmentent, sans que cela ne remette en cause le bénéfice nutritionnel incontestable de leur consommation. A contrario, les biscuits sucrés ou les viennoiseries, en plus d’être contaminés par certains ETM et par l’acrylamide, présentent un intérêt nutritionnel faible.

Par ailleurs, pour la plupart des contaminants étudiés dans ce premier volet, les conclusions de l’évaluation de risque pour la population restent les mêmes que celles formulées dans l’EAT2 : les expositions à l’acrylamide, au cadmium, au plomb, à l’aluminium et au méthylmercure restent trop élevées pour tout ou partie de la population.   

Quels sont les nouveaux résultats concernant le mercure ?

Morgane Champion : Des analyses plus poussées ont permis d’exclure le risque associé au mercure inorganique, alors qu’il n’avait pas été possible de conclure avec certitude lors de l’EAT2. 

Concernant le méthylmercure, qu’on retrouve principalement dans les poissons, quels qu’ils soient, les niveaux de contamination et d’exposition sont similaires à ceux observés dans l’EAT 2. Les poissons prédateurs en bout de chaîne alimentaire, comme le thon par exemple, présentent les concentrations en méthylmercure les plus élevées. La consommation de poissons présente toutefois un intérêt nutritionnel indéniable. Pour permettre une couverture optimale des besoins en nutriments, nous recommandons de consommer deux portions de poissons par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement. Tant que l’on respecte ces recommandations, qui limitent le risque de surexposition au méthylmercure, toutes les espèces de poissons peuvent être consommées.

L’eau est-elle toujours une source d’exposition importante au plomb ?

Véronique Sirot : L’exposition alimentaire au plomb a diminué par rapport à l’EAT 2 en moyenne entre 27 et 41 % chez les enfants et entre 37 et 49 % chez les adultes, c’est une bonne nouvelle. On voit ici l’effet des politiques de santé publique en vigueur depuis de nombreuses années, telles que l’interdiction du plomb dans l’essence, dans les canalisations d’eau, les peintures, etc.

Si l’eau reste toujours un contributeur majeur à notre exposition au plomb, ce n’est pas le seul : le pain, les légumes y contribuent également, ainsi que les boissons alcoolisées pour les adultes. 

Dans quels aliments retrouve-t-on l’acrylamide et en quoi est-ce problématique ?

Morgane Champion : L’acrylamide ne fait pas partie de la famille des éléments traces. Il s’agit d’un composé organique néoformé qui apparaît lors des procédés de cuisson à haute température (supérieure à 120°C) comme la friture ou le rôtissage. L’acrylamide se forme dans les denrées riches en amidon ou en certains autres sucres, et en certains acides aminés comme l’asparagine. Les pommes de terre frites, sautées ou chips et les biscuits sont les denrées les plus susceptibles d’être contaminées par l’acrylamide.

Par rapport à l’EAT2, nous observons une diminution des concentrations en moyenne en acrylamide pour les aliments qui étaient les plus contaminés et qui étaient les principaux contributeurs à l’exposition. C’est le cas pour le café, dans lequel l’acrylamide n’est plus détecté. 

Ces réductions reflèteraient l’efficacité des mesures d’atténuation mises en œuvre par le secteur alimentaire pour diminuer la présence d'acrylamide dans les denrées alimentaires depuis quelques années. Toutefois, l’exposition des consommateurs reste trop élevée. Il convient donc de poursuivre les efforts pour réduire les concentrations dans les aliments, en particulier dans les frites et pommes de terre sautées qui, en plus de présenter un faible intérêt nutritionnel, sont les principaux contributeurs à notre exposition. 

Récemment, la contamination des aliments par le cadmium a été au cœur de l’actualité. Qu’en est-il vraiment ?

Véronique Sirot : Les principaux groupes d’aliments contributeurs à l’exposition au cadmium sont similaires à ceux identifiés dans l’EAT2 : le pain et les autres produits à base de blé comme les pâtes, les viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits, les pommes de terre et les légumes, et, pour ceux qui en consomment régulièrement, les mollusques et crustacés. 

Nous allons prochainement publier une expertise qui détaillera l’exposition globale de la population au cadmium, pas uniquement celle transmise par l’alimentation. Ce travail priorisera les actions à mettre en place pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium. 

Quelle est la suite ?

Morgane Champion : Ces premiers résultats constituent le volet 1 de l’EAT 3. Les volets portant sur les autres familles de contaminants de l’alimentation seront publiés au fil des prochaines années. Parmi ceux-ci, d’autres éléments traces, des substances issues de matériaux au contact des aliments comme les bisphénols et les phtalates, les résidus de pesticides, les PFAS, etc. Pour chaque famille, nous formulerons des recommandations spécifiques en vue notamment de réduire les expositions aux contaminants.

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What are trace metals and why are they found in our food?

Morgane Champion: Many trace metals, some of which are better known as "heavy metals", are found in our food: cadmium, lead, mercury, nickel and so on.

Why? Firstly because they occur naturally in the environment. For example, cadmium is found in soil and easily penetrates plants through their roots. But also because human activities – agriculture, industry, road traffic, etc. – use or produce trace metals, which then end up in soil, water or air.

In this first part of TDS3, we studied five trace metals – silver, cadmium, lead, aluminium and mercury – as well as acrylamide. The results on our dietary exposure to other trace metals, such as cobalt and nickel, will come later. 

The presence of certain contaminants in food has fallen compared with the results of previous TDSs. Does this mean that the situation is improving?

Véronique Sirot: It's true that TDS3 did actually show a reduction in the average concentrations of acrylamide, silver, aluminium, cadmium and lead in food. 

However, this was not the case for all foods. In fact, increases were observed in certain food groups. This was the case, for example, with certain cereal-based products such as bread, sweet biscuits, fine bakery wares, pasta, etc. These are the foods that contribute most to our dietary exposure to aluminium, cadmium and lead. Concentrations of these contaminants in certain vegetables have increased, although this does not call into question the indisputable nutritional benefits of eating them. On the other hand, sweet biscuits and fine bakery wares, as well as being contaminated with certain trace metals and acrylamide, have little nutritional benefit.

Furthermore, for most of the contaminants studied in this first part, the conclusions of the population risk assessment remain the same as those formulated in TDS2: exposure to acrylamide, cadmium, lead, aluminium and methylmercury is still too high for all or part of the population.   

What are the new results for mercury?

Morgane Champion: More detailed analysis has enabled us to rule out the risk associated with inorganic mercury, whereas it had not been possible to reach a definite conclusion in TDS2. 

With regard to methylmercury, which is mainly found in fish of all kinds, contamination and exposure levels were similar to those observed in TDS2. Predatory fish at the end of the food chain, such as tuna, have the highest concentrations of methylmercury. However, consumption of fish has undeniable nutritional benefits. To optimally meet nutrient requirements, we recommend eating two servings of fish a week, including one of oily fish, while varying the species and source of supply. Any species of fish can be consumed, as long as these recommendations – which limit the risk of overexposure to methylmercury – are followed.

Is water still a major source of lead exposure?

Véronique Sirot: Dietary exposure to lead has fallen by an average of between 27% and 41% in children and between 37% and 49% in adults compared with TDS2, which is good news. This clearly shows the effect of public health policies that have been in place for many years now, such as the ban on lead in petrol, water pipes and paint, etc.

While water is still a major contributor to our exposure to lead, it is not the only one: bread and vegetables also play a part, as well as alcoholic drinks for adults. 

What foods contain acrylamide and why is it a problem?

Morgane ChampionAcrylamide is not a trace element. It is a heat-induced organic compound that appears during high-temperature cooking processes (above 120°C) such as frying or roasting. Acrylamide is formed in foodstuffs rich in starch or certain other sugars, or in certain amino acids such as asparagine. French fries, sautéed potatoes, crisps and biscuits are the foodstuffs most likely to be contaminated with acrylamide.

Compared with TDS2, we have seen a decrease in average acrylamide concentrations for the foods that were the most contaminated and the main contributors to exposure. This was the case for coffee, in which acrylamide is no longer detected. 

These reductions seem to reflect the effectiveness of the mitigation measures taken by the food sector in recent years to reduce the presence of acrylamide in foodstuffs. However, consumer exposure remains too high. Efforts therefore need to continue to reduce concentrations in food, particularly in French fries and sautéed potatoes, which, as well as being of little nutritional value are the main contributors to our exposure. 

Cadmium contamination of food has been in the news recently. What did you actually find?

Véronique Sirot: The main food groups contributing to cadmium exposure were similar to those identified in TDS2: bread and other wheat-based products such as pasta, fine bakery wares, cakes and biscuits, as well as potatoes and vegetables, and, for those who eat them regularly, molluscs and crustaceans. 

We will shortly be publishing an expert appraisal detailing the population's overall exposure to cadmium, not just that due to food. This work will prioritise the actions to be taken to reduce cadmium contamination of the French population. 

What happens next?

Morgane Champion: These initial results form part 1 of TDS3. The parts on the other food contaminant groups will be published over the next few years. These include other trace elements, substances from food contact materials such as bisphenols and phthalates, pesticide residues, PFAS, etc. For each group, we will be formulating specific recommendations aimed mainly at reducing exposure to contaminants.

Exposure to acrylamide and trace metals in food: still a cause for concern
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Sandra Blaise-Boisseau, directrice de recherche au sein de l’unité Virologie du laboratoire de santé animale

Je suis responsable de l’équipe « BIOPIC » au sein de l’Unité mixte de recherche Virologie du laboratoire de santé animale. Notre équipe mène des activités de référence et de recherches sur les picornavirus, et en particulier le virus de la fièvre aphteuse.

Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire ce métier ? 

J’ai toujours été passionnée par la biologie et les animaux. Enfant, j’étais fascinée par l’émission Il était une fois la vie et je voulais devenir vétérinaire. Une fois à la Fac, j’ai opté pour un magistère de génétique. J’ai pu faire un premier stage de recherche en Licence puis j’ai passé cinq mois aux Pays-Bas dans le cadre d’un programme Erasmus. Ces deux expériences m’ont donné envie de continuer à faire de la recherche. C’est suite à mon stage de DEA (Diplôme d'études approfondies, aujourd’hui Master 2) puis mon doctorat qui alliait génétique, cancérologie et étude des rétrovirus endogènes humains (séquences virales présentes dans le génome humain, traces d’infections anciennes) que je me suis orientée vers la virologie. Après une première expérience postdoctorale à l’Institut Pasteur, dans l’équipe du professeure Françoise Barré-Sinoussi pour travailler sur la transmission mère-enfant du VIH, j’ai été recrutée à l’Anses. Travailler au laboratoire de santé animale réunit finalement mon intérêt pour la santé animale, la recherche et la virologie !

De quoi es-tu la plus fière professionnellement ? 

D’avoir obtenu le financement d’un projet ICRAD (International coordination of research on infectious animal diseases) en 2020 et de l’avoir coordonné. Cet appel à projet européen a été publié début 2020. Le temps de réunir les partenaires avec lesquels nous souhaitions travailler, le premier confinement a débuté. Mes enfants avaient alors 8 et 12 ans, j’ai écrit la réponse à cet appel à projet le soir tard voire très tard ! Nous avons eu une réponse positive à cette première étape de sélection en juin, il fallait envoyer une proposition complète pour début août. C’était en plein pendant mes vacances, j’y ai de nouveau passé de longues soirées et quelques nuits. Heureusement j’étais soutenue par mes partenaires du projet et ma famille comprenait l’enjeu. 

C’était la première fois que je coordonnais un projet de cette envergure. Cela m’a donné davantage confiance en moi et l’envie de passer mon habilitation à diriger des recherches. Le financement n’a pas été simple à obtenir mais ce projet « FMDV_PersIstOmics » a permis de mener des recherches pour mieux comprendre pourquoi le virus de la fièvre aphteuse persiste chez la moitié des ruminants infectés après guérison clinique. 

Quels conseils donnerais-tu à une jeune fille qui veut faire une carrière scientifique ? 

L’accès des femmes aux études et aux métiers scientifiques me tient particulièrement à cœur. Je suis mentore pour l’association Femmes & sciences depuis 2020. Chaque année j’accompagne une doctorante et j’interviens également dans des collèges ou lycées pour valoriser et promouvoir les carrières scientifiques et techniques auprès des femmes et déconstruire les stéréotypes de genre

Le conseil que je donnerais en premier lieu est de travailler sa confiance en soi, de garder sa curiosité et sa capacité d’étonnement, tout en sachant aussi se remettre en cause.  Persévérance, rigueur et opiniâtreté sont aussi des atouts pour s’engager dans une carrière scientifique. Pour cela il faut s’inspirer de toutes ces femmes qui ont fait avancer la science. Il est aussi important de se rappeler ce qui nous passionne, nous anime, cela aide dans les moments de doute et s’entourer de personnes bienveillantes qui nous encouragent et nous font avancer, évoluer. 

As-tu des modèles de femmes qui t’inspirent ? 

Oui, j’en ai trois, pas uniquement en sciences. La première est Simone Veil, pour son parcours, ses combats et la liberté qu’elle a donné aux femmes. La seconde est Joséphine Backer, également pour son parcours de vie, son combat contre le racisme et car elle était une danseuse formidable, la danse étant ma passion, mon exutoire. Et enfin Françoise Barré-Sinoussi, codécouvreuse du VIH et prix Nobel de médecine, avec qui j’ai eu la chance de travailler à l’Institut Pasteur, pour son engagement scientifique et humain.

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Alexandra Mienne Référente scientifique « résidus et sécurité des aliments » au sein de la Direction de l’évaluation des produits règlementés

Mon métier consiste à évaluer si l’exposition aux résidus de pesticides dans les aliments est en dessous du niveau de risque acceptable. Ces évaluations constituent une étape clé dans l’instruction des demandes d’autorisation de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, en France comme au niveau européen, et permettent de définir les conditions dans lesquelles ces produits peuvent être utilisés.

Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire ce métier ?

J’ai commencé ma carrière dans un laboratoire de chimie analytique, où j’ai travaillé pendant dix ans. Mais même si j’aimais la dimension scientifique, je ressentais une forme de lassitude : le travail était répétitif et je peinais à en percevoir l’impact concret, il manquait de sens pour moi. J’ai alors pris le temps de faire un bilan de compétence. C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais besoin d’exercer un métier qui avait du sens, en lien avec la santé publique. L’évaluation des risques sanitaires via l’alimentation s’est imposée assez naturellement, car elle permet de relier la science à des enjeux très concrets pour la population.  

Au départ, Je n’imaginais pas que le travail au sein de la Direction de l’évaluation des produits règlementés (DEPR) de l’Anses serait aussi intéressant et pourrait me correspondre. J’en avais une vision assez caricaturale, celle d’un métier très administratif, peu stimulant scientifiquement. Mon premier poste à l’Anses, au sein d’une autre direction, m’a permis de découvrir la réalité : la DEPR est en fait au cœur des nombreux enjeux, à la fois réglementaires, méthodologiques et scientifiques. J’ai donc rejoint l’unité « résidus et sécurité des aliments » en 2012.

Depuis, je ne regrette absolument pas ce choix ! Les dossiers sont complexes et les sujets variés. Surtout mon travail répond pleinement à mon besoin initial : contribuer, à mon échelle, à la protection de la santé publique.

De quoi es-tu la plus fière professionnellement ?

Ce qui me rend particulièrement fière, c’est d’avoir participé à la construction d’un champ scientifique encore émergent : l’évaluation des risques cumulés liés aux résidus de pesticides dans l’alimentation.

Au sein de mon unité, je pilote un groupe de travail consacré à ces risques, qui correspondent à l’exposition simultanée, via l’alimentation, à plusieurs résidus de pesticides - ce que l’on appelle plus couramment les « effets cocktails ».

Cette fierté est d’autant plus grande que ce travail s’est construit collectivement, en accompagnant des étudiants, de jeunes collègues et des partenaires européens. Les voir s’approprier ces sujets complexes et gagner en confiance est très gratifiant pour moi. 

Je suis d’autant plus fière que les différents travaux du groupe de travail ont permis à l’Anses, et plus particulièrement à notre unité, d’être reconnue comme un acteur majeur en Europe dans le domaine de l’évaluation des risques cumulés. Nous avons par exemple été sollicités par l’EFSA (l’Autorité européenne de sécurité des aliments) pour finaliser la méthodologie d’évaluation prospective des risques cumulés. Grâce à cette nouvelle méthodologie, les limites maximales en résidus (LMR) de pesticides dans les aliments pourront désormais être fixées au niveau européen en prenant en compte non seulement les effets individuels des substances sur la santé, mais aussi leurs effets combinés. Avoir participé à ce projet de long terme, engagé il y a plus de dix ans, me rend particulièrement fière !

Quels conseils donnerais-tu à une jeune fille qui veut faire une carrière scientifique ? 

Je lui dirais de ne pas chercher un parcours “parfait”, mais un métier qui a du sens pour elle. Les études et les choix professionnels ne sont pas toujours linéaires, et ce n’est pas un problème, au contraire. Les stages sont essentiels pour se connaître et tester explorer ses envies. Et surtout, il ne faut pas avoir peur de se réorienter si l’on sent que quelque chose ne convient plus : changer de voie peut être une vraie force. Il faut qu’elle réfléchisse à ce qui est important pour elle et quel besoin doit combler son futur métier. L’essentiel est de construire un parcours qui lui ressemble, en accord avec ses valeurs et ses envies.

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Maria Tannous, Chargée de projet européen

Je suis à l’interface entre la science, la santé et l’Europe. Je travaille au sein du Partenariat européen PARC, qui rassemble trente pays autour de l'évaluation des risques liés aux substances chimiques (PARC, Partnership for the Assessment of Risks from Chemicals). 

Concrètement, je contribue à deux activités : la priorisation des besoins de recherche du partenariat et l’élaboration de valeurs toxicologiques de référence internes, des valeurs sanitaires utilisées pour interpréter les données de biosurveillance, pour la population générale comme pour les travailleurs.

Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire ce métier ?

Ce qui m’a donné envie de faire ce métier c’est qu’il combine deux aspects qui comptent beaucoup pour moi: la santé, humaine et environnementale, et la dimension internationale.

Travailler dans un partenariat européen comme PARC, avec des experts issus de nombreux pays et d’agences européennes, est très stimulant. Les échanges sont riches, les points de vue différents. C’est un environnement dans lequel j’apprends en permanence. 

Quelle est ta plus grande réussite professionnelle ?

Ma plus grande réussite professionnelle est d’avoir réussi à prendre en main deux missions très différentes au sein du partenariat. En tant que junior, cela représentait un vrai défi au départ : je ne maîtrisais pas tous les sujets et il a fallu apprendre vite. Aujourd’hui, je suis fière d’avoir gagné en autonomie et de jongler efficacement entre ces deux rôles. 

Je suis également cofondatrice de la PARC Junior Community, un réseau que j’anime et qui vise à favoriser les échanges et les collaborations entre les jeunes professionnels du partenariat. Créer cet espace et le voir vivre est une vraie source de satisfaction.

Quels conseils donnerais-tu à une jeune fille qui veut faire une carrière scientifique ?

Je lui dirais de rester ouverte à l’apprentissage et de ne pas se contenter de ce qu’elle a appris à l’université.  La science évolue constamment. Il ne faut pas avoir peur de sortir de sa zone de confort. Comme le disait Steve Jobs : “stay hungry, stay foolish”, garder l’envie d’apprendre et oser se lancer !

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