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Publié le 20/09/2017

De nouvelles recommandations pour améliorer les conditions de travail des égoutiers

Au mois de juin 2016, l’Anses publiait une expertise sur les expositions et les risques sanitaires spécifiques auxquels les égoutiers sont soumis, concluant à l’existence d’effets sanitaires à long terme liés aux conditions de travail dans les égouts. L’Agence présente ce jour des résultats complémentaires, issus d’une campagne de mesures d’agents biologiques potentiellement présents dans l’air des égouts parisiens, réalisée par la Caisse régionale d’assurance maladie d’Ile de France (CRAMIF). Les résultats de cette campagne confirment que le réseau de collecte dans lequel évoluent quotidiennement les égoutiers est un milieu insalubre, constat déjà réalisé lors de l’analyse des données d’exposition à des polluants chimiques publiée dans l’avis de juin 2016. L’Agence recommande une série de mesures techniques et organisationnelles afin de réduire l’exposition des travailleurs.

 

Au cours de leur activité professionnelle, les égoutiers sont exposés à de nombreux agents chimiques et biologiques présents dans l’air ou dans l’eau, par inhalation de gaz, de vapeurs ou d’aérosols, par contact cutané ou encore par ingestion.

En 2004, une étude de l’INRS avait mis en évidence une surmortalité des égoutiers parisiens, notamment due à des maladies digestives et des cancers. Ces résultats, confortés lors d’une mise à jour de l’étude en 2009, ont conduit l’Anses à s’autosaisir afin d’évaluer les risques sanitaires spécifiques de la profession d’égoutier et d’identifier les causes de cette surmortalité.

Ainsi, au mois de juin 2016, l’Agence publiait un premier avis relatif aux facteurs de risques professionnels éventuellement en lien avec la surmortalité des égoutiers. Dans le cadre de cette expertise et au regard de la faible disponibilité des données, un travail de recherche et de développement a été demandé à la Caisse régionale d’assurance maladie d’Ile de France (CRAMIF) afin de disposer de données sur les agents biologiques potentiellement présents dans l’air des égouts. Compte tenu de la complexité de la campagne de mesures relative aux agents biologiques, l’avis et le rapport d’expertise publiés en avril 2016 n’avaient pu intégrer les données sur ces contaminants biologiques. L’avis publié ce jour présente donc les résultats d’une campagne de mesures exploratoire menée de mars 2015 à juin 2016 visant à acquérir des données sur plusieurs paramètres microbiologiques dans l’atmosphère des égouts afin de documenter les expositions actuelles des égoutiers.

Les résultats de cette étude mettent en évidence dans l’air des égouts des concentrations en endotoxines et flores microbiennes (dont Aspergillus Flavus) importantes, parfois préoccupantes selon le référentiel des valeurs guides utilisées par le réseau Assurance maladie – Risques professionnels. Ces résultats confirment que le réseau de collecte dans lequel évoluent quotidiennement les égoutiers est un milieu particulièrement insalubre, constat déjà effectué lors de l’analyse des données d’exposition à des polluants chimiques publiée dans l’avis de juin 2016. Certaines tâches apparaissent particulièrement exposantes, notamment les travaux d’extraction de bassin de dessablement ainsi que le nettoyage à haute pression.

 

Les recommandations de l’Agence

On rappellera en premier lieu que les principes généraux de prévention du code du travail donnent la priorité aux mesures de protection collective sur les mesures de protection individuelle.

L’Agence rappelle que la démarche d’évaluation des risques professionnels doit être systématiquement menée en analysant et cartographiant les différentes situations de travail, de manière à prioriser et adapter les mesures de prévention à mettre en place. Dans ce cadre, concernant plus particulièrement les risques biologiques (infectieux, immuno allergiques, toxiniques et cancérogènes) pour les professionnels travaillant dans un réseau au contact des eaux usées, il est essentiel de caractériser la nature des agents pathogènes présents dans l’air des égouts. L’Agence recommande également d’élaborer un socle commun de bonnes pratiques de prévention et d’hygiène et d’évaluer le respect de ces pratiques sur le terrain.

Au regard des concentrations élevées en polluants chimiques et microbiologiques dans l’air des égouts, il est nécessaire que les travailleurs au contact des eaux usées puissent a minima avant toute descente dans le réseau, ventiler de façon naturelle ce dernier. Pour les tâches réalisées dans des ouvrages fixes, la mise en œuvre d’un dispositif de ventilation mécanique par soufflage d’air neuf est recommandée. Les éléments structuraux relatifs à la ventilation doivent être intégrés dans les plans de prévention.

Il apparaît également important d’envisager toute mesure organisationnelle permettant de réduire les expositions, par exemple :

  • Une meilleure coordination des équipes afin d’éviter la coactivité au même endroit dans le réseau de collecte,
  • Une augmentation de la fréquence du curage qui devrait permettre d’abaisser les niveaux en microorganismes et en endotoxines,
  • Une rotation des équipes.

 

En outre, l’Agence recommande de veiller à ce que les équipements de protection individuelle mis à disposition des égoutiers ne les surexposent pas à d’autres risques - l’utilisation d’un appareil de protection respiratoire pouvant dans certains cas par exemple gêner la communication indispensable entre les égoutiers pour prévenir d’un danger potentiel - et rappelle que ceux-ci doivent être portés et changés selon les recommandations du fabricant, régulièrement nettoyés et entreposés en dehors des ateliers, si possible dans des locaux spécifiques.

Compte tenu des incidents relevés ou des observations formulées lors de la campagne de mesures, l’Agence recommande également que des campagnes de communication auprès des professionnels, notamment du BTP et de la restauration, soient réalisées de manière à les sensibiliser à l’impact des rejets divers et déversements de déchets de chantier dans les égouts, aux conséquences sur l’encombrement des réseaux et aux risques supplémentaires encourus par les égoutiers.

Enfin, dans ce contexte, l’Agence souligne l’intérêt d’engager une réflexion sur la possibilité d’élaborer un référentiel permettant de qualifier les risques sanitaires associés aux dangers microbiologiques pour les professions potentiellement les plus exposées.