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marianne anses

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Mis à jour le 17/02/2021

Pesticides dans les eaux destinées à la consommation humaine : quelle contribution de l’Anses pour protéger la santé des consommateurs ?

Mots-clés : Eau, Pesticides, Eau du robinet

En diffusant dans notre environnement, les pesticides peuvent se transformer en une ou plusieurs autres molécules appelées "métabolites". Les substances actives de pesticides ainsi que leurs métabolites sont ainsi susceptibles de contaminer les ressources en eau et de se retrouver dans les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH). L’Anses vient en appui aux autorités dans la gestion des dépassements des limites réglementaires fixées, afin de garantir la santé du consommateur. Elle a également conçu une méthode pour identifier, parmi les métabolites de pesticides, ceux qui devront faire l’objet d’une attention prioritaire au regard des enjeux sanitaires associés à la consommation de l’eau.

Comment les résidus de pesticides peuvent-ils contaminer les EDCH ?

Les pesticides sont le plus souvent un mélange de substances actives et de coformulants qui diffusent dans les milieux naturels où ils peuvent se transformer en une ou plusieurs autres molécules appelées « métabolites ». Ces substances actives et ces métabolites sont susceptibles de contaminer les ressources en eau, voire l’eau distribuée au consommateur en l’absence d’une filière de traitement adaptée.

Le saviez-vous ?

Le terme « pesticides », utilisé dans la réglementation encadrant les EDCH, recouvre une large variété de produits, pour des usages en protection des plantes (produits phytopharmaceutiques), à des fins d’élimination de nuisibles (certains produits biocides) ou de parasites (des médicaments antiparasitaires vétérinaires et humains).

 

Comment sont encadrés les résidus de pesticides présents dans les EDCH ?

La présence des pesticides dans l’eau potable est encadrée par la directive européenne, déclinée en droit national, incluant un suivi permanent de la qualité sanitaire de l’eau de consommation. Cette directive fixe des limites de qualité pour les pesticides et leurs métabolites pertinents (voir les explications dans le dernier paragraphe de l’article) : 0,1 µg/L par substance individuelle, (à l’exception de l’aldrine, de la dieldrine, de l’heptachlore et de l’heptachlorépoxyde, molécules plus dangereuses pour lesquelles la limite de qualité est fixée à 0,03 µg/L) et 0,5 µg/L pour la somme de ces molécules.

Dans le cadre du contrôle sanitaire mis en œuvre par les Agences régionales de santé, des résidus de pesticides ou des métabolites sont parfois détectés au-delà des limites de qualité. En situation de dépassement, la réglementation prévoit des actions de gestion par les autorités sanitaires locales - interconnexion, dilution, traitement renforcé avant distribution, protection accrue de la ressource… -  en vue de rétablir la conformité de l’eau à la limite de qualité dans des délais impartis par la réglementation.

La valeur réglementaire de 0,1 µg/L n’étant pas basée sur une analyse toxicologique ni sur des études épidémiologiques, celle-ci ne permet pas d’évaluer le risque pour la santé en cas de dépassement. En cas de dépassements, des valeurs sanitaires maximales ou VMAXconstruites et proposées dans le cadre des travaux d’expertises collectives réalisées par l’Anses au cas par cas, à la demande de la Direction générale de la santé. Ce sont ces valeurs sanitaires maximales qui permettent de garantir la santé du consommateur même en situation de dépassement. La référence à ces VMAX n’a vocation à être utilisée que pour une période limitée dans le temps pendant laquelle des actions de remédiation - amélioration de la qualité de l’eau de la ressource, mise en place de traitements pour l’EDCH ou de mélange des eaux par interconnexions de réseaux etc…-  doivent être mises en œuvre pour revenir à une situation de conformité à la limite de qualité.

 

Le saviez-vous ?

Contrairement aux limites de qualité sur les autres substances chimiques qui sont déterminées sur des considérations le plus souvent sanitaires, le choix des normes européennes en matière de pesticides relève d’une prise de position de type ALARA, c’est-à-dire « As Low As Reasonably Achievable », pour protéger les ressources en eau. La teneur en pesticides avait été fixée à 0,1 µg/L, sur la base du seuil de détection de l’époque.

Au niveau national, la Direction générale de la santé se charge d’établir annuellement des bilans de qualité de l’eau concernant les « pesticides et métabolites ».

Comment sont déterminées les valeurs sanitaires maximales pour les pesticides et métabolites présents dans les EDCH ?

L’Agence est questionnée depuis 2007 par la DGS au sujet de l’établissement de valeurs construites sur la base de critères sanitaires utilisées dans un cadre dérogatoire : les valeurs sanitaires maximales ou VMAX dans les EDCH.  Compte tenu du nombre croissant de molécules recherchées, la demande d’élaboration de VMAX tend à croître avec le temps.

La méthode d’élaboration des VMAX, mise en place à l’Agence en  2007, a été réactualisée dans l’avis de 2019 en utilisant les récentes données nationales disponibles, comme l’étude INCA 3. Depuis 2007, ce sont environ 200 molécules qui ont fait l’objet d’une détermination de VMAX, dont environ 20 ont fait l’objet d’une réévaluation. Ces valeurs sanitaires maximales sont susceptibles d’être actualisées en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques, en particulier suite à l’actualisation des valeurs toxicologiques de référence (VTR). En l’absence de VTR, il peut arriver que l’Anses ne soit pas en mesure de fournir de VMAX. Le cas échéant, le tableau présenté ci-dessous indique « absence de VMAX ».

 

Consulter le tableau des valeurs maximales ou VMAX dans les eaux destinées à la consommation humaine (date de mise à jour : 16 février 2021).

Avertissement au lecteur : les VMAX sont des valeurs à utiliser dans un cadre dérogatoire, c’est-à-dire applicables pour une durée limitée dans le temps, susceptibles d’évoluer en fonction des connaissances scientifiques. Seuls les avis dont les liens sont associés à chaque VMAX font référence.

 

Comment identifie-t-on les métabolites prioritaires pour la surveillance des EDCH ?

Comme indiqué précédemment, les métabolites sont susceptibles de contaminer les ressources en eau, voire l’eau distribuée au consommateur. Les limites de qualité réglementaires en vigueur – 0,1 et 0,5 µg/L – s’appliquent aux métabolites considérés comme « pertinents ». La directive européenne ne définissant pas ce qui est considéré comme métabolite « pertinent », les autorités sanitaires françaises avaient alors considéré que tout métabolite de pesticide détecté dans les EDCH devait respecter la limite de qualité de 0,1 µg/L.

Au cours de la dernière décennie, le contrôle sanitaire de la qualité des EDCH a évolué en termes de nombre de substances recherchées et en termes de performance des méthodes d’analyse. Ainsi, de plus en plus de substances actives et métabolites sont recherchés et les contrôles révèlent de plus en plus de situations de dépassement des limites de qualité réglementaires, nécessitant des mesures de gestion avant distribution de l’eau. À la demande de la DGS, l’Anses a proposé en 2019 une méthode pour identifier, parmi les métabolites de pesticides, ceux qui devront faire l’objet d’une attention prioritaire au regard des enjeux sanitaires associés à la consommation d’eau.

La démarche se fonde sur une définition de la pertinence visant la protection de la santé du consommateur. L’évaluation de la pertinence d’un métabolite dans les EDCH comprend plusieurs étapes parmi lesquelles :

  • l’analyse des effets potentiels de la présence d’un métabolite pour la santé en termes de génotoxicité, toxicité pour la reproduction, cancérogénicité ou perturbation endocrinienne ;

  • le potentiel de transformation dans la filière de traitement d’un métabolite de pesticide en un produit dangereux pour la santé humaine.

Pour les métabolites évalués comme « pertinents pour les EDCH », les limites de qualité réglementaires en vigueur - 0,1 µg/L et 0,5 µg/L - continueront de s’appliquer. Pour les métabolites évalués comme « non pertinents pour les EDCH », l’expertise a proposé une valeur de 0,9 µg/L, en s’appuyant sur le seuil de préoccupation toxicologique, reprise par la DGS dans son instruction DGS/EA4/2020/177 du 18 décembre 2020 relative à la gestion des risques sanitaires en cas de présence de pesticides et métabolites de pesticides dans les EDCH, à l’exclusion des eaux conditionnées.

Début 2021, l’Agence a identifié 16 métabolites pertinents pour les EDCH. Ce classement est susceptible d’évoluer grâce à l’acquisition de nouvelles connaissances scientifiques : réévaluation de substances actives, nouvelles données disponibles, etc. De la même façon, l’évolution des connaissances et/ou la révision des méthodes d’évaluation est susceptible de conduire à réviser la méthode proposée.

 

Consulter le tableau relatif aux métabolites pertinents pour les EDCH (date de mise à jour : 21 janvier 2021).

Avertissement au lecteur : Seuls les avis relatifs au classement de la pertinence pour les EDCH dont les liens sont référencés font foi.