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Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement
et du travail

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Mis à jour le 18/02/2020

Santé des abeilles

Etat des lieux et rôle de l’Anses

Mots-clés : Santé animale, Abeilles

Depuis plusieurs années, un phénomène d'affaiblissement et de mortalité des colonies d'abeilles est constaté dans de nombreux pays. Dans ce contexte, l'impact de divers facteurs pouvant agir, seuls ou en association, sur la santé des colonies d'abeilles (maladies infectieuses et parasitaires, stress lié aux changements des ressources alimentaires, produits phytopharmaceutiques, conditions climatiques,...) est régulièrement mis en avant via différents travaux scientifiques. Point sur cette question et détail des travaux de l’Agence.

La mortalité des abeilles est un phénomène normal dans les ruchers. Chaque hiver, 5 à 10% des colonies décèdent et, au cours de la saison d’élevage (de février/mars à septembre/octobre), de nombreuses butineuses meurent chaque jour. Cependant, depuis le milieu des années 80, des phénomènes de surmortalité des colonies d’abeilles sont observés à l’échelle mondiale. 

La surmortalité des colonies d’abeilles, un phénomène complexe aux causes multiples

Dans le cadre de ses travaux d'expertise, l'Agence a mis en lumière le caractère multifactoriel de l'effondrement des colonies d'abeilles. Ce phénomène est complexe et met en œuvre de nombreux facteurs susceptibles d’interagir lors d’expositions concomitantes ou successives. Dans son rapport « Mortalités, effondrements et affaiblissements des colonies d’abeilles », publié en novembre 2008 et actualisé en avril 2009, l’Agence a recensé les différentes causes connues de mortalité des colonies d’abeilles. Ces causes ont été classées en cinq grandes catégories :

  • Les causes biologiques
    Vingt-neuf agents pathogènes et prédateurs de l’abeille (prédateurs, parasites, champignons, bactéries et virus) sont aujourd’hui dénombrés et connus. Tous ces agents participent potentiellement aux affaiblissements et pertes de colonies d’abeilles. Certains de ces agents peuvent agir simultanément.

  • L’alimentation
    Pour couvrir leurs besoins, les abeilles ont besoin, outre du nectar nécessaire aux butineuses en vol, d’un pollen de qualité issu d’une flore diversifiée (source de protéines) et de miel (source d’énergie) stockés au cours de la saison apicole. Toutes les ressources alimentaires ne sont pas de qualité équivalente. En effet, certains pollens, plus riches en nutriments, sont choisis de façon préférentielle  par les abeilles. La diminution de la biodiversité, liée notamment à la monoculture a pour conséquence une réduction du nombre d’espèces de plantes disponibles et un raccourcissement de leur temps de floraison. Le manque de pollen, l’absence de réserves suffisantes, un manque de diversité ou de qualité  dans ces apports peuvent affecter la bonne santé des colonies d’abeilles; 

  • Les pratiques apicoles 
    De la tenue du rucher dépend son état sanitaire : il est donc essentiel que l’apiculteur porte une attention particulière aux facteurs critiques permettant le bon développement de ses colonies Le respect de règles techniques et de biosécurité en termes de milieu de vie, essaimage, nourrissement, etc. est indispensable à la bonne santé du rucher. Il est également nécessaire d’effectuer des contrôles réguliers et d’utiliser de manière adéquate les traitements contre les maladies.  

  • L'exposition aux produits chimiques employés dans l’environnement
    Les abeilles peuvent être exposées, comme l’ensemble des organismes vivants, aux divers agents chimiques susceptibles d’être présents dans l’environnement. Dans les zones cultivées, la majeure partie de ces agents chimiques appartient à la catégorie des produits phytopharmaceutiques, encore appelés produits phytosanitaires ou pesticides. Les abeilles sont exposées directement lors de l’application du traitement, mais également via les résidus de pesticides contenus notamment dans les matrices récoltées par les abeilles. 

  • Autres causes
    En l’absence de diagnostic étiologique, de nombreux cas de mortalité restent à ce jour d’origine indéterminée. Une grande diversité de facteurs, intervenant de façon isolée ou en association, est donc susceptible de provoquer une mortalité anormale de colonies d’abeilles. Certains de ces facteurs sont aujourd’hui bien connus et régulièrement identifiés (c’est le cas de nombreux agents biologiques et chimiques). Cependant, pour d’autres, leur effet est difficile a démontrer (effet de l’environnement nutritif, de facteurs climatiques, de certains produits phytopharmaceutiques, certaines infections virales, etc.). De plus, l’effet de l’action combinée de plusieurs d’entre eux reste, à ce jour, et malgré les études en cours, encore peu connu.

Parole d'expert 

« Le phénomène de mortalité des abeilles est multifactoriel, ce qui rend d’autant plus difficile son étude et sa prévention. »

 Entretien avec Gilles Salvat
 Directeur général délégué chargé de la santé et du bien-être des animaux.

« La difficulté est que les abeilles évoluent dans un milieu ouvert. Leur alimentation est liée à de nombreux facteurs. Donc, la question n’est pas seulement la disponibilité de leurs aliments dans l’environnement, mais aussi la capacité des abeilles à aller chercher les ressources disponibles et à avertir leurs congénères de leur existence.

Autre difficulté : les abeilles sont des animaux difficiles à soigner, car on ne peut pas les isoler. Et, pour éviter de retrouver toute trace de médicaments dans le miel, seuls quelques traitements parasitaires pour combattre le varroa, par exemple, sont autorisés. Le  varroa peut être à lui tout seul mortel pour les abeilles. La co-exposition à d’autres facteurs de stress, tels que les pesticides, les carences nutritionnelles, affaiblit leurs systèmes de défense et les rend encore plus vulnérables à l’infestation par le parasite. Or, depuis 20-25 ans, ces facteurs se sont aggravés.

Pour améliorer la santé des abeilles, il est crucial de mieux prévenir et traiter les maladies mais également diminuer l’utilisation des intrants phytopharmaceutiques.Cela veut dire se réapproprier d’autres méthodes de cultures dans les champs, mais aussi dans nos jardins, dans les parcs publics. »

 

Les travaux de l’Agence

Objectiver l’état de santé des abeilles

Depuis plus de 40 ans, le laboratoire de l'Anses de Sophia-Antipolis s'est imposé comme une référence aux niveaux national et international dans le domaine de la santé des abeilles. Laboratoire de référence de l’Union européenne pour la santé des abeilles, il s'agit d'une étape essentielle dans la reconnaissance de l’effort de recherche et de référence conduit depuis de nombreuses années par l’Agence dans ce domaine sensible. Cette nouvelle mission et les moyens qu’elle apporte, par le renforcement des compétences en microbiologie et en épidémiologie, devraient permettre des avancées significatives dans les années à venir sur la compréhension de troubles multifactoriels qui affectent les colonies d’abeilles. 

Au titre de son mandat européen de référence, le laboratoire Anses de Sophia-Antipolis a piloté EPILOBEE, un vaste programme de surveillance épidémiologique en Europe visant à mieux caractériser le phénomène de surmortalité des abeilles.

Le laboratoire poursuit par ailleurs ses recherches visant à mettre au point et à valider des méthodes d’analyses toujours plus performantes pour le diagnostic des maladies de l’abeille et de leurs agents pathogènes. De même, il développe des techniques performantes pour la détection et l’identification des résidus des pesticides les plus dangereux pour la santé des abeilles. Le laboratoire participe à différents projets en collaboration  avec des partenaires français et étrangers, dans le cadre de projets européens :

  • le projet SmartBees, centré sur la résistance naturelle des abeilles à un parasite majeur (Varroa destructor) et aux virus transmis par ce parasite,
  • le projet POSHBEE, visant à développer une approche holistique pour objectiver les troubles des abeilles.

 

Faire évoluer les documents guides pour l’évaluation des risques liés aux produits phytosanitaires pour l’environnement, et, en particulier, pour les abeilles

Forte de ses compétences reconnues à l’échelle internationale dans l’évaluation des produits phytosanitaires, l’Anses s’est particulièrement investie dans la révision des règles applicables, dans le cadre de la réglementation européenne, à l’évaluation des risques des produits phytosanitaires pour l’environnement (faune, flore, milieux aquatiques), et, en particulier, pour les abeilles. Des amendements aux règlements  européens  qui définissent les données nécessaires à l’évaluation sont en cours de discussion, en particulier pour introduire des exigences additionnelles pour les abeilles. Le document guide de l’OEPP  relatif à l’évaluation du risque pour les abeilles a été révisé fin 2010 et précise désormais la démarche à suivre pour les traitements de semence et les substances capables de migrer dans la plante.

 

Les recommandations de l'Anses pour réduire l'exposition des abeilles aux produits phytosanitaires

 

• Evaluation des risques aigus et chroniques systématique dans le cadre des demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM).

• Propositions de restrictions d’utilisation à l’ensemble des produits : aucune application pendant les périodes où les cultures sont attractives pour les abeilles.

• Propositions d’évolutions des méthodes d’évaluation des risques dans le cadre des demandes d’AMM pour améliorer l’évaluation des risques à long terme pour les abeilles et pour les autres pollinisateurs, avec notamment l’introduction de la méthode de mesure du temps de retour à la ruche.

Apporter un éclairage sur les effets des co-expositions

L’Anses s’est autosaisie en 2012 sur la question des co-expositions des abeilles à différents facteurs de stress et leur rôle respectif dans les phénomènes d’affaiblissement, d’effondrement ou de mortalité des colonies d’abeilles, l’accent étant mis sur les interactions entre ces facteurs.

Ces travaux ont été conduits entre février 2013 et mars 2015, par un groupe de travail réunissant des compétences en physiologie-immunologie des abeilles, en apiculture, pratique vétérinaire,  en écotoxicologie et en infectiologie. Les résultats de cette expertise collective  ont permis  de mettre en évidence :

  • une grande diversité de facteurs de stress auxquels les abeilles peuvent être exposées, de manière concomitante ou successive, associée à une forte variabilité, qualitative et quantitative, des expositions,
  • un nombre important d’agents infectieux et parasitaires affectant les colonies d’abeilles,
  • de nombreux résidus de xénobiotiques (insecticides, fongicides et acaricides) présents dans les matrices apicoles,
  • le caractère multifactoriel des causes de mortalité des colonies d’abeilles,
  • le rôle de certaines co-expositions à des pesticides et  agents infectieux dans les troubles  des abeilles et des colonies d’abeilles.

Face à ces constats, l’Agence recommande :

  • d’intervenir sur l’ensemble des facteurs, notamment au travers du maintien de la biodiversité, de l’appropriation et du respect des bonnes pratiques apicoles.
  • la diminution globale de l’exposition des abeilles aux produits phytosanitaires, par une maîtrise renforcée du recours aux intrants dans les pratiques agricoles.
  • l’utilisation à bon escient de traitements chimiques avec des molécules testées au préalable au regard de leur action additive, synergique ou antagoniste.
  • la mise en place d’un réseau d’observation harmonisé et structuré au niveau national, permettant de produire des bilans de l’état de santé des colonies, notamment par la création de ruchers de référence.
  • d’engager  des discussions au niveau européen pour l’élaboration puis l’intégration de tests supplémentaires pour mesurer l’effet de co-expositions dans la procédure d’évaluation de la toxicité des produits phytopharmaceutiques.
  • d’utiliser les données issues du réseau d’observation préconisé comme outil de phytopharmacovigilance permettant la bonne prise en compte des effets observés des produits phytopharmaceutiques sur l’état de santé des colonies dans le cadre des processus de réexamen des conditions d’autorisation ou d’usage des substances et des produits.

 

Lire notre actualité : "Santé des abeilles : impact de la co-exposition des colonies aux pesticides et aux agents infectieux"

L'abeille à l'Anses à Sophia Antipolis from Anses on Vimeo.