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Mis à jour le 20/11/2019

Suivi des ventes d'antibiotiques vétérinaires

Mots-clés : Antibiotiques, Médicaments vétérinaires, Antibiorésistance

L’antibiorésistance est un problème majeur de santé publique concernant aussi bien la médecine humaine que vétérinaire. La surveillance des ventes d’antibiotiques à usage vétérinaire est l’une des sources d’informations centrales utilisées pour l’évaluation et la gestion des risques en matière d’antibiorésistance. Depuis 1999 l'Agence a mis en place un suivi annuel des ventes d'antibiotiques vétérinaires est basé sur les recommandations de l’Organisation Internationale de la lutte contre les Epizooties (OIE).

Par ailleurs, depuis 2010, la France, via l’Anses, participe au projet Surveillance Européenne de la consommation d’antibiotiques chez les animaux (ESVAC European Surveillance of Veterinary Antimicrobial Consumption) initié par l’Agence européenne du médicament (EMA) à la demande de la Commission européenne. L’objectif est de collecter des données de ventes d’antibiotiques harmonisées dans tous les pays de l’Union européenne.

Pourquoi suivre les ventes d'antibiotiques ?

Le suivi des ventes d’antibiotiques à usage vétérinaire permet d’évaluer leur utilisation et de suivre l’évolution des pratiques en matière d’antibiothérapie chez les différentes espèces animales.

Les informations recueillies sont un des éléments indispensables, avec le suivi de la résistance bactérienne, pour permettre une évaluation des risques liés à l'antibiorésistance.

Ces informations permettent également de proposer des mesures de gestion de ce risque et de suivre leurs effets.

 

Comment est réalisé ce suivi ?

Le suivi des ventes d'antibiotiques à usage vétérinaire est basé sur une déclaration annuelle des ventes d'antibiotiques par les laboratoires qui les commercialisent elles couvrent 100% des médicaments vétérinaires autorisés et incluent une répartition par espèces. Ces données peuvent être croisées avec d'autre sources d'informations (déclaration des chiffres d'affaires, enquêtes de prescription, etc.).

  • Les informations utilisées pour le calcul des indicateurs du suivi des ventes d’antibiotiques sont disponibles dans le fichier Excel accessible ici.

Les informations recueillies auprès des laboratoires couvrent 100% des médicaments vétérinaires autorisés et permettent d’estimer à quelles espèces ils ont été prescrits.

 

Comment doit-on interpréter ces résultats ?

Les volumes de ventes d'antibiotiques seuls ne traduisent pas exactement leur utilisation. En effet, les antibiotiques récents sont plus actifs et nécessitent l'administration de quantités plus faibles de produit. Pour évaluer l'exposition des animaux aux antibiotiques, il est nécessaire de prendre en compte en particulier, la posologie et la durée d'administration, mais aussi l'évolution de la population animale au cours du temps. L’ALEA (Animal Level of Exposure to Antimicrobials) estime le niveau d’exposition des animaux aux antibiotiques.

Le premier plan EcoAntibio 2012-2016 visait une réduction de 25 % de l’usage des antibiotiques en 5 ans, en portant une attention particulière à l'utilisation des antibiotiques d'importance critique en médecine vétérinaire et humaine. Ces antibiotiques sont utilisés lorsque ceux prescrits en premier lieu sont inefficaces. L’objectif global du premier plan a été atteint avec une diminution de l’exposition animale aux antibiotiques de 37 % en 5 ans. 

La loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (LAAAF2, loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014) a ajouté des objectifs particuliers pour les antibiotiques d’importance critique en médecine humaine.

Elle a ainsi fixé un objectif de réduction de 25 % en 3 ans de l’utilisation des antibiotiques appartenant aux familles des Fluoroquinolones et des Céphalosporines de 3e et 4e générations, l’année 2013 étant l’année de référence. Cet objectif a été atteint et largement dépassé en 2016.

Le nouveau plan EcoAntibio 2017-2021 vise à inscrire dans la durée la baisse de l'exposition des animaux aux antibiotiques. Il prévoit des actions de communication et de formation, l'accès à des alternatives aux antibiotiques et l'amélioration de la prévention des maladies animales. Un objectif spécifique à la colistine, un antibiotique utilisé fréquemment en médecine vétérinaire et réservé en médecine humaine aux cas sévères, vise une réduction de 50 % de l'exposition à cet antibiotique en 5 ans en filière bovine, porcine et avicole.

 

Quels sont les principales évolutions observées ?

Volumes de ventes

En 2018, le volume total des ventes s’élève à 471 tonnes d’antibiotiques et s’inscrit en baisse de 5,5 % par rapport à l’année 2017 (499 tonnes). Il s’agit du tonnage le plus faible enregistré depuis le début du suivi en 1999 (1311 tonnes). Une diminution de 48,2 % est observée par rapport à 2011, année de référence pour le premier plan Ecoantibio. Cette évolution est en grande partie imputable à une diminution des ventes d’antibiotiques administrés par voie orale.

Les antibiotiques récents nécessitant généralement l’usage d’une moindre dose, le volume des ventes seul ne permet pas d’apprécier l’exposition des animaux aux antibiotiques. C’est pourquoi il est nécessaire de prendre en compte la posologie et la durée des traitements antibiotiques et de la rapporter à la population animale. On obtient ainsi une estimation du niveau de l’exposition.

Exposition des animaux aux antibiotiques

Après une forte baisse observée depuis 2011, l’exposition globale des animaux a augmenté de 0,7 % entre 2017 et 2018. Alors que l’exposition aux antibiotiques via la voie orale continue de baisser, l’exposition via les injectables a augmenté.

Sur cette dernière année, l’évolution de l’exposition varie selon les espèces : une baisse de l’exposition est observée pour les volailles (-11,3 %), les porcs (-2,7 %) et les carnivores domestiques (-2,0 %), alors que l’exposition a augmenté pour les bovins (+8,4 %) et les lapins (+2,0 %).

 

Y a-t-il des évolutions justifiant la mise en œuvre de mesures particulières ?

  • Expositions aux antibiotiques critiques

Certains antibiotiques, dits « critiques » comme les Céphalosporines de 3ème et 4ème générations et les Fluoroquinolones sont considérés comme particulièrement importants en médecine humaine car elles constituent une alternative et parfois la seule alternative aux antibiotiques auxquels les bactéries sont devenues résistantes pour le traitement de maladies infectieuses chez l'homme. Selon les recommandations européennes, ces antibiotiques doivent ainsi être réservés au traitement curatif en deuxième intention. Pour préserver leur efficacité, le recours à ces traitements doit être limité et judicieux. C’est pourquoi leur usage en médecine vétérinaire fait l’objet d’une surveillance.

En 2017, l’exposition aux Céphalosporines de dernières générations avait diminué de 94,1 % par rapport à 2013. En 2018, cette diminution n’est plus que de 93,8 %, par rapport à 2013 toutes espèces confondues. En effet, au cours de la dernière année, une augmentation de 6,2 % a été observée. Après une forte baisse de l’exposition, une augmentation de l’exposition des bovins est notamment observée entre 2017 et 2018 (+9,3 %). En 2017, l’exposition aux Fluoroquinolones avait diminué de 87,8 % par rapport à 2013. En 2018, cette diminution n’est plus que de 86,1 % par rapport à 2013. En effet, au cours de la dernière année, une augmentation de 14,2 % a été observée. Entre 2017 et 2018, l’exposition aux Fluoroquinolones a augmenté pour les bovins, porcs, carnivores domestiques et chevaux, alors qu’elle a diminué pour les volailles.

Ainsi après une diminution importante sur les dernières années du recours aux antibiotiques d’importance critique, un rebond de l’exposition est observé entre 2017 et 2018. La fréquence des traitements avec ces antibiotiques reste néanmoins très faible. Cette évolution sera à surveiller dans les prochaines années.

  • Cas de la résistance à la colistine

Depuis 2015, date de la description du premier mécanisme de résistance à la colistine transférable de bactérie à bactérie, une surveillance renforcée a été mise en place pour cet antibiotique. La colistine dont l’usage est répandu en médecine vétérinaire, est réservée en médecine humaine au traitement d’infections sévères par des bactéries résistantes à toute autre option thérapeutique, en raison notamment de sa toxicité élevée. Son efficacité est donc d’importance critique et une surveillance renforcée a été mise en place pour cet antibiotique.

Au niveau Européen, en juillet 2016, l’AMEG (Antimicrobial Advice Ad Hoc Expert Group) a recommandé une réduction en 3 à 4 ans de l’usage de colistine sous la barre des 5 mg/PCU (Population Correction Unit) pour les pays européens fortement ou modérément utilisateurs et sous la barre des 1 mg/PCU pour les pays européens les moins utilisateurs de colistine.

En France, dans son rapport sur la colistine publié en octobre 2016, l’Anses avait recommandé une diminution de 50 %. Suite à cet avis, le plan Ecoantibio2 (Action 12) a fixé l’objectif d’une réduction de 50 % en 5 ans de l’exposition à la colistine en filières bovine, porcine et avicole, en prenant comme référence l’ALEA moyen 2014-2015.

En 2018, l’exposition à la colistine a diminué de 55,2 % par rapport à l’exposition moyenne calculée pour les années 2014 et 2015. L’exposition a diminué pour les bovins (-47,9 %), les porcs (-63,2 %), et les volailles (-49,1 %) par rapport à l’exposition moyenne sur les années 2014-2015. L’objectif fixé par le plan Ecoantibio 2017-2021 visant une réduction de l’exposition de 50 % est atteint pour la filière porcine et est en voie d’être atteint pour les filières bovine et avicole.

En calculant les résultats en mg/PCU suivant les normes définies par l’ESVAC (European Surveillance of Veterinary Antimicrobial Consumption), la valeur obtenue en 2018 pour la colistine est de 1,85 mg/PCU, soit bien inférieure au seuil de 5 mg/PCU préconisé par l’AMEG.
 

Quelle est la situation de la France par rapport aux autres pays européens ?

Une coordination au niveau européen du suivi des ventes d'antibiotiques en santé animale a été mise en place en 2010 à l'EMA (Agence européenne des médicaments).

En 2017, la France était au 14ème rang des pays les plus consommateurs sur 31 pays participants (source ESVAC), avec une consommation très inférieure à la moyenne européenne (68,6 mg/kg vs 107,0 mg/kg).