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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

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Mis à jour le 03/05/2017

Champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences

Effets sanitaires et travaux de l’Anses

Mots-clés : Champs électromagnétiques, Radiofréquences, Ondes électromagnétiques

Les champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences (EBF) sont notamment émis par les installations électriques et les dispositifs de transport de l’électricité. La question de l’impact sanitaire de ces champs électromagnétiques a été étudiée depuis plusieurs décennies. En dépit d’associations statistiques identifiées par plusieurs études entre l’exposition aux champs électromagnétiques EBF et les leucémies infantiles, aucun lien de cause à effet n’a pu être clairement identifié. Le questionnement sur les effets sanitaires potentiels de ces agents, en particulier à long terme, alimente les préoccupations du public, focalisées notamment autour des ouvrages de transport d’électricité. Au-delà, la question de l’effet de ces champs sur les animaux est régulièrement posée, s’agissant en particulier de l’impact spécifique sur les animaux d’élevage. L’Agence a conduit différentes expertises relatives à ces questions.

La question de l’impact sanitaire des champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences est étudiée depuis plusieurs décennies, notamment depuis la publication en 1979 d’une étude épidémiologique (Wertheimer et Leeper, 1979), associant des cancers développés par des enfants dans certaines habitations du Colorado (États-Unis) à la présence de réseaux électriques dans leur environnement. 

Par la suite, de nombreux travaux ont été publiés dans le monde, aussi bien dans les domaines de l’épidémiologie que des effets des champs in vitro et in vivo. En dépit d’associations statistiques identifiées par plusieurs études entre l’exposition aux champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences et la survenue de certaines leucémies infantiles, aucun lien de cause à effet n’a pu être clairement identifié. La part d’incertitude qui entoure encore la question des effets sanitaires des champs extrêmement basses fréquences, en particulier à long terme, alimente les préoccupations et les interrogations du public, focalisées notamment autour des ouvrages de transport d’électricité. L’impossibilité pour la science à démontrer l’absence d’effet sanitaire et la publication régulière d’études dont les résultats sont parfois difficilement interprétables nourrissent les interrogations.

En 2002, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé les champs magnétiques EBF dans la catégorie 2B -cancérogènes possibles pour l’homme-, sur la base des études épidémiologiques ayant associé l’exposition à ces champs avec un excès de risque de leucémies infantiles. Ce classement a marqué un tournant dans l’expertise des risques sur ce sujet.

Depuis la publication en 2004 d’un rapport remis à la Direction générale de la santé (DGS), d’autres données d’expertise sont parues dans le monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Comité scientifique des risques émergents et nouveaux (Scenihr) de la Commission européenne ont, en particulier, communiqué des positions scientifiques sur cette question des effets sanitaires des champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences. En France, les travaux récents ou en cours sur le sujet ont été principalement tournés vers l’amélioration de la mesure de l’exposition et sa prise en compte dans les études épidémiologiques.

 

Les travaux de l’Agence

L’Agence a été saisie en 2008 par les ministères en charge de la santé, de l’environnement et du travail afin de conduire une expertise relative aux champs électromagnétiques d’extrêmement basses fréquences. Il était notamment demandé à l’Agence de réaliser une synthèse des travaux de l’expertise internationale et de proposer des recommandations afin de mieux quantifier l’exposition de la population à ces champs. 

L’analyse bibliographique effectuée par l’Agence montre que la connaissance de l’exposition des personnes aux champs électromagnétiques basses fréquences a progressé ces dernières années. Néanmoins, bien que la nature des sources responsables des émissions soit connue, et même si les moyens disponibles permettent aujourd’hui de simuler l’exposition au champ créé par exemple par les lignes de transport d’électricité, l’exposition résultant de ces sources est encore insuffisamment documentée

Le travail de l’Agence montre également que les effets à court terme des champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences sont connus et bien documentés ; les valeurs limites d’exposition (100 µT pour le champ magnétique à 50 Hz, pour le public) permettent de s’en protéger. 

En ce qui concerne de possibles effets à long terme, il existe une forte convergence entre les différentes évaluations des expertises internationales (organisations, groupes d’experts ou groupes de recherche) . Une association statistique entre exposition aux champs magnétiques extrêmement basses fréquences et leucémie infantile a été observée par différentes études épidémiologiques. Ces études montrent même une bonne cohérence entre elles. Cette association est statistiquement significative pour une exposition résidentielle, moyennée sur 24 h, à des champs magnétiques dont les niveaux sont supérieurs à 0,2 ou à 0,4 µT, selon les études. Toutefois, à ce jour, les études qui ont été conduites pour déterminer un mécanisme biologique de cet effet n’ont pas été concluantes. Elles ont porté notamment sur des animaux et sur des systèmes cellulaires humains in vitro.

Dans ce contexte, le CIRC a classé en 2002 le champ magnétique de fréquences 50/60 Hz comme cancérogène possible pour l’homme (catégorie 2B). 

Cette incapacité durable à identifier un mécanisme d’action biologique représente un défi pour la compréhension des questions soulevées par les résultats des études épidémiologiques. Cette situation complexe est une motivation pour favoriser la mise en place d’analyses épidémiologiques plus fines avec une meilleure caractérisation de l’exposition.

Par ailleurs, l’Agence a également été saisie en février 2013 pour approfondir l’expertise scientifique relative aux conséquences des champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences sur la santé animale et les performances zootechniques. Le manque de données bibliographiques sur l’évaluation de l’exposition des animaux d’élevage aux champs électromagnétiques a amené l’Anses à initier une campagne de mesures des champs électriques et magnétiques dans l’environnement d’un échantillon d’une trentaine de fermes d’élevage, à proximité ou non de lignes à haute tension. Cette étude, même si elle n’est pas représentative de toutes les situations des fermes en France, a permis de tirer des premières conclusions sur le niveau moyen des champs rencontrés dans l’environnement typique des fermes en identifiant surtout les sources de ces champs. Les champs magnétiques mesurés sous les lignes de transport d’électricité à haute tension restent de faible intensité (entre 0,01 et 7,59 µT) et les champs électriques sont de l’ordre de 46 à 5 060 V/m. Ces champs sont de plus faible intensité dans les bâtiments d’élevage (< 3 µT et 43 V/m). Les sources internes aux élevages peuvent générer des champs qui atteignent 25 µT à proximité de certains équipements (notamment les armoires électriques), mais les animaux n’y sont pas directement exposés. L’analyse de la bibliographie a montré que bien que de rares effets aient été observés chez les animaux (dégradation des fonctions cognitives chez l’animal de laboratoire (pour une exposition > 100 µT), baisse possible de la production laitière, du taux butyreux et augmentation de l’ingestion chez la vache laitière (champs magnétiques de 30 µT, 30 jours), etc. il restait difficile de se prononcer quant aux effets sanitaires directs des champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences sur les animaux d’élevage.

 

Recommandations

Dans ce contexte, l’Agence recommande en particulier la poursuite des études épidémiologiques en s’appuyant sur une description robuste de l’exposition aux champs électromagnétiques d’extrêmement basses fréquences, notamment par le recours aux nouvelles techniques de mesure des expositions individuelles.

L’Agence recommande aussi de renforcer la recherche sur les causes possibles des leucémies infantiles

Au-delà, la recherche d’autres effets potentiels de ces champs doit également être renforcée. 

Enfin, des études devront cibler les travailleurs exposés à de plus forts niveaux. L’Agence conseille également d’associer les populations locales aux études de caractérisation de l’exposition, en les impliquant dans la définition des objectifs et en les informant des résultats. 

Dans l’attente, l’Agence recommande de ne pas installer ou aménager de nouveaux établissements accueillant des enfants (écoles, crèches…) à proximité immédiate des lignes à très haute tension, et de ne pas implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements.