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marianne anses

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Mis à jour le 15/07/2021

Les variétés rendues tolérantes aux herbicides, quels enjeux pour notre santé et l’environnement ?

Les VrTH sont des variétés de plantes agricoles rendues volontairement tolérantes à des herbicides. En France, ces variétés connaissent un essor pour le tournesol et le colza depuis le début des années 2010. Dans un contexte règlementaire en évolution et face aux préoccupations citoyennes, l’Agence a conduit plusieurs travaux pour évaluer les pratiques agricoles modifiées par l’utilisation des VrTH et identifier les risques potentiels associés pour les agriculteurs, les consommateurs et l’environnement. Tour d’horizon des enjeux pour améliorer la traçabilité et la surveillance des VrTH en France. 

SOMMAIRE :

 

Pourquoi utilise-t-on des VrTH ?

Les VrTH sont des variétés de plantes agricoles rendues volontairement tolérantes à un herbicide. Elles offrent la possibilité de pouvoir faire des traitements herbicides ciblés sur des parcelles en culture, une fois que les mauvaises herbes (ou adventices) ont levé.

Comment les VrTH sont-elles obtenues ?

Les VrTH peuvent être obtenues par différentes techniques :

  • La sélection variétale traditionnelle, qui consiste à identifier des plantes naturellement tolérantes à des herbicides et à les croiser avec des variétés existantes ;
  • La mutagénèse, qui permet d’accélérer en laboratoire la création de mutations dans le génome d'une plante, en vue de provoquer l’apparition de tolérances. Il existe deux techniques de mutagénèse :
    • la mutagénèse aléatoire, plus ancienne, qui consiste à exposer le végétal (in vivo) ou certaines de ses cellules (in vitro) à des agents physiques ou chimiques provoquant des mutations aléatoires dans le génome,
    • la mutagénèse dirigée, plus récente, qui fait appel à des outils de biologie moléculaire permettant d’induire des mutations sur des séquences ciblées,

Il est également possible d'obtenir des variétés tolérantes aux herbicides par transgénèse, mais cet article ne porte que sur les VrTH.

Dans quelles cultures les VrTH sont-elles utilisées ?

En France, des VrTH ont été développées à la fin des années 1990 pour la chicorée, puis dans les années 2000 pour le maïs, et entre 2010 et 2012, pour le colza et le tournesol qui représentent aujourd’hui la principale utilisation des VrTH. D’après les données recueillies, les surfaces d’oléagineux cultivées avec des VrTH représentaient en 2017 27 % des surfaces de tournesol (soit environ 160 000 ha) et 2 % des surfaces de colza (soit environ 30 000 ha). Ces surfaces de tournesol et de colza VrTH auraient atteint un palier et n’augmenteraient plus depuis 2017.

Quelle réglementation encadre les VrTH ?

La directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 mars 2001 relative à la dissémination volontaire d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement prévoit une exemption d’évaluation des risques avant mise sur le marché pour les organismes obtenus par mutagénèse. À l’heure actuelle, les VrTH relèvent donc de la même réglementation que les variétés classiques. Toutefois, suite à l’arrêté de la Cour de justice de l’Union européenne du 25 juillet 2018 (affaire C-528/16) et à la décision du Conseil d’État du 7 février 2020, il est possible que le statut des VrTH évolue.

Pourquoi l’utilisation des VrTH fait-elle débat sur le plan sociétal ?

Le sujet des VrTH est particulièrement complexe et fortement politisé. Il peut être considéré comme un sujet étendard, au carrefour des OGM et des pesticides, opposant deux visions de l’agriculture.

D’un côté, les opposants aux VrTH soulignent le risque d’un recours croissant aux herbicides, et du développement de résistances aux substances utilisées. Ils dénoncent également l’absence de transparence et de traçabilité de l’utilisation de ces variétés et considèrent les VrTH comme des OGM cachés. Par ailleurs, ils soutiennent le changement de pratiques agricoles comme solution agronomique aux problèmes de désherbage plutôt que de privilégier un modèle de culture intensif.

De l’autre, les partisans des VrTH les considèrent comme une solution technique permettant de désherber en fonction des mauvaises herbes présentes dans les parcelles (notamment l’ambroisie qui est une espèce invasive et responsable de graves allergies dans la population) et de pratiquer ainsi un emploi raisonné des herbicides chimiques.

L’emploi de VrTH provoque-t-il une augmentation des résistances aux pesticides et un accroissement de leur utilisation ?

En France, les VrTH de tournesol et de colza commercialisées sont toutes tolérantes à des substances actives herbicides de la famille des inhibiteurs de l’acétolactate synthase (ALS). Cette famille chimique est aussi utilisée pour le désherbage des parcelles de céréales qui sont intégrées dans les rotations culturales avec le colza et/ou le tournesol.

Après analyse des pratiques culturales, l’Anses confirme l’accroissement du risque d’apparition de résistances aux herbicides inhibiteurs de l’ALS chez les adventices dans le tournesol VrTH. Pour les parcelles enquêtées en 2017, elle a mis en évidence :

  • l’intensification de l’utilisation d’herbicides dans les parcelles VrTH par rapport à des cultures classiques ;
  • des rotations culturales courtes (2-3 ans) entraînant une fréquence d’utilisation plus élevée de la même famille chimique employée d’une année sur l’autre pour des cultures VrTH et conventionnelles ;
  • une plus faible diversité du panel de substances chimiques utilisées dans les parcelles VrTH pour le désherbage de pré-levée.

Les pratiques associées à l’utilisation des VrTH présentent-elles un risque pour la santé des agriculteurs et des consommateurs ?

Dans son rapport d’expertise publié en mars 2020, l’Agence a souligné que les limites relatives à la quantité et à la qualité des données collectées ne permettent pas de statuer sur les effets indésirables potentiels et de conduire une évaluation a posteriori des risques sanitaires. Dans son rapport de 2021 elle donne des orientations méthodologiques pour  réaliser des études complémentaires sur les effets des VrTH. L’Anses a également effectué quelques analyses préliminaires.

Elle a notamment testé un indicateur permettant de comparer les risques sanitaires liés à l’exposition des agriculteurs selon qu'un tournesol est VrTH ou non VrTH, sur la base des données d’utilisation issues de l’enquête « phytosanitaires-grandes cultures » 2017 du ministère de l’Agriculture. Les résultats de ces tests suggèrent que la valeur de l’indicateur de risque du groupe non VrTH est supérieure à celle du groupe VrTH. Ces résultats peuvent s’expliquer par l’emploi, pour désherber les parcelles non VrTH, de davantage de substances actives avec des profils toxicologiques plus défavorables. Une expertise collective incluant la sélection d’un indicateur de risque robuste devra être menée pour confirmer ou non ces premiers résultats.

Concernant les risques liés à la consommation d'aliments comportant des résidus des pesticides utilisés sur les cultures VrTH, le protocole de prélèvements des plans nationaux de surveillance de résidus de pesticides ne distingue pas à ce jour les cultures VrTH des non VrTH. Par ailleurs, les substances actives associées aux VrTH ne sont pas ou mal recherchées dans les produits récoltés et les denrées alimentaires. Par conséquent, à ce stade, il n’est pas possible d’analyser le risque pour la santé humaine lié à l’exposition alimentaire.

Les pratiques agricoles associées aux VrTH présentent-elles un risque pour l’environnement et le milieu aquatique ?

Les limites pointées dans l'expertise de l'Agence de 2020 (cf. ci-dessus) ne permettent pas de conduire une évaluation des risques pour l'environnement.

Dans son rapport de 2021, l’Agence propose des orientations méthodologiques pour évaluer les effets environnementaux. Une analyse préliminaire, basée sur un indicateur de risque environnemental et sur les données d’utilisation des pesticides, suggère que les impacts des pratiques de désherbage sur les organismes aquatiques, comme les poissons ou les plantes aquatiques seraient plus importants pour les cultures non VrTH. Pour prendre en compte de façon plus réaliste l’exposition des organismes aquatiques aux pesticides et évaluer les risques associés, il est toutefois préférable de se baser sur des données de contamination de l’eau plutôt que sur des données d’utilisation des pesticides. Pour ce faire, l’Agence préconise un certain nombre d’actions en vue de renforcer la surveillance de l’impact des VrTH sur la qualité de l’eau à partir des réseaux existants.

Comment améliorer la traçabilité et la surveillance des VrTH et mieux connaître l’exposition des populations aux produits issus de celles-ci ?

Aujourd’hui, dans les catalogues français et européen des espèces et variétés de plantes cultivées, il n’existe pas d’indicateur permettant d’identifier facilement les VrTH. L’absence de traçabilité des semences de VrTH ne permet pas de réaliser un suivi de l’utilisation de ces variétés et des pratiques culturales associées. Afin de remédier à cette situation, l‘Agence recommande la mise en place d’un dispositif de suivi des semences de VrTH. Cela permettrait de développer les connaissances sur les pratiques culturales et d’augmenter la surveillance des résidus des substances herbicides associées aux VrTH.

L’Agence préconise également de réaliser une étude sur plusieurs variétés de tournesol VrTH visant à déterminer si des résidus de pesticides spécifiques se forment. L’Agence recommande ensuite de mener une campagne de surveillance spécifique au sein du dispositif des plans de surveillance et plans de contrôle du ministère de l’Agriculture. Cela permettrait de conduire une étude comparative plus complète des risques associés à l’exposition alimentaire.