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Publié le 12/02/2016

Avis de l’Anses sur le caractère cancérogène pour l’homme du glyphosate

Suite à la publication des résultats de l’évaluation menée au niveau européen dans le cadre de la procédure de renouvellement d’approbation de la substance active glyphosate, et aux résultats, divergents, du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) concluant à un classement de cette substance en tant que cancérogène probable pour l’homme, l’Anses a été saisie sur les dangers du glyphosate pour la santé humaine. Dans l’avis qu’elle publie ce jour, l’Agence relève qu’au vu du niveau de preuve limité, une classification en catégorie 1A ou 1B (cancérogène avéré ou présumé pour l'être humain, règlement CLP) ne peut être proposée, mais qu’une classification en catégorie 2 (substances suspectées d'être cancérogènes pour l'homme, CLP) peut se discuter. Elle estime en conséquence nécessaire que le classement du glyphosate soit rapidement revu par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA). Au-delà de la substance active, les co-formulants contenus dans les préparations à base de glyphosate soulèvent des préoccupations, en particulier la tallowamine. L’Agence lance donc une évaluation sur les risques liés aux co-formulants présents dans l’ensemble des préparations phytopharmaceutiques, avec une priorité donnée aux préparations à base de glyphosate. L’Agence procède également sans délai à la réévaluation des autorisations de mise sur le marché des préparations associant glyphosate et tallowamine.

 

Le glyphosate est une substance active autorisée en Europe et très largement utilisée en France, en tant qu’herbicide, à la fois par les professionnels (tonnage annuel compris entre 5157 tonnes et un peu plus de 7421 tonnes entre 2008 et 2014), mais aussi par les jardiniers amateurs (tonnage annuel compris entre 1264 et 2055 tonnes entre 2008 et 2014).

Il fait actuellement l’objet au niveau européen d’une procédure de renouvellement décennal de son approbation en tant que substance active phytopharmaceutique. Dans ce cadre, l’EFSA coordonne l’évaluation de la substance, avec l’Allemagne (BfR) comme Etat membre rapporteur. Les conclusions de l’expertise du BfR, qui serviront de base au vote des Etats membres concernant la réapprobation ou non  de la substance active, recommandent la fixation d’un seuil de toxicité aigüe, ce qui durcit les conditions d’évaluation du glyphosate. Elles considèrent également comme peu probable sa cancérogénicité pour l’homme.

Or, le 10 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), placé auprès de l’Organisation mondiale de la santé, a publié un rapport concluant que le glyphosate devait désormais être classé cancérogène probable pour l’homme (classement 2A du CIRC).

Dans ce contexte, l’Anses a été saisie par les ministères en charge de la Consommation, de la Santé, du Travail, de l’Ecologie et de l’Agriculture, ainsi que par les associations de consommateurs  UFC-Que Choisir et CLCV, afin d’évaluer les conclusions du CIRC et du BfR pour ce qui concerne les propriétés cancérogènes de la substance. L’analyse de l’Agence doit permettre aux autorités françaises de proposer au niveau européen des mesures appropriées lors de l’examen du projet de décision de renouvellement de l’approbation.

 

L’avis de l’Agence

L’Anses a confié l’instruction de cette saisine à un groupe d’experts spécialisés en toxicologie, cancérogénèse, mutagénèse et épidémiologie. Compte tenu des délais impartis, l’analyse du groupe de travail s’est appuyée exclusivement sur les rapports des évaluations européennes et du CIRC et non sur des données brutes.

L'analyse a été menée pour tenter d'expliquer les conclusions divergentes du BfR et de l’EFSA avec celles du CIRC. Ces divergences s’expliquent en termes de critères de sélection des études retenues et de méthodologie d’établissement du niveau de preuve final.

En conclusion, l’analyse du groupe d’experts indique que :

  • le niveau de preuve de cancérogénicitéchez l’animal et chez l’homme est considéré comme relativement limité et ne permet pas de proposer un classement 1A ou 1B (cancérogène avéré ou présumé pour l'être humain) dans le cadre de l’application des critères du règlement(CE) n° 1272/2008 (CLP) ;
  • au vu du niveau de preuve limité, la classification en catégorie 2 (substances suspectées d'être cancérogènes pour l'homme, CLP) peut se discuter, sans que l’Agence ne puisse se prononcer en l’absence d’une analyse détaillée de l’ensemble des études.

Compte tenu de ces résultats, l’Agence estime nécessaire que le classement du glyphosate soit rapidement revu par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

Par ailleurs, au-delà de la substance active et compte tenu de l’exposition aux préparations et des préoccupations soulevées sur les co-formulants, l’Agence poursuit ses travaux par la mise en place d’un groupe de travail sur les risques liés aux co-formulants présents dans l’ensemble des préparations phytopharmaceutiques, en particulier pour l’usage amateur. Les travaux porteront prioritairement sur lespréparations à base de glyphosate.

De plus, compte-tenu des éléments récents soulevés par l’EFSA sur la tallowamine, l’Agence procède sans délai à la réévaluation des autorisations de mise sur le marché des préparations associant glyphosate et tallowamine.